Inde : les terribles violences faites aux femmes !

15.07.2014Inde : les terribles violences faites aux femmes !

Lors de son premier discours au parlement[1], le nouveau Premier Ministre indien, Narendra Modi, a abordé un sujet polémique : la condition des femmes. Il a déclaré que celles-ci méritaient respect, dignité et protection. Une intervention opportune dans un pays où la misogynie est presque devenue une épidémie…

Des millions de femmes empêchées de naître

Dans son ouvrage Unatural selection[2], Mara Hvistendahl met en garde contre le développement des pratiques d’avortement sélectif en fonction du sexe. Depuis les années 1970, environ 163 millions de grossesses n’ont pas vu leur terme dans le monde[3] parce que l’enfant à naître était de sexe féminin, créant de facto un très fort déséquilibre parmi la population[4]. Cette forme de guerre contre les bébés filles est appelée, par certains, « gendercide » [5].

En Inde, cette situation est particulièrement répandue parmi la classe supérieure instruite et riche, ainsi qu’au sein de la classe moyenne indienne. Les raisons sont principalement culturelles mais aussifinancières et démographiques[6]. Le recensement effectué en Inde en 2011 révélait qu’il y avait dans le pays 7.1 millions de petites filles en moins par rapport aux garçons[7]. Ce ratio fortement inégal, conduisant à un manque de femmes, est considérée comme un élément stimulateur des crimes sexuels commis à leur encontre, et qui sont malheureusement monnaie courante dans le pays…

Pour les violeurs, l’impunité !

En décembre 2012, le drame de « la fille de l’Inde »[8] avait bouleversé le monde entier. Malgré la dénonciation de cette maltraitance des femmes par la presse internationale, le gouvernement indien était resté majoritairement apathique. A la fin du mois de mai, le sujet est revenu sur le devant de la scène. Dans l’Etat de l’Uttar Pradesh situé au Nord de l’Inde, deux jeunes filles de 12 et 14 ans ont été enlevées, violées, assassinées puis pendues. Une violence qui abonde en toute impunité dans les zones urbaines comme dans l’arrière-pays. En moyenne, on estime qu’il se produit en Inde un viol toutes les 22 minutes, soit 65 par jour dont une victime sur trois à moins de 18 ans[9].

Si les viols deviennent véritablement endémiques, c’est aussi à cause du désintérêt des politiques.  Dernièrement, Ramsevak Paika, ministre de l’Intérieur de l’Etat de Chhattisgrah a déclaré que les viols sont des incidents qui « ne se produisent pas délibérément » mais qui « surviennent par accident »[10]. Un de ses collègues a, pour sa part, décrit le viol comme un crime social « parfois légitime, parfois injuste »[11].

Le rôle du système inégalitaire indien

Dans la société patriarcale indienne, les violences sexuelles font l’objet d’une forme terrible de tolérance. Le système hiérarchique issu de l’hindouisme s’établit en effet au détriment des femmes de castes inférieures (dites Dalit) qui sont les premières victimes de viols et disposent de peu de moyens légaux pour se défendre[12].

Les agressions féminines existent également dans plusieurs situations : la forte migration conduit à la traite des femmes aux fins d’exploitations sexuelles ; les conflits intercommunautaires entre hindous et musulmans usent du corps des femmes comme substitut au combat pour établir la suprématie d’une religion ; et pendant longtemps les forces armées indiennes (AFSPA[13]) disposaient d’une immunité juridique protégeant les militaires coupables de telles agressions.

D’autres facteurs amplifient le phénomène. L’accès aux espaces publics est loin d’être sécurisé pour les femmes : en 2011, 42% d’entre elles ont été harcelées physiquement et verbalement à Delhi en attendant les transports en commun[14]. L’interdiction de l’éducation sexuelle par le gouvernement pour des motifs éthiques facilite la perversion des jeunes garçons par le biais de la pornographie : en 2013, 1316 mineurs ont été arrêtés pour viol[15]. Bafouer le droit des femmes est donc une sorte de norme en Inde…

Les crimes sexuels se multiplient et continuent de hanter l’Inde

Suite au viol de Delhi, des mesures ont été envisagées, en particulier des peines plus sévères et plus longues. Cela n’a cependant pas été suffisant pour endiguer la progression des agressions sexuelles qui sont estimées à 24900 en 2012[16]. Concernant un pays de plus d’un milliard d’habitants, le ratio semble faible, cependant ce chiffre est encore loin de la réalité puisque peu de femmes portent plainte par peur d’être stigmatisée comme une victime, ainsi qu’à cause de la complexité procédurale. Selon la Commission nationale pour les femmes, le montant de l’aide juridique (3.350$) arrive toujours en retard[17]. Quant au taux de condamnation pour les cas de viols, il ne dépasse pas 26%[18]. De quoi décourager les victimes…

Bien que les organisations internationales, les ONG et les militants se battent pour défendre les droits des femmes, les mentalités évoluent lentement…  L’impunité demeure pour le viol conjugal, et ceux commis par des policiers. Le viol des hommes, quant à lui, n’est pas reconnu. Les inégalités persistent donc, mais la situation des femmes n’est pas oubliée, comme en témoigne l’ouvrage Forgotten girls[19] qui dénonce la vie de souffrance et d’injustice subies par les femmes à travers le monde.

Marine Caron@Marine_Caron76

Crédit photo : Jim Ankan Deka

[1]15 major points of Narendra Modi’s maiden speech in Parliament, The Times of India, 11 juin 2014

[2] Mara Hvistendahl, Unatural selection : choosing boys over girls and the consequences of a world full of men, Public Affairs, Mai 2012, 336 pages

[3]Elise Hilton, If we ban sex-selective abortions, are we being racist ?, Acton Institute PowerBlog, 9 juin 2014

[4] Nicholas Eberstadt, démographe de l’Institut de l’entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques, a expliqué ce déséquilibre dans son article « The global war against baby girls » paru dans The New Atlantide. – Chuck Donovan, Protecting the Human right to be born female, National Review online, 6 juin 2014

[5] Gendercide : assassinat systématique des membres d’un sexe spécifique.

[6]Rachel Hancock, Answering for India’s “Missing Girls” : sex-selective abortion in India, The International, 11 février 2014

[7] Jim Yardley, As wealth and literacy rise in India, Report says, so do sex-selective abortions, The New York Times, 24 mai 2011

[8] « La fille de l’Inde » est une affaire de viol collectif à New Delhi sur une jeune étudiante de 23 ans en décembre 2012. Alors qu’elle sortait du cinéma avec son compagnon, ils ont été attaqués par une bande. L’homme a été assommé, et la femme violée puis agressée sexuellement dans des conditions atroces. Suite à son hospitalisation, la jeune femme est décédée de ses blessures.

[9] Pauline Landais-Barrau, Le viol, encore largement impuni en Inde, France tv info, Geopolis, 19 juin 2014

[10] Le viol, encore largement impuni en Inde, France tv info, Geopolis

[11] Ibid. Citation de Babulal Gaur, responsable gouvernemental chargé de la justice et de la sécurité dans l’Etat du Madhya Pradesh.

[12] Neha Dixit, Rape in India : reading between the lines, Aljazeera America, 15 juin 2014

[13] AFSPA :the Armed Forces Special Powers Act

[14] Neha Dixit, Rape in India : reading between the lines, Aljazeera America, 15 juin 2014

[15] Ibid.

[16] Charlotte Arce, Viols en Inde : un film « coup de poing » révèle l’indifférence des passants, Terrafemina, 18 juin 2014

[17]Rape in India : reading between the lines, Aljazeera America

[18] Ibid.

[19] Kay Marshall Strom et Michelle Rickett, Forgotten Girls : stories of hope and courage, IVP Books, novembre 2009, 173 pages

About Marine Caron

Marine Caron est étudiante en Master 2 Droit et Relations Internationales dans les universités parisiennes Assas et Sorbonne. Elle est également présidente des jeunes UDI de la Seine-Maritime (76).

Qu'en pensez-vous?