Les enjeux de l’émergence de la Legaltech

6793482015_291721b81a_oLes enjeux de l’émergence de la Legaltech

par Tanguy Robert, Business Developer chez legalstart.fr

À l’image de la Fintech (secteur financier) ou encore de la Medtech (secteur médical), la Legaltech se développe progressivement sur le marché français du droit. Que désigne-t-elle ? Quels sont les enjeux de cette évolution pour les justiciables et les professionnels du droit ?

Le terme Legaltech fait référence à toute entreprise proposant une innovation technologique de rupture sur le marché du droit, que ce soit au service des cabinets d’avocats (B2B) ou directement à destination des justiciables (B2C). Aux Etats-Unis, le marché de la Legaltech est déjà relativement mature, les premiers acteurs ayant émergé dès le début des années 2000.

En France, le rythme de création de nouvelles startups venant garnir les rangs de la Legaltech s’accélère. Cette effervescence trouve un écho dans les médias et alimente le débat autour de “l’ubérisation du droit”. Le concept d’ubérisation renfermant des concepts contradictoires (meilleure expérience de consommation et atomisation du travail par exemple), ce terme n’est pas compris de la même manière par tous les observateurs. Le terme de digitalisation, moins antagoniste, traduit probablement mieux le phénomène.

Qui sont ces nouveaux acteurs ? La Legaltech englobe des  sociétés ayant développé des technologies diverses et variées, correspondant à différents segments du droit. Génération de documents juridiques, banques de contrats, marketplaces de professionnels du droit, justice prédictive, dématérialisation des procédures, etc. : les nouvelles technologies affectent toute la chaîne de valeur de la prestation juridique.

Les enjeux qui découlent de l’essor de la Legaltech sont multiples : voici quelques pistes de réflexion.

Favoriser l’accès au droit

Plus d’une PME sur deux ne ferait pas appel à un professionnel lorsqu’elle fait face à un besoin juridique[1]. Cette statistique est certainement à mettre en relation avec la suivante : 85% des Français estiment que le coût d’intervention des avocats est trop élevé.[2] Dans ce contexte, des plateformes proposant des services juridiques standardisés en ligne (création d’entreprise, approbation des comptes, recouvrement, etc.) se sont développés pour répondre à ce type de besoins, à des prix beaucoup plus attractifs.

Ces startups accompagnent la transformation des modes de consommation. De plus en plus, le justiciable se tourne vers le web pour identifier un service juridique adapté. Les outils de référencement et de mises en relation avec des professionnels, les moteurs de recherches juridiques grand public et les systèmes intelligents de questions-réponses se développent pour répondre aux besoins des internautes et résoudre le vide informationnel préexistant.

Collaborer avec les professionnels du droit

Le débat se focalise parfois sur une confrontation entre Legaltech et acteurs traditionnels du marché du droit. En réalité, les nouvelles technologies de la Legaltech sont avant tout porteuses d’opportunités pour les professionnels (avocats, notaires, huissiers de justice, expert-comptables) : meilleure visibilité grâce aux plateformes de référencement, gain de temps grâce à la génération et l’analyse documentaire, nouveaux outils d’exploitation des données, etc. Les professionnels du droit en sont d’ailleurs tout à fait conscients, comme en témoigne le récent partenariat entre une plateforme juridique en ligne et une association française de notaires sur la création d’entreprise. L’objectif est simple : pouvoir automatiser certaines tâches standards pour que le notaire puisse se concentrer sur ses missions de conseil.

Les innovations portées par les entreprises de la Legaltech ont beaucoup à offrir aux acteurs du marché. Des discussions émergent autour de la réglementation et de la déontologie, garantes de la qualité de la prestation juridique, afin notamment de déterminer si elles permettent une collaboration sereine entre les professionnels du droit et les plateformes de la Legaltech.

Accompagner les mutations de demain

Le progrès technologique représente un enjeu important pour les acteurs du secteur et les justiciables. Le big data permet l’apparition de technologies en matière de prédictibilité des décisions de justice ou encore d’analyse des risques juridiques. La blockchain peut également apporter son lot d’innovations disruptives (notamment en matière d’authentification des actes). L’intelligence artificielle et la robotique, de manière plus prospective, vont faire leur apparition dans l’écosystème de la Legaltech. Ces technologies pourraient potentiellement affiner l’expertise et perfectionner le conseil fourni par les professionnels du droit et bénéficier en fin de compte à leurs clients.

La digitalisation du droit, incarnée par l’émergence de la Legaltech, contribue à remodeler fondamentalement la manière dont les prestations juridiques sont délivrées. Les enjeux réglementaires, éthiques et plus généralement sociétaux sont nombreux. Les opportunités tant pour le justiciable que pour les différents acteurs du marché le sont tout autant.

[1] Pour plus de détails, voir par exemple : www.epoq.co.uk/pdf/SMELegalNeedsAnOpportunityForCommercialInsurersEpoqJul2014.pdf

[2] Sondage OpinionWay, réalisé du 28 au 29 octobre 2015 sur un échantillon de 1015 personnes, selon le système CAWI, norme ISO 20252

crédit photo Flickr: LexisNexis Legal & Professi

Qu'en pensez-vous?