Le plan de vigilance de Google pour les élections européennes

Google s’est engagé à interdire l’achat, par des sources « non-européennes », d’espaces publicitaires politiques avant la prochaine élection du Parlement européen. Dans son article pour site d’information américain Politicola journaliste spécialiste des nouvelles technologies, Laura Kayali, décrypte le plan d’attaque élaboré par Google, afin de mettre en place des règles de transparence avant les élections, obligeant les annonceurs à prouver qu’ils sont bien des citoyens de l’UE, ou des entités ayant leurs sièges en Europe, comme l’annonçait la firme, dans un communiqué jeudi 22 novembre afin de lutter contre la manipulation électorale. « Les responsables européens s’inquiètent du risque d’ingérence lors des prochaines élections, qui concernent plus de 500 millions de citoyens. La commissaire européenne en charge de la Justice, Věra Jourová, a qualifié la Russie de « source la plus souvent citée en matière d’’ingérence dans les élections en Europe » », rapporte Laura Kayali.

L’ombre de la menace populiste.

L’une des principales préoccupations de Google porte sur les campagnes d’influence sur Internet. Ces dernières peuvent faire pencher la balance en faveur des partis eurosceptiques – comme le Rassemblement nationalde Marine Le Pen en France, ou la Liguede Matteo Salvini en Italie – et ce, avant le scrutin du mois de mai prochain. Pour la commissaire européenne Vera Jourová « d’autres pays s’inspirent de la Russie. Nous avons observé que d’autres Etats, mais aussi des groupes de lobbying, privés renforcent leurs capacités d’ingérence électorale ». À la suite du scandale Cambridge Analytica et de l’ingérence de la Russie lors des élections américaines de 2016, Facebook, Google et Twitter ont été soumises à une forte pression de la part des législateurs, et ce des deux côtés de l’Atlantique, afin de s’assurer que les citoyens européens ne soient plus menacés par des acteurs étrangers en période d’élections.

Le plan « élections européennes 2019 »de Google fait écho aux actions menées dans le cadre des « midterms »américaines.

Les campagnes politiques et les spots publicitaires devront clairement indiqués aux citoyens européens « un parti politique, un candidat ou un titulaire actuel »déclarait Google dans un de ses posts « Supporting the European Union Parliamentary Elections ». Les annonces devront également respecter les règles propres à l’entreprise en matière de publicité. Le géant de la recherche en ligne publiera également un « rapport sur la transparence des annonces électorales », inspiré de la version américaine.

Une zone grise persiste : quid des annonces thématiques ?

Pour l’heure, Google n’a pas encore étendu ses nouvelles exigences en matière de transparence aux « annonces thématiques », soupçonnées d’influencer les électeurs sur des sujets comme l’immigration, la santé publique, l’emploi, plutôt que de mettre clairement en avant un candidat. Ainsi plusieurs annonces politiques publiées avant le référendum britannique sur le Brexit se focalisaient sur des problématiques, plutôt que sur des personnes. Suite à une controverse concernant le processus de vérification de l’identité des annonceurs politiques par Facebook, Google a déclaré que les annonceurs devraient désormais passer par un processus de vérification afin de s’assurer qu’ils sont bien citoyens de l’UE ou entités basées dans l’UE. Les particuliers et les organisations devront fournir à Google des documents officiels prouvant qu’ils ne sont pas des acteurs étrangers à l’Union. La publicité transfrontalière au sein de l’UE sera quant à elle autorisée. La politique de transparence intégrale imposée aux annonces politiques pendant les élections européennes de 2019 sera annoncée à mois de janvier. « Ils s’appliqueront aux services Google Ads tels que les annonces de recherche ou les annonces YouTube dans les 27 pays membres. Certaines des publicités politiques les plus controversées en Europe concernent des personnalités publiques n’ayant aucun lien direct avec une campagne, comme l’investisseur américano-hongrois George Soros » précise Laura Kayali.

Google développe des solutions pour traiter les annonces politiques. 

Google développe également des outils fournissant des informations électorales telles qu’une cartographie des bureaux de vote et dispensera une formation en matière de sécurité à destination des publics susceptibles de faire l’objet d’attaques d’attaques de phishing. La Commission a fait de « l’intégrité électorale » une de ses priorités : en septembre, l’exécutif européen a publié un code de conduite face aux fake news, signé par les plus grandes plateformes. Toutefois, les autorités européennes n’ont pas mis en place de règles juridiquement contraignantes, se limitant à des recommandations dans le cadre électoral à venir et dont les lignes directrices concernent essentiellement la transparence de la publicité politique.

Farid GUEHAM

Pour aller plus loin :

-       « Des élections européennes libres et équitables », ec.europa.eu

-       « Google plan to protect european elections transparency », politico.eu

-       « Google s’arme contre les fake news pour les élections »sciencesetavenir.fr

-       « Google renforce la transparence sur les publicités politiques en Europe »lesechos.fr

-       « Google s’engage pour que vous sachiez qui se trouve derrière les publicités à caractère politique diffusées en Europe », capital.fr

Photo by Paweł Czerwiński on Unsplash

 

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