Le mix des cultures favorise l’investissement aux Pays-Bas

27849852045_b97552cbc9_zUn article du journal L’Opinion en date du 21 septembre 2016 fait état de l’ouverture large des capitaux des sociétés cotées européennes aux investisseurs étrangers. Le pays le plus ouvert est les Pays-Bas qui compte 85% d’actions cotées domestiques détenues par des non-résidents . Quelles peuvent être les raisons qui conduisent les Pays-Bas et la bourse d’Amsterdam en tête de liste ?

Une culture de l’innovation financière et de l’investissement

Les Pays-Bas ont connu une période faste de rayonnement culturel et économique : le siècle d’or néerlandais, durant le XVIIème siècle. Poussé par le commerce international, les Néerlandais ont fondé en 1602 la première société par actions, la VereenigdeOostindische Compagnie (la compagnie néerlandaise des indes orientales). La VOC a jeté les fondations du modèle des sociétés anonymes émettant des actions et des obligations. Ce n’est pas l’unique exemple de l’innovation financière néerlandaise : en 1774, la première société d’investissement créée par Abraham van Ketwich naît à Amsterdam. La domination commerciale du pays batave s’est ainsi traduite par l’invention de mécanismes financiers et de structures commerciales nouvelles propres au développement d’une culture de l’entrepreneuriat et de l’actionnariat.

L’absence de sécurité juridique a pénalisé le développement des sociétés par actions

Malgré un dynamisme certain, l’absence de protection juridique a mené de nombreuses sociétés à la banqueroute, motivant d’ailleurs, aux XVIIIème et XIXème siècles, des évolutions juridiques favorables à la culture boursière. D’abord l’influence de la Common Law. Aux alentours des années 1720, les joint-ventures de l’époque, considérées jusqu’alors comme des sociétés d’intérêt public, sont devenues des sociétés dont l’objectif était clairement le profit privé. L’occupation napoléonienne a aussi laissé de grandes traces dans le système juridique néerlandais : le droit civil et la codification. En somme, les néerlandais ont hérité d’une pensée économique anglo-saxonne mais d’un système juridique de droit civil.

La place boursière d’Amsterdam est très attractive

Amsterdam a toujours été lieu de liberté et d’innovation. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la ville est devenue une place boursière innovante. Les grandes compagnies ont été attirées par un système de taxation des dividendes avantageux, où la double taxation n’a lieu qu’au niveau de l’entreprise. Aujourd’hui la petite taille de la bourse d’Amsterdam et la concentration de sociétés multinationales néerlandaises favorisent la venue d’investisseurs étrangers (on peut penser à Royal Dutch Shell, Heineken, Royal Philips, ING ou encore Unilever), comme l’explique l’Opinion. Cet argument est renforcé par la diminution de moitié du nombre de sociétés néerlandaises ayant des capitaux propres enregistrés à la bourse d’Amsterdam : elles étaient 333 en 1958 et n’étaient plus que 143 en 1993 .

La société cotée néerlandaise est un modèle de diversité actionnarial

Les statuts des sociétés néerlandaises ont longtemps veillé à ce que les actionnaires restent calmes et se soucient de la pérennité de l’entreprise. Cela s’est traduit par la présence des familles au sein des conseils d’administration : sur les sociétés inscrites à la bourse d’Amsterdam en 1923, 31,5% comptaient au moins deux membres du conseil d’administration du même nom contre 5,6% en 1993. D’autres clauses, comme le plafonnement du pourcentage d’actions par un unique actionnaire ou l’utilisation d’actions de préférence, étaient autant de clauses statutaires qui ont favorisé la venue des investisseurs étrangers en promettant des sociétés stables. Ces dispositifs empêchaient la prise de contrôle de la société par un investisseur unique ; l’effet corollaire est un actionnariat dynamique et diversifié.

Pour aller plus loin:

- Muriel Motte, Le capital des groupes européens ouvert aux quatre vents, L’opinion, 21 septembre 2016.
- Chiffre de l’Organisme européen de l’épargne (OEE) en 2014.
- Abe de Jong et Ailsa Roell, Financing and control in The NetherlandsdansA history of corporate gouvernance around the wolrd, Presse de l’univerisité de Chicago, Novembre 2005, pp457-515.
- Critères similaires à l’étude d’Abe de Jong et AilsaRoell.

« Crédit photo Flickr: Jorden Esser»

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