Le paradoxe des petites exploitations

La Fondation pour l’innovation politique est heureuse d’être partenaire du premier Forum international de l’Agriculture, Planet A. Placée sous le Haut Patronage du Président de la République française, cette initiative a lieu à Châlons-en-Champagne les 27, 28 et 29 juin 2018. À cette occasion, la Fondation publie une série d’articles, d’entretiens et de vidéos sur son blog Trop Libre, sur les défis auxquels fait face l’agriculture mondiale.

En 2018, les fermes et exploitations de petite taille représentent encore un peu moins d’un tiers du nombre total d’exploitations agricoles françaises, soit environ 140 000 exploitations sur les 515 000 que compte l’hexagone. Sont considérées comme de petite taille les exploitations dont la production brute standard (PBS) est inférieure à 25 000 euros[1]. Ces dernières années leur situation est devenue paradoxale : elles sont celles qui présentent le taux de croissance le plus élevé mais aussi celles qui disparaissent le plus facilement.

Une baisse importante des petites exploitations

En 20 ans, le nombre d’exploitations agricoles a baissé de plus de moitié. Les petites et moyennes structures sont les plus touchées alors que les plus importantes sont plus nombreuses qu’en 1988. Les petites exploitations sont majoritaires mais leur part s’est réduite de dix points en 20 ans selon l’INSEE[2]. Les dernières études en date montrent qu’environ un tiers des petites fermes ont disparu entre 2000 et 2007. Les derniers chiffres du recensement agricole indiquent une poursuite de leur déclin : 8% du total de ces exploitations ont disparu entre 2010 et 2013 contre seulement 1% parmi les moyennes et grandes fermes.

Cependant, la baisse du nombre d’exploitations ne coïncide pas avec la surface agricole utilisée (SAU) totale, qui s’est quasiment stabilisée. Par conséquent, cela signifie que la disparition de certaines exploitations bénéficie à celles qui se maintiennent en leur permettant de s’agrandir. En effet, la taille moyenne des exploitations était de 55 hectares en 2010, contre 28 en 1988[3]. Les petites fermes ne représentent plus qu’un peu plus de 5% de la SAU.

Des petites exploitations délaissées

Les petites fermes, les plus souvent situées dans des zones défavorisées ou de haute-montagne, sont victimes du fonctionnement du système de subventions national et européen. On constate qu’« au moins 80% des aides versées à l’agriculture sont indexées à la taille des exploitations » selon Michel Berocoirigoin, président de la Chambre d’agriculture alternative du Pays basque et militant de la Confédération paysanne. De plus, dans les statistiques européennes, seules les fermes de grande et moyenne taille sont répertoriées ce qui signifie que les données de la Politique Agricole Commune (PAC) n’incluent pas les petites exploitations[4].

Des mesures sont applicables pour rectifier cette situation comme une majoration des aides aux premiers hectares et la suppression des planchers d’accès à certaines subventions. Ces points feront l’objet de vives discussions au niveau européen lors des élections européennes de 2019 mais surtout pendant la renégociation de la PAC prévue en 2020.

Des petites exploitations à l’avenir prometteur

Cependant, toutes les petites fermes et exploitations ne sont pas menacées. Une partie d’entre elles s’est tournée vers un modèle de production durable et/ou bio. Celles-ci profitent du contexte actuel, soulignant l’importance de manger sainement tout en préservant la biodiversité et l’environnement, pour croître de manière fulgurante. De nombreuses associations de défense des animaux alertent fréquemment les consommateurs sur les conditions de vie des animaux et les problèmes d’abattage, notamment au travers de vidéos chocs comme c’est le cas de l’association L214. Les Français prêtent de plus en plus attention à la provenance des produits qu’ils consomment, et plus spécifiquement de la viande.

De plus, la protection de la biodiversité est aussi devenue un enjeu de consommation, voire de société, comme l’a montré le récent débat sur l’interdiction du glyphosate, produit classé « cancérigène » depuis 2015 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Enfin, on a assisté ces dernières années à l’émergence des circuits courts. Ces derniers permettent de recréer du lien social, de favoriser les petits producteurs, en contact direct avec le consommateur – ce qui permet aussi à ce dernier de connaître précisément la provenance de ces aliments – et enfin de limiter le coût environnemental de production. Des initiatives citoyennes comme la marque « C’est qui le patron ? » et de nombreux labels ont aussi fait leur apparition pour rémunérer de manière descente les agriculteurs tout en proposant un produit de qualité, conforme aux nouvelles attentes des citoyens.

De nombreuses petites exploitations disparaissent chaque année et sont délaissées par les autorités publiques. Cependant, certaines ont su saisir les nouvelles attentes des consommateurs, qui privilégient une agriculture saine et durable distribuée en circuit court, pour se reconvertir et pérenniser leur activité.

Par Florian Guidat

[1] « Glossaire », Agreste (http://agreste.agriculture.gouv.fr/definitions/glossaire/article/189).

[2] « Tableau de l’économie française », INSEE (https://www.insee.fr/fr/statistiques/1374189?sommaire=1374192).

[3] « Les exploitations agricoles françaises », Commissariat général au Développement durable, Ministère de la transition écologique et solidaire (http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/2390/0/exploitations-agricoles-francaises.html).

[4] « Et si les petites fermes étaient l’avenir de l’agriculture ? », Reporterre (https://reporterre.net/Et-si-les-petites-fermes-etaient-l-avenir-de-l-agriculture).

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