La vague rose s’arrête à l’Est

France « atlantique » de gauche et France « frontalière » de droite

En tête au premier tour avec 28,6 % des voix,  c’est dans le quart Sud-Ouest, la Bretagne, à Paris et dans sa périphérie proche ainsi que dans la pointe Nord que François Hollande réalise ses meilleurs résultats. Par rapport à 2007, six départements situés dans l’Ouest « basculent » à gauche : le Morbihan, la Charente-Maritime, le Calvados, la Sarthe, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Le candidat de la gauche « conquiert » aussi le Cantal et l’Aveyron, deux départements ruraux du sud-ouest du Massif central autrefois « chasse-gardées » de la droite.

Seul le Nord-Ouest rural (Vendée, Mayenne et bocage normand), bastion traditionnel de la droite, résiste à la forte poussée de la gauche dans l’Ouest. Celle-ci est d’ailleurs bien plus faible dans l’Est, où Nicolas Sarkozy, qui obtient 27,2 % des suffrages au niveau national, est en tête. Fait notable, à l’exception du territoire de Belfort, dans tous les départements frontaliers de l’Allemagne, la Suisse et l’Italie placent Nicolas Sarkozy devant son rival socialiste. Le président-candidat arrive également premier dans ses deux fiefs de l’Ouest francilien, les Hauts-de-Seine et les Yvelines, tandis que le reste de l’Ile-de-France lui préfère Hollande.

La « ceinture bleue »

On peut également remarquer que s’est formée, au niveau de la périphérie lointaine de l’Île-de-France, une « ceinture bleue », qui entoure Paris et sa région. Dans l’Oise, l’Eure, l’Eure-et-Loir, le Loiret, l’Yonne et la Marne, départements limitrophes de l’Île-de-France, Nicolas Sarkozy est en tête.

C’est, de plus, dans ces zones péri-urbaines que Marine Le Pen, forte de ses 17,9 % au niveau national, progresse le plus par rapport en 2007 : de plus de 8 points en Seine-et-Marne (19,7 % contre 11,2 %) et de près de 9 points dans le Loiret (20,6 % contre 11,8 %). La distribution électorale dans le « Grand Paris » se trouve ainsi renversée par rapport aux années 1970 et 1980, lorsqu’une « ceinture rouge » entourait un Paris votant massivement à droite.

On retrouve également cette distinction ouest/est au niveau de la façade méditerranéenne : alors que le score obtenu par Marine Le Pen y est toujours supérieur à 20 % (avec 26 % dans le Gard, seul département qui la place en tête), celui des deux candidats arrivés en tête varie sensiblement : Hollande est premier à l’ouest, Sarkozy à l’est. C’est d’ailleurs dans cette zone que le président-sortant réalise ses meilleurs scores : 37 % dans les Alpes-Maritimes, 34 % dans le Var.

Ce premier tour confirme dans une certaine mesure une tendance observée depuis plusieurs décennies, qui voit la France électorale s’organiser dans une logique de différenciation ouest/est. Mais la percée effectuée par Marine Le Pen dans le Sud-Ouest (par exemple, elle obtient 17,1 % des voix en Dordogne, quand son père réunissait 9,5 % des suffrages en 2007) traduit une redistribution géographique du vote Front national, traditionnellement situé à l’est d’une ligne Perpignan-Dunkerque.

Vote des villes et vote des champs

Un autre enseignement, en termes de géographie électorale peut être tiré des résultats du scrutin : la distribution du vote au niveau des grandes métropoles entre le centre et sa périphérie [1]. Plus on se situe vers le centre, plus le vote à gauche est important, tandis que plus on s’en éloigne, plus le choix en faveur de Marine Le Pen est élevé. Dans l’Hérault, par exemple, le score de François Hollande est de 26,7 %, celui de Marine Le Pen est de 22,3 %. À Montpellier, chef lieu de ce département, la leader du Front national obtient 13,6 % des voix, le candidat socialiste 35 %. On retrouve ce même écart dans un département ayant très largement voté à droite, le Bas-Rhin : François Hollande est devant Marine Le Pen à Strasbourg (32,1 % contre 11,9 %) mais est derrière elle au niveau départemental (21,2 % contre 19,6 %).

Ce double clivage territorial – est/ouest et centre/périphérie – peut être vu comme la matérialisation en termes géographique du nouveau clivage qui caractérise la France électorale du XXIe siècle, structuré autour des thèmes de la mondialisation, de la question européenne et du libéralisme culturel : celui qui oppose « libéraux » et « souverainistes », par-delà la coupure traditionnelle droite/gauche [2].

Rémi Hugues


[1] http://www.cevipof.com/fichier/p_publication/967/publication_pdf_notebussi.1.pdf.

[2] Cf. Pascal Perrineau, Le choix de Marianne, Paris, Fayard, 2012. Une recension de cet ouvrage est disponible ici.

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