Pourquoi le référendum britannique sur l’UE aura lieu en 2015

La décision que vient de prendre le Premier ministre David Cameron d’organiser un référendum britannique sur l’Union européenne en 2017 constitue une prise de risque qui révèle l’état d’isolement et de faiblesse politique dans lequel il se trouve.

Au moment où les Européens viennent tout juste de stabiliser la crise monétaire, sans avoir pu encore juguler la crise financière ni dépasser la crise économique, le Premier ministre britannique prend le risque d’ouvrir, après les élections générales de 2015,  un cycle de renégociation de l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union.  Plus encore, il annonce que le résultat de cette renégociation sera soumis à un référendum avant 2017. Ce sera « a very simple in or out choice », annonce-t-il, répétant plus tard « it will be an in/out referendum ». On ne peut donc être plus clair.

Cette position procède évidemment des contraintes électorales dans lesquelles se trouvent les conservateurs britanniques depuis leur arrivée au pouvoir en 2010. Ils n’ont alors obtenu une majorité qu’en s’associant aux centristes du LibDem, de loin les plus favorables à l’Europe dans ce pays bien connu pour son euroscepticisme. C’est paradoxalement grâce aux électeurs europhiles britanniques du LibDem que Cameron est aujourd’hui à la tête d’une majorité parlementaire.

Mais en Grande-Bretagne aussi, le populisme fait son œuvre. Il se traduit cette fois, non pas dans sa version d’extrême droite incarnée par le BNP ou la English Defense League mais dans la version souverainiste du UKIP dont le seul programme est d’amener le pays à quitter l’Union européenne. Or, le UKIP a récemment menacé les Conservateurs de présenter contre eux partout des candidats lors des prochaines élections législatives, en 2015, ce qui revient à provoquer leur défaite, si le Premier ministre n’annonçait pas l’organisation d’un référendum sur la sortie de l’Union.

Sirènes populistes

David Cameron vient de céder aux populistes. En conséquence, si les Conservateurs l’emportent en 2015, ils demanderont ensuite l’ouverture de négociations avec l’Union. L’enjeu sera alors d’obtenir de l’Europe des conditions que les Britanniques devront estimer plus favorables pour se convaincre de voter en faveur du maintien de leur pays dans l’Union lors du référendum. Or, l’UE pourrait être peu disposée à accepter de telles conditions en raison d’un risque de propagation aux autres États membres.

Si les élections législatives ont lieu en 2015, et compte tenu de la promesse de Cameron d’organiser un référendum avant 2017, les négociations devront se dérouler sur une période inférieure à deux ans. Le Premier ministre britannique impose donc un calendrier à l’Union et à ses États membres ; il impose ensuite un délai de négociation trop court ; et enfin il annonce à ses partenaires européens qu’ils devront discuter sous la menace d’un « non » Britannique… sur lequel il aura lui-même peu de prise.

En effet, supposons cependant que ces deux conditions soient remplies, c’est-à-dire une négociation rapide et un résultat manifestement favorable à la Grande-Bretagne, rien ni personne ne peut garantir la victoire du « oui » ! Comme dans tout référendum, les électeurs qui voudront bien aller voter profiteront de cette occasion pour donner aussi leur point de vue sur leur Gouvernement, sur la situation économique du pays, sur leur propre situation personnelle et pas seulement sur l’Union européenne. Ainsi, les chances de voir le « non » l’emporter sont très élevées. Les Européens ne manqueront pas de se demander à quoi sert, dès lors, de perdre du temps et de l’énergie dans une renégociation que viendra très probablement ruiner un référendum négatif. En annonçant l’organisation d’un référendum après les négociations avec l’Union, David Cameron vient de se priver de tout pouvoir.

Le premier référendum aura lieu en 2015.

Ayant fait de ce référendum la pièce maîtresse du programme des Conservateurs pour les élections législatives de 2015, le Premier ministre vient en fait d’organiser un double référendum. En effet, le premier référendum aura lieu lors des élections législatives, en 2015, lesquelles deviennent de facto une sorte de consultation pour ou contre l’organisation d’un référendum. Ceux qui voteront Conservateurs voteront en même temps pour l’organisation de ce référendum sur l’Union. Dans ces conditions, si une majorité de droite devait sortir des urnes, il est peu probable qu’elle soit favorable au maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union. Ayant satisfait la revendication principale de tous les eurosceptiques et en particulier des populistes, les Conservateurs ne peuvent l’emporter qu’en conduisant une majorité d’opinion marquée par son hostilité à l’Union. La victoire des Conservateurs annoncerait donc la victoire du « non » au référendum, quel que soit le résultat des négociations.

Nous pouvons donc dire que si les Conservateurs sortent vainqueurs des élections générales de 2015, cela signifiera que les Britanniques sortiront de l’Union européenne en 2017. Á moins que les Travaillistes se lancent à leur tour dans la promesse d’un référendum sur l’Union… Mais dans ce cas, si la victoire des Conservateurs devient plus aléatoire, la sortie de l’Union devient plus probable encore.

En revanche, si les Travaillistes ne suivent pas les Conservateurs sur le sentier périlleux du référendum, il faudra alors considérer que les élections se jouent sur cette question, pour ou contre le référendum, et interpréter l’éventuelle victoire comme une volonté exprimée par les Britanniques de rester au sein de l’Union européenne.

Le déclin pour tous

On peut encore imaginer que les négociations, divisant les Européens et fragilisant davantage l’Union, au moment même où elle est en grande difficulté, finissent par provoquer une crise majeure. Dans ce cas, les Britanniques quitteront l’Union au moment où l’Europe quittera l’Histoire, tous unis dans le déclin.

Dominique Reynié

Crédit photo: Flickr, bisgovuk