Un scrutin : trois défaites pour la gauche

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En deux tours de scrutin, la gauche a perdu trois élections : les municipales bien sûr mais aussi les élections communautaires et, selon toute probabilité, les sénatoriales de l’automne prochain qui devraient entraîner le retour d’une majorité de droite à la chambre haute.

Penchons-nous une dernière fois sur nos deux panels : La France des villes, qui regroupe les 170 localités de plus de 30 000 habitants n’ayant pas désigné leurs représentants municipaux le 23 mars dernier, et La France des préfectures, qui rassemble les préfectures et sous-préfectures également appelées aux urnes pour un deuxième tour de scrutin.

La France des villes

Rapports de force en 2014

Les forces de droite ont obtenu la majorité absolue (53,7% des suffrages) dans La France des villes. 117 de ces 173 municipalités de plus de 30 000 habitants ont voté majoritairement à droite, soit 67,6% du total, dont 51 à plus de 60%. Cinq localités ont accordé plus de 60% de leurs suffrages à la seule droite de gouvernement : Boulogne-Billancourt, Saint-Maur-des-Fossés, Nogent-sur-Marne, Le Tampon et Thonon-les-Bains.

La gauche recueille 44,5% des voix dans La France des villes. 50 municipalités ont voté à plus de 50% pour les partis de gauche, dont quinze à plus de 70%. Dans certaines d’entre elles cependant, comme La Rochelle, Dunkerque ou Montpellier, le candidat officiel du Parti socialiste a été défait par un dissident. La gauche perd également Bastia au profit des nationalistes emmenés par Gilles Simeoni. On notera enfin le résultat élevé à Rezé de la liste d’extrême gauche Rézé à gauche toute (16,1%).

L’extrême droite était présente dans 97 villes dans lesquelles elle a recueilli en moyenne 16% des suffrages (8,7% des voix sur l’ensemble des 173 localités). Elle obtient plus de 30% des voix à Béziers, Fréjus, Perpignan, Six-Fours-les-Plages, Avignon, Istres, Vitrolles, Villeneuve-Saint-Georges et La Seyne-sur-Mer. La gauche s’impose finalement dans ces cinq dernières localités ; Perpignan et Six-Fours-les-Plages restent à droite tandis que Béziers et Fréjus seront désormais gérés par l’extrême droite[1]. La formation de Marine Le Pen obtient encore 35,3% des suffrages dans le septième secteur de Marseille (13e et 14e arrondissements) où Stéphane Ravier remporte la mairie.

Le deuxième tour des élections municipales a peu mobilisé : un peu plus de la moitié des électeurs des 173 villes de plus de 30 000 habitants se sont rendus aux urnes le 30 mars : 52,1%, soit 11 points de moins que la moyenne nationale.

Résultats de La France des villes

au deuxième tour des municipales de 2014

(en %)

Participation

52,1

 

Extrême gauche

0,1

Gauche

44,4

Total gauche

44,5

Droite

44,8

Extrême droite

8,9

Total droite

53,7

Evolution du rapport de force 2008-2014

En 2008, 139 villes de plus de 30 000 habitants avaient connu un deuxième tour de scrutin. 75 d’entre elles (55,8%) avaient offert plus de la moitié de leurs suffrages à la gauche, dont 28 plus de 60% des voix. 54 municipalités s’étaient à l’inverse tournées à plus de 50% vers les forces de droite. Le Front national, présent dans seulement sept localités, avait réalisé plus de 10% des suffrages à Mulhouse (14,2%), Versailles (13,2%) et Perpignan (10,4%). On remarquera que le parti de Marine Le Pen atteignait déjà 8,1% des voix à Villeneuve-Saint-Georges et 8% dans le septième secteur de Marseille (13e et 14e arrondissements) où la formation de Marine Le Pen obtient six ans plus tard 35,3%.

Résultats du deuxième tour des élections municipales de 2008 et 2014

dans les villes de plus de 30 000 habitants

(en %)

 

Municipales 2008

Municipales 2014

Participation

56,6

52,1

 

Extrême gauche

0,2

0,1

Gauche

50,1

44,4

Total gauche

50,3

44,5

Droite

46,4

44,8

Extrême droite

0,3

8,9

Total droite

46,7

53,7

 

Comme on le voit sur le tableau ci-dessus, les forces de droite progressent de 7 points au deuxième tour des municipales entre 2008 et 2014. Toutefois, cette hausse est en grande partie due à la déroute de la gauche qui recule de près de 6 points (- 5,8) et à la montée du Front national (+ 8,6 points). La droite de gouvernement enregistre quant à elle une baisse de 1,6 point.

Enfin, la participation a également chuté de 4,5 points en six ans.

La France des préfectures

Rapports de force en 2014

Six électeurs sur dix (60,6%) se sont rendus aux urnes pour le deuxième tour des élections municipales dans les 194 préfectures ou sous-préfectures qui n’avaient pas choisi leur maire le 23 mars dernier, soit trois points de moins que la moyenne enregistrée au niveau national.

Les forces de droite recueillent plus de 50% des voix dans 134 localités (69% du total). Dans 20 villes, la seule droite de gouvernement obtient plus de 75% des suffrages au Raincy (90,2%), à Fontainebleau (85,6%), à Boulogne-Billancourt (84,5%), à Nogent-sur-Marne (84,3%), aux Sables d’Olonne (84,2%), à Ambert (79,4%), à Lisieux (78,1%), à Thonon-les-Bains (77%) et à Châteaudun (76,6%).

Le Front national présentait des listes dans 98 municipalités dans lesquelles il remporte en moyenne 15,5% des suffrages (8% dans l’ensemble du panel). Dix-sept préfectures ou sous-préfectures ont accordé plus de 20% de leurs voix au parti de Marine Le Pen. Celui-ci atteint 35,3% des suffrages dans le septième secteur de Marseille (13e et 14e arrondissements).

La droite recueille la majorité absolue : 53,6% des suffrages pour 43,1% aux forces de gauche. Elles arrivent en tête dans 49 préfectures ou sous-préfectures, soit 24,6% du total. Elles dépassent 60% des suffrages dans 17 localités ; dans trois d’entre elles (La Rochelle, Dunkerque et Montpellier) cependant, les candidats socialistes ont été battus par des dissidents. A Saint-Denis, le Front de gauche s’impose devant le Parti socialiste ; Dieppe a été remporté par le Parti communiste et enfin, la liste d’Europe écologie-Les Verts devance la liste socialiste à Grenoble. A Bayonne, ville que la gauche espérait remporter, la majorité présidentielle obtient 54,6% des voix mais divisée, elle laisse finalement la ville à l’UMP (45,3%).

 

Résultats de La France des préfectures

au deuxième tour des municipales de 2014

(en %)

Participation

60,6

 

Extrême gauche

0

Gauche

43,1

Total gauche

43,1

Droite

45,6

Extrême droite

8

Total droite

53,6

Evolution du rapport de force 2008-2014

Il y a six ans, un deuxième tour de scrutin avait été organisé dans 160 préfectures et sous-préfectures. 83 d’entre elles (51,8%) avaient accordé plus de la moitié de leurs suffrages à la gauche ; 68 avaient choisi majoritairement les forces de droite. L’extrême droite, présente dans seulement cinq communes, avait obtenu 14,2% des voix à Mulhouse, 13,2% à Versailles, 10,4% à Perpignan, 8,8% à Marseille et 7,6% à Carpentras.

 

Résultats du deuxième tour des élections municipales de 2008 et 2014

dans les préfectures et sous-préfectures

(en %)

 

Municipales 2008

Municipales 2014

Participation

61,9

60,6

 

Extrême gauche

0,3

0

Gauche

49,9

43,1

Total gauche

50,2

43,1

Droite

47,4

45,6

Extrême droite

0,2

8

Total droite

47,6

53,6

Comme le montre le tableau ci-dessus et comme nous lavons observé dans La France des villes, les forces de droite progressent entre 2008 et 2014 : + 6 points. Cette hausse est le résultat de la débâcle de la gauche qui perd 7,1 points entre 2008 et 2014 et à la nette hausse du front national (+ 7,8 points), notamment en raison de la multiplication du nombre de listes présentées par le parti de Marine Le Pen. La participation recule de 1,3 point.

Les municipales de 2014 consacrent donc la déroute de la gauche et la victoire – et sans doute le début de l’implantation – du Front national dans les territoires. Le front républicain semble avoir vécu, du côté des électeurs comme du côté des partis, et les triangulaires n’ont pas empêché la défaite de la gauche, principale victime aujourd’hui de la progression de la formation de Marine Le Pen.

 

Corinne Deloy



[1] A Béziers, la liste conduite par Robert Ménard était soutenue par le Front national.

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