Les 5 failles du modèle social français

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Par Nicolas Beyls

Il est coutume d’écrire que le monde nous envie notre modèle social. L’économiste Jean-Olivier Hairault soutient une thèse opposée dans son livre Ce modèle social que le monde ne nous envie plus, paru en 2015. Selon lui, le choix de l’inactivité s’est fait au prix d’un chômage de masse et de l’appauvrissement du pays.

Le refus de la polarisation du marché du travail : La mondialisation des échanges et l’essor des nouvelles technologies a eu un double effet dans les pays occidentaux. D’une part, nous avons de plus en plus besoin de cadres très qualifiés et bien rémunérés. D’autre part, la demande pour les tâches non-routinières (services à la personne, commerce, restauration…) mais à faible valeur ajoutée s’accroît. Entre ces deux extrêmes, “average is over” : nous avons moins besoin d’ouvriers et d’employés de bureau, catégories qui ont bénéficié d’une forte promotion sociale lors des Trente Glorieuses. Cependant la France n’a pas réformé en conséquence son Etat-Providence, établi sur la base d’une croissance forte désormais révolue.

Le manque de pragmatisme : Ce phénomène de polarisation creuse les inégalités salariales. Mais la plupart des pays occidentaux ont tenté de tempérer cette évolution en réformant leur Etat-Providence (par exemple avec le Workfare britannique ou les réformes Hartz en Allemagne). Contrairement à la France, ils ont préféré l’emploi, même à temps partiel, à l’inactivité. Pragmatiques, ils ont accepté la montée des “petits boulots”. Par idéologie, les dirigeants français, de droite comme de gauche, ont considéré cette évolution comme une régression et ont conspué le “social-libéralisme” de Blair et de Schröder.

La lutte contre le chômage en réduisant le temps de travail : Depuis les années 1970, la France tente de lutter contre le chômage en réduisant la durée annuelle du travail (via les 35 heures) mais aussi le nombre d’années travaillées (via la retraite à 60 ans ou les préretraites). Cette vision malthusienne a été portée par les idéologues de la “fin du travail”, comme Dominique Méda ou Pierre Larrouturou. Grave erreur de diagnostic ! Au lieu de partager le travail dans les métiers qui se contractent, nous aurions dû redéployer la main d’oeuvre vers les secteurs de demain.

Le refus de la “destruction créatrice” : En France, l’attention des médias et du pouvoir se focalise sur les destructions d’emplois : tout le monde se souvient de Nicolas Sarkozy à Gandrange et de François Hollande à Florange. On oublie souvent la face immergée de l’iceberg, les créations d’emplois. Systématiquement, la France préfère protéger les situations existantes, au détriment des nouveaux entrants. Son modèle social cherche à lutter contre les inégalités mais crée une autre forme de polarisation, par les statuts. Ainsi, sur le marché du travail, coexistent des “insiders” (les salariés en CDI, bien protégés) et des “outisders” (les travailleurs précaires en CDD, les chômeurs de longue durée).

Le choix de l’appauvrissement généralisé : En refusant le travail et en privilégiant l’inactivité, la France a réduit son potentiel de croissance. La richesse par habitant y a crû moins vite que dans d’autres pays occidentaux. Or le financement de son modèle social repose sur la quantité d’heures travaillées, via les cotisations sociales. La France est donc obligée de revoir à la baisse la générosité de son modèle social pour éviter de creuser dettes et déficits. Pourtant les Français préféreraient travailler davantage pour être mieux protégés : nous devons donc vite changer de cap !

crédit photo Flickr : Gérard DT