De l’Etat-Providence à l’Etat Mammouth

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Par @ThomasA.Harbor, Sécrétaire-Général de L Think Libéral Sciences Po

Etat-Mammouth : c’est ainsi que certains décrivent l’Etat sous la forme que nous le connaissons aujourd’hui dans notre pays. Jamais l’Etat n’avait pris une place aussi importante dans notre pays de manière durable : le dirigisme de l’Etat sur les affaires économiques est de nos jours digne d’une économie de guerre, la seule différence notable étant que la plupart des dettes contractées servent aux dépenses de fonctionnement de l’Etat. Les années 1970 avaient pourtant bien signé la fin du système de Bretton Woods, rendu inefficace par la stagflation.  La révolution néo-classique a apporté une réponse par un retrait de l’Etat en termes de dépenses publiques, sous l’influence d’Arthur Laffer aux Etats-Unis notamment. Mais la France, à l’inverse de la plupart des pays qui ont suivi la révolution néo-classique, a fait preuve d’une féroce volonté d’aller à contre courant de l’histoire. Et bien que l’utopie Mitterandienne, se soit achevée par un revirement de politique deux ans après sa mise en place (1981-1983), nous assistons depuis à une prise d’importance croissante de l’État, amplifiée par le choc de 2008, alors même que beaucoup parlent d’un véritable retrait de l’Etat, voire d’une vague néo-libérale en France.

L’argument souvent évoqué par ceux qui défendent est celui de la participation directe de l’Etat à l’économie. On voit en effet que le capital public suit une tendance baissière sur la période 1980-2010 1 et que les mouvements de privatisation opérés entre 1986 et 1988 ainsi qu’entre 1993 et 2000 ont réduit les participations de l’Etat dans les entreprises Françaises. Si l’Etat ne renforce pas son emprise sur l’économie Française par des investissements, il le fait par de la dette, qui suit une courbe dangereuse croissante, passant de 58,4% du PIB en 1994 à 103,8% du PIB 2012 ; ce qui se traduit par un accroissement des prélèvements obligatoires, qui passent de 30% du PIB en 1960 à 46% du PIB en 2014  3 .A mon sens, cela rend compte de la mauvaise « exégèse » de la doctrine Keynésienne dans son application même. Contrairement à ce que certaines critiques laissent entendre, le paradigme Keynésien ne pousse pas uniquement au déficit, mais d’abord à l’investissement initié par l’Etat, sous hypothèse que le multiplicateur fonctionne de manière efficiente. Mais depuis les années 1980, investissement et dette publique sont visiblement devenus des concepts synonymes en France. Caricaturalement, les actifs détenus par l’Etat dans des secteurs porteurs se sont depuis dirigés vers des branches en déclin, souvent déficitaires.

Est-ce la l’Etat stratège dont parlent certains ? Je vois surtout là une vision trop politique de l’économie. La puissance publique préfère figer la situation avec des subventions dirigées vers des secteurs en crise, ce qui bloque leur mutation à long terme et évite d’avoir un chômage de transition. Mais à force, ce qui apparaît comme un chômage conjoncturel se transforme en chômage structurel. Tous ces fonds consacrés à ces branches en crise annulent l’effet de levier que l’investissement aurait eu avec des secteurs porteurs. L’effet récessif des investissements mal ciblés se répercute par une hausse des prélèvements obligatoires elle aussi récessive. Cette hausse vient en particulier ralentir l’expansion des branches porteuses; en témoigne le projet de taxation des cessions de plus-value, à l’origine du mouvement Pigeon, qui pénalisait en premier lieu les start-up dans les NTIC. Cet égalitarisme économique pousse à maintenir marginalement certaines branches aux dépens de celles qui tirent l’économie vers le haut. L’Etat effectue grâce aux recettes fiscales un transfert de fonds en direction des moins productifs. On voit ainsi le niveau des prélèvements obligatoires déraper sans pour autant qu’on puisse dire qu’il s’agit d’argent investi. Voyez plutôt les sommes allouées aux administrations publiques, aux collectivités territoriales ainsi qu’au secteur parapublic. Que l’on ne s’étonne pas par la suite que la France ait pris du retard sur les dépenses en Recherche&Développement ou encore sur les nouvelles technologies. De même, la fiscalité politique qui est la nôtre nuit à la concentration du capital au sein des entreprises. Ces carences en capital, mesurées par le faible taux de marge des entreprises lié pour une large part à la fiscalité, induisent des risques systémiques plus importants pour la France qui compte trop peu d’Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI).

Entendons nous bien : les emplois publics crées par l’Etat se font grâce a l’argent des emplois privés et aux dépens des emplois privés. Nous arrivons aujourd’hui au stade où une partie substantielle de la population travaille d’abord pour l’Etat, puis ensuite pour elle. Si seulement cet argent prélevé permettait d’entretenir des administrations et un système de santé efficients, ces dépenses pourraient être plus ou moins acceptées comme faisant partie du pacte social. Mais la productivité marginale de chaque euro donné à l’Etat est loin d’être mirobolante, regardez par exemple le décalage entre le classement de la France en dépenses de santé et le classement de son système de santé. En somme, il apparaît que l’emprise croissante d’un État non-plus stratège mais avare des deniers publics menace le pacte social entre les Français et leurs institutions. On ne peut redistribuer l’argent des autres indéfiniment sous couvert de justice sociale. Pourquoi le fait de rationaliser les dépenses et les recettes serait il un gros mot lorsqu’il s’agit de l’Etat.

Crédit photo : Dk58

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