Primaires ouvertes et partis politiques : la nouvelle donne

5999200470_59c1247b44_z (1)La surprise Fillon lors des primaires de la droite et du centre a rendu les commentateurs politiques circonspects. Aussi se contentent-ils désormais d’annoncer une année électorale pleine d’incertitudes.

Au moment où s’ouvre la campagne des primaires de la gauche, on peut toutefois affirmer sans risque que l’élection présidentielle de 2017 a d’ores et déjà consacré l’institutionnalisation des primaires ouvertes, un changement majeur qui relativise le rôle des partis politiques, même s’ils en sont les organisateurs. Ce mode de désignation du candidat à la présidentielle n’a toutefois pas les mêmes conséquences immédiates à droite et à gauche.

A droite, une légitimation forte du candidat par la primaire

La droite républicaine s’est ralliée à contrecœur au principe des primaires. Sa culture bonapartiste la rendait doublement hostile à ce processus : au nom d’abord de l’autorité du chef du parti qui avait naturellement vocation à être son candidat à la présidentielle mais également au nom de la conception gaullienne de l’élection du président de la République au suffrage universel qui doit marquer la rencontre directe, sans intermédiaires, entre un homme et le peuple.

Les circonstances politiques depuis la défaite de 2012 et d’abord la décrédibilisation de l’UMP sur fond d’affaire Bygmalion et de querelle Fillon/Copé assortie de fraudes pour la présidence du parti, ont contraint les Républicains à organiser une primaire ouverte. Celle-ci a eu un double effet immédiat. Elle a donné une légitimité très forte à François Fillon, en raison de son score élevé aux deux tours et de la participation record. Les candidatures concurrentes qui émergent à droite – Nicolas Dupont-Aignan, Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino – auront du mal à trouver un espace et une audience. Et paradoxalement, cette victoire aux primaires a permis au candidat désigné de prendre sa revanche sur sa défaite de 2012, en lui donnant les clefs du parti : Nicolas Sarkozy s’est immédiatement retiré de la direction des Républicains.

A droite, les primaires relégitiment donc le parti organisateur et leur vainqueur en devient ipso facto le leader. Une règle de la science politique a sans doute vécu : le chef du parti désigné par les seuls militants n’est aucunement assuré d’en être le candidat à la présidentielle. Ce principe était déjà apparu avec la défaite de Martine Aubry face à François Hollande en 2011, il vient de recevoir sa confirmation.

Naturellement, François Fillon doit désormais convaincre au-delà de sa propre famille politique mais il dispose pour le faire d’un socle solide.
La primaire ouverte semble ainsi un atout majeur pour une droite qui y était initialement hostile.
A gauche, ce pourrait bien être l’inverse.

A gauche, la primaire dépassée par l’élection présidentielle

Ironie de l’histoire, c’est le PS qui a initié le recours aux primaires, avec les seuls adhérents d’abord en 2007, avec les sympathisants ensuite en 2011 et c’est ce même PS qui est menacé d’implosion en 2017 en raison de primaires dépassées par l’élection présidentielle.

François Hollande étant issu du Parti socialiste, ce dernier n’envisageait pas d’organiser des primaires puisqu’il disposait, avec le président sortant, d’un candidat naturel. L’impopularité record du chef de l’État a ensuite contraint le PS à prévoir une primaire de relégitimation avant que François Hollande ne soit finalement empêché de s’y présenter. Pour autant le vainqueur, quel qu’il soit, ne semble pas en mesure de rassembler la majorité de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle. Un sondage CEVIPOF Ipsos Sofra de décembre 2016 donne en effet, dans l’hypothèse la plus favorable, le candidat socialiste à la cinquième place derrière François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ! A gauche ce sont donc les candidatures d’Emmanuel Macron – même s’il affirme vouloir dépasser le clivage gauche/droite traditionnel – et de Jean-Luc Mélenchon – soutenu par le Parti communiste – qui, tout en refusant de passer par la primaire, semblent préempter la majorité de l’électorat. Plus embarrassant encore pour le Parti socialiste, ces deux candidats affaiblissent l’enjeu de sa primaire : les électeurs de la gauche de gouvernement pourraient bien préférer Macron à Valls ou Peillon et ceux de la gauche protestataire Mélenchon à Montebourg ou Hamon. La participation au scrutin de janvier pourrait donc être limitée et se retourner contre son organisateur, le Parti socialiste. Ajoutons que le candidat désigné n’en retirera qu’une faible légitimité. Du coup la ligne politique de la gauche sera tranchée par l’élection présidentielle et pas par la primaire. C’est même la vieille maison d’Epinay qui est menacée d’effondrement, le candidat de gauche arrivé en tête au premier tour de la présidentielle devenant ipso facto un acteur majeur du jeu politique à gauche.

Pour les socialistes, les primaires risquent donc d’avoir l’effet inverse de celui qu’elles ont eu à droite : une crise du parti dominant et une recomposition profonde du paysage politique et idéologique.

Toutefois, cet échec des primaires de la gauche renvoie à une explication essentielle, indépendante du mode de désignation du candidat à la l’élection présidentielle : l’incapacité de François Hollande, président de la République et chef de la majorité de gauche, à imposer durant son mandat une ligne idéologique claire et renouvelée – cette absence de choix a du reste conduit le Président à faire le vide autour de lui et à l’empêcher d’être candidat à sa propre succession -.

Plus profondément encore, réapparaît la crise profonde de la représentation politique en France que l’élection du président de la République au suffrage universel ne parvient pas à résorber et contribue même, sans doute, à aggraver.

Celle de 2017 apportera-t-elle un démenti à ce diagnostic ?

« Crédit photo Flickr: Pierre Marcel »

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