Les nouvelles super puissances : Google, yahoo, Facebook, Wikipédia…

« Vos livres, vos musiques, vos films, votre vie leur appartiennent. Vos libertés ? Ils n’en ont cure (…) Google, Facebook, ces noms font désormais partie de notre vie quotidienne. En adoptant ces services du Net, nous leur avons donné un pouvoir, qui va jusqu’à dépasser celui de nos gouvernements. Ce que nous n’avons pas réalisé, c’est qu’au passage, nous avons opéré un changement de civilisation. Internet a fait vaciller un grand nombre de valeur acquises au fil de l’histoire par nos démocraties. Lois fiscales, vie privée, libertés individuelles, propriété, droit à l’oubli : autant de grands principes qui se retrouvent bafoués, dédaignés, foulés au pied ». Daniel Ichbiah, auteur de nombreux ouvrages dont « Les 4 vies de Steve Jobs »lance un message d’espoir et d’optimisme. A l’instar de nouveaux David face aux Goliath du Net, rien n’est joué et il n’est pas trop tard pour rependre un peu du pouvoir que nous avons nous mêmes cédés à ces enfants, bien peu reconnaissants.

Comment internet nous a fait changer de civilisation. 

 

En 1994, l’accès à Internet s’ouvre au grand public en France. « Mosaïc », un logiciel qui n’existe plus aujourd’hui, permettait de se rendre sur des sites tels que celui de la Maison Blanche, des musées, des ouvrages dont les textes faisaient partie du domaine public. Internet, c’était l’interconnexion de milliers d’ordinateurs, petits, moyens et grands, « celui de la Nasa, celui de la Maison-Blanche, celui de l’IRCAM à Paris, celui de Joe Bingo, agriculteur dans le Tennessee, le mien et peut-être demain, le vôtre »,explique Daniel Ichbiah. Il aurait été naïf de croire qu’au sein de cet écosystème, nous serions tous égaux. Mais voilà, contrairement à notre système démocratique, où nous élisons tous les cinq ans un nouvel exécutif, l’équipe à laquelle nous devions donner les clés du pouvoir n’entendait pas les rendre. « Dans le cas des géants du Web, nous avons là encore désigné un petit nombre d’élus. Toutefois, nous n’avons pas affaire à un système analogue à la démocratie » rappelle l’auteur. Le pouvoir de cette poignée d’entreprises élues transcendecelui de bien des gouvernements, lorsqu’elle ne collabore pas avec eux : le scandale Prism révélé par l’affaire Snowden montre que les entreprises Google, Facebook et Yahoo laissent des portes ouvertes à la NSA, l’agence de renseignement américaine.

 

La négociation des droits individuels. 

 

Celui qui avait mis le feu aux poudres n’était autre qu’Edward Snowden, jeune homme de 29 ans, ex-sous-traitant, opérant pour le compte de la NSA. En France le Monde estimait que Prismreprésentait 97 milliards de données sur le seul mois de mars 2013. Derrière l’affaire Prism, réside la captation silencieuse et dissimulée de nos données. Pire encore, cette prise d’otage est le plus souvent consentie, comme le rappelle David Ichbiah « lorsque nous souscrivons certains de ces services, nous validons bien souvent un formulaire indiquant que nous acceptons certaines règles. Ces centaines de lignes sont rébarbatives à lire, et presque personne ne prend le temps de les parcourir. Pourtant, dès lorsque nous cliquons sur le bouton OK, nous acceptons de manière implicite les termes de ce contrat et, donc, nous y sommes alors liés ».

 

Les murs de Facebook ont des oreilles. 

 

 « Les historiens du futur jetteront un regard tantôt attendri, tantôt médusé sur certains des phénomènes qui ont vu le jour vers le début du nouveau siècle. Parmi les curiosités figurera l’inflation exponentielle du nombre d’« amis » sur les réseaux sociaux ». Sur Facebook, le nom « ami » a complètement perdu de son sens. Les liens qui se tissent sur le réseau résultent plutôt de l’échange de bon procédé : on fait mine de porter un intérêt aux faits et gestes d’une personne, en échange d’un intérêt plus ou moins sincère, pour les nôtres. Au Royaume-Uni, une enquête menée par un cabinet d’assurance démontrait que 51% des usagers du réseau avait accepté des demandes d’amitiéde la part de gens qu’ils ne connaissaient absolument pas. Facebook c’est l’avènement de l’indiscrétion généralisée, mais aussi celui de la mobilisation instantanée. Ce fut le cas en 2008, lorsque le ministère de l’Intérieur avait voulu mettre en place un fichier « Edvige », mentionnant les personnes « susceptibles de troubler l’ordre public ». Devant une pétition en ligne regroupant 110 000 signatures, le décret est rapidement retiré. Facebook est donc le réseau de la surveillance consentie. Pas étonnant donc que 77% des recruteurs réalisent des recherches en ligne sur les candidats à un poste et que 35% de ces postulants soient éliminés sur la base des résultats trouvés. Plus inquiétant encore, une personne sur trois effectuerait des recherches sur ses collègues en ligne. Et le contrat qui nous lie à Facebook est sans appel : tout ce qui a pu être publié sur notre compte, une photo, un commentaire, demeure la propriétéde l’entreprise. Vous pourrez supprimer ces informations de votre compte, mais elles seront à jamais conservées sur les serveurs géants de la Silicon Valley.

 

Le temps de l’alternative. 

 

« L’euphorie qui a accompagné la découverte d’Internet est en partie à la source de la situation présente (…) Ce faisant, nous n’avons pas réalisé qu’à chaque fois, une trace de nos activités était enregistrée quelque part, dans un ordinateur. Un ordinateur qui réside quelque part dans le monde, avec probablement plusieurs copies de ces informations en des lieux inconnus ».Nous abandonnons notre pouvoir à une poignée de sociétés de droit privé. Nos bradons notre intimité, nos biens culturels, nos vies privées. Et il est difficile de résister à ces géants du net tant ils se présentent comme les derniers remparts, citadelles pour un monde meilleur, celui du bien-être, du confort, de l’immédiateté et de la gratuité. « Servez-vous ! Revers de la médaille : nos moindres faits et gestes sont enregistrés pour revendre notre profil à des annonceurs en tout genres », rappelle David Ichbiah. Le temps de l’alternative est venu, et nos choix peuvent changer la donne : des options sont possibles. Elles sont gratuites et à notre portée. Nous devrons changer nos habitudes, diversifier nos usages, utiliser les réseaux sociaux avec parcimonie, ne pas tomber dans le « tout-Google », des moteurs de recherche aux équipements domotiques. « Ce qui fait la force des géants du Web est aussi leur talon d’Achille. Les alternatives sont très nombreuses et, le plus souvent, il ne coûte rien de les essayer », conclut l’auteur.

Farid Gueham

Pour aller plus loin :

-       « Scandale Facebook : les GAFA sont une monarchie absolue qui menace la démocratie »,lefigaro.fr

-       « Ce que la NSA a demandé à Google, Facebook et Microsoft », latribune.fr

-       « Edward Snowden after first presidential alert test : all our lives dangle at the end of a wire »,washingtonexaminer.com

-       « Prism, Snowden, surveillance : 7 questions pour tout comprendre », lemonde.fr

-       « Internet, une servitude volontaire », liberation.fr

-       « Fichier Edvige : avis de la commission des lois », vie-publique.fr

-       « Enquête : recrutement et réseaux sociaux », leblogdumoderateur.com

 

Photo by Amar Yashlaha on Unsplash

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