Télémédecine : la vraie médecine de proximité

« La télémédecine, longtemps estampillée violon d’Ingres de quelques illuminés, s’impose aujourd’hui comme vecteur décisif d’évolution pour l’exercice médical. Avec la possibilité d’effacer et de compacter le temps, la téléconsultation permet au médecin d’effectuer un acte aussi satisfait qu’en mode présentiel. Voire plus, en lui offrant des possibilités inédites : recueillir l’expertise d’un collègue, séance tenante et faire une visite à domicile sans se déplacer. Des bouleversements dans la pratique professionnelle qui en appelleront d’autres ». Jacques Cinqualbre, ancien chirurgien transplanteur, s’est personnellement impliqué dans le développement de l’offre matérielle et logicielle d’une télémédecine, sur laquelle il porte un regard précis, alimenté par son expertise reconnue. Le contexte actuel de décloisonnement du système de santé, grâce au dossier médical unique notamment, offre aux patients et aux professionnels de soins la possibilité de mutualiser et de consolider des informations jusqu’alors inaccessibles, puisque retenues en circuit fermé par chaque praticien. 

 

La téléconsultation : une nouvelle forme de consultation. 

 

« C’est en faisant de la bonne médecine que l’on sauvera l’assurance maladie, de même que la réflexion éthique commence par une bonne connaissance médicale, de même il est bon de commencer par souligner que la télémédecine c’est d’abord de la médecine ».Pour l’auteur, le médecin est le plus souvent, pour de bonnes raisons et d’autres plus contestables, réticent à l’idée de changer sa façon de travailler en y intégrant de nouveaux outils. Mais au lieu de rejeter la télémédecine en bloc, le médecin devrait y voir une extensionde sa pratique professionnelle. Une consultation médicale comporte plusieurs étapes réunies dans une phase conversationnelle et d’autres dans une seconde phase dite d’examen physique. Le passage de la consultation à la téléconsultation, offre toute la palette des outils nécessaires pour répondre aux exigences des deux phases évoquées. C’est le cas de l’outil TeleMedica, un service qui englobe toutes les composantes matérielles, logicielles et organisationnelles de la téléconsultation, depuis la prise de rendez-vous à la délivrance de médicaments en pharmacie.

 

Le DMP, point d’appui et zone de stockage. 

 

« Le DMP est devenu un élément central dans notre stratégie de déploiement de la téléconsultation. Nous ne parlons pas ici de dossiers médicaux dits DMP-compatibles mais du vrai DMP ex-ASIP santé, néo-CNAMTS, en l’imposant en lieu et place de tous les « workflows », schémas organisationnels et logiciels métiers multiples ». Jacques Cinqualbre rappelle que l’assurance maladie est l’acteur le plus légitime pour le stockage de toute consultation. Le dossier médical est enfin l’espace de stockage le plus pertinent, car il décrit le patient, lui appartient, s’impose au soignant ce qui lui congère une indépendance totale vis-à-vis des dossiers de chaque professionnel de santé. Les atouts du dossier médical partagé ne s’arrêtent pas là tant il garantie : la neutralité vis-à-vis des professionnels, la facilité d’accès aux usagers, la confidentialité et la sécurité des données garanties par la puissance publique et enfin la gratuité. Pour Jacques Cinqualbre, la gestion publique de la plateforme n’est pas la garantie d’un flicage bien au contraire. L’intelligence qu’apporteront les équipes de l‘assurance maladie en valorisant le contenu, sous la forme d’une time-lineclaire, fera toute la différence, offrant le terreau d’une coopération médicale améliorée, ainsi que la prise en charge d’un patient balloté de toutes parts.

 

Ces avatars qui nous guident : télésurveillance personnelle et objets connectés. 

 

« C’est la grande tendance maniaque du jour. Les objets connectés sont annoncés par centaines de millions pour la santé, à l’horizon de cinq ans par Frost and Sullivan, McKinsey, Ernst and Young et consorts. Volume largement sous-estimé, même en prenant en compte l’épuisement annoncé de l’effet de mode. Il y a un milliard d’Iphones, rappelons-le. Et beaucoup plus de téléphones sous Androïd (…) On monte sur la balance, on prend sa tension, les chiffres et la courbe nous encouragent à poursuivre nos efforts. On nous culpabilise. Mais ça marche ». Toutefois, la terre promise de l’intégration de toutes nos données médicales n’est pour demain. On imagine déjà des dispositifs connectés qui pourront aller au-delà du signal et soient capables d’agir sur l’environnement du patient. Par exemple un briquet connecté qui après le nombre décroissant de cigarettes autorisé, pourra polluer le message olfactif du tabac pour le dégoûter. Au-delà des simples capteurs, les robots, dans le domaine de la chirurgie viscérale par exemple, s’imposeront dans le futur. L’engin sera beaucoup plus abouti que l’actuel outil exploité par STAR, une initiative académique du Children’s hospital à Washington. Il ouvrira immanquablement une piste intéressante en permettant au chirurgien de rester simple surveillant de l’appareil qui réalise tout seul une partie du « raboutage » entre deux morceaux d’intestin.

 

La télémédecine : un enjeu éthique. 

 

Sur le plan éthique, s’agissant de la prestation médicale elle-même, la télémédecine répond exactement aux mêmes règles habituelles, que le médecin met en œuvre dans sa pratique quotidienne. « Outre la dimension humaine, compassionnelle, contenue dans le serment d’Hippocrate, on trouve en lisière du domaine juridique l’obligation de moyens qui reste le fondement de la pratique médicale », précise Jacques Cinqualbre. La télémédecine instaure une nouvelle exigence celle d’une éthique de la « consultation à trois », entre le patient, le médecin et un outil ou une interface. Enfin, sans tomber dans l’obsession sécuritaire, il faudra s’assurer que les outils de protection des données dématérialisées soient bien mis en œuvre, garants de la traçabilité des actes et des prestations, pour le bien-être du patient. « A ce titre, le recours aux outils garantis par la puissance publique que sont la messagerie sécurisée (MS santé) et le dossier médical personnel et partagé (DMP) sont des choix judicieux », conclut l’auteur.

 

Farid GUEHAM

 

Pour aller plus loin :

 

-      « La télémédecine : pour réduire les distances », fondation-bompard.asso.fr

-       « La télémédecine, nouvel eldorado des soins »mutualite.fr

-       « Médecine algorithmique : quels défis éthiques ? »whatsupdoc-lemag.fr

 

Photo by OC Gonzalez on Unsplash

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