Bitcoin : un système monétaire virtuel basé sur la confiance, c’est possible ?

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Par Farid Gueham

La guerre est déclarée. Dans une note alarmiste du 5 décembre 2013, la Banque de France tire le signal d’alarme et nous met en garde contre les  » dangers liés au développement des monnaies virtuelles avec pour exemple le bitcoin « . La prise de position des institutions bancaires est claire : « Les annonces récentes d’acceptation de ces monnaies virtuelles par des commerçants de la sphère réelle et la mise en place de services permettant leur convertibilité contre des monnaies ayant cours légal nécessitent que les utilisateurs soient pleinement informés des dangers induits par le développement de ces monnaies non régulées ». Citoyens, frappez monnaie si vous l’osez mais à vos risques et périls !

Le Monneron, ancêtre du Bitcoin, voit le jour en 1791 dans la France révolutionnaire

La banque de France a sans doute oublié que c’est en France que l’ancêtre du bitcoin a vu le jour : le Monneron, du nom d’une famille de négociants français qui obtinrent, en 1791, le droit de frapper une monnaie de cuivre créant ainsi la première « monnaie de nécessité » ou « monnaie de confiance ». La démarche est proche de celle du bitcoin, c’est-à-dire avec la volonté de s’affranchir des autorités monétaires et étatiques en place sur la base de la confiance qu’inspirait cette devise physique. Chaque citoyen pouvait acquérir des monnerons en échange d’une certaine quantité d’assignats. Un système qui gagne rapidement en notoriété jusqu’à devenir relativement usuel. La fin du monneron réside essentiellement dans la défiance des autorités révolutionnaires qui mettaient en garde les citoyens contre l’utilisation de cette monnaie privée alors jugée dangereuse et hors du contrôle public. Une posture qui trouve son écho parfait dans l’actuelle position de la Banque de France !

Concrètement le Bitcoin, comment ça marche ?

Créé en 2009 par des développeurs, le bitcoin est une monnaie virtuelle qui s’échange de personne à personne via Internet contre d’autres devises monétaires (euro, dollar, yen…), en-dehors des réseaux bancaires traditionnels. Le bitcoin est accepté comme moyen de paiement au même titre qu’une carte bleue, qu’un billet de banque et peut être accepté par certains commerçants physiques et également en ligne. Mais la cyber-devise a aussi ses limites : contrairement aux autres devises, le bitcoin est dépourvu de cadre juridique. Il n’a pas de cours légal et sa valeur n’est pas régulée par une banque centrale comme la BCE pour l’euro ou la FED pour le dollar. Le « mining » est le processus de création et d’extraction du bitcoin. L’émission des bitcoins est gérée par un algorithme programmé pour générer ou « miner » les bitcoins à un rythme décroissant. De 2009 à 2013, 50 bitcoins étaient émis toutes les dix minutes et du 1er janvier 2013 à la fin de l’année 2016, 25 bitcoins seront créés toutes les dix minutes. Afin de limiter le risque d’inflation, le stock de bitcoins est fixé à 21 millions d’unités, dont la moitié est déjà en circulation. Les bitcoins peuvent également être obtenus en les échangeant avec d’autres internautes sur l’une des nombreuses plateformes « peer to peer » dédiées. En février 2014, une plateforme japonaise « Mt Gox » a interrompu ses transactions. Cette clôture fut suivie d’un communiqué annonçant que 850 000 bitcoins, soit 7% du montant total de bitcoins en circulation dans le monde, avaient disparu à la suite d’un piratage informatique. La monnaie virtuelle n’étant soumise à aucune réglementation, les internautes concernés ne pouvaient pas récupérer l’argent investi sur la plateforme. Certaines plateformes ont par la suite proposé des assurances privées aux « mineurs » pour pallier ce vide réglementaire.

Plus qu’une simple devise, le bitcoin est une communauté et un langage à part entière.

Le bitcoin est avant tout un réseau, construit autour d’un langage informatique ouvert et libre. En cela, il se rapproche de l’email, ou à un fichier échangé entre deux utilisateurs en peer to peer. Dans le cas du bitcoin, le mécanisme est identique, à savoir que tout le monde peut posséder un serveur Bitcoin à domicile. Ce qui induit un changement majeur dans les transactions électroniques jusque là dominés par des réseaux centraux gérant les transactions à travers des réseaux privés comme « PayPal », « Visa » ou « MasterCard ». Le bitcoin est donc un réseau ouvert que personne ne possède et libre de droit. Le bitcoin est aussi un langage, un canal de transmission qui n’attache pas d’intérêt à ce qu’il transporte. Ainsi, quand le réseau Internet est un support de facilitation pour les communications numériques, le réseau bitcoin se veut un facilitateur de transactions et la déclinaison pratique de la dernière fonction qu’il manquait aux échanges électroniques, à savoir l’outil monétaire. Enfin le bitcoin peut être comparé à un chemin de transmission, un protocole comme le protocole HTTP par exemple.

La menace de régulation des monnaies virtuelles par les pouvoirs publics n’est pas la seule à planer sur le bitcoin.

Le « mining », processus de création du bitcoin basé sur la confiance, est lui-même sujet à la pression de « pool » des groupements de minners qui pratiquent le lobbying comme dans toute économie de marché. Après les menaces de régulation et les faillites des plateformes, le bitcoin doit faire face à une nouvelle problématique qui touche à son mode de production. La grande force du bitcoin repose sur son aspect décentralisé qui ne permet pas en principe à une entité d’en prendre seule le contrôle et elle ne présente pas de centre névralgique qui pourrait être coupé par une autorité. Le traitement des opérations est confié aux mineurs de bitcoins qui fournissent des capacités de calcul en échange de bitcoins extraits en fonction de la puissance de traitement apportée. Ce système est autorégulé par le fait que l’extraction de bitcoins est plus difficile au fil du temps et que le nombre de bitcoins extractibles est en principe fini, de sorte que l’extraction des bitcoins ne serait pas rentable pour une entreprise seule. Le rendement sera bien plus important pour un « mining pool » ou groupe de mineurs, dont l’objectif sera de mutualiser sur une même plate-forme les capacités de traitement de tous les utilisateurs. C’est ce que proposent plusieurs entreprises dont le groupe britannique « gHash.io ». Ce qui inquiète la sphère bitcoin, c’est que cette entreprise détient désormais près de la moitié du traitement global annuel de bitcoins grâce à ses nombreux mineurs. Au-delà des 50%, le groupe gHash.io pourrait contrôler l’écosystème bitcoin et ses transactions, voire décider de qui peut y entrer et capter les bitcoins restant à extraire. De quoi fragiliser la confiance dans la monnaie virtuelle en l’attaquant sur sa base la plus solide : la liberté des « mineurs ». L’Associated Press rapporte que le cours du bitcoin a reculé de 6%, vers les 600 dollar, maintenant que gHash.io est sur le point d’atteindre les 50% des capacités mondiales de traitement. L’entreprise avance l’argument d’une conséquence naturelle de l’effet cumulatif généré par les mining pools et non une action délibérée de sa part pour prendre le contrôle de la monnaie virtuelle.

Et si le Bitcoin était avant tout un outil idéologique, pour un système libertarien émancipé des politiques économiques publiques ?

Aujourd’hui crédible et redouté, le bitcoin est rapidement passé du statut de monnaie « souterraine » à celui de concept ouvrant la voie d’un modèle d’échange alternatif. Alors qu’elle était très largement ignorée par les autorités monétaires mondiales, cette monnaie est devenue un enjeu quasi théorique à l’heure de la globalisation et de la crise mondiale. Et le bitcoin s’inscrit tout à fait dans les théories économiques de l’école autrichienne illustrées par les travaux de Hayek. Ce courant impute la responsabilité des cycles économiques et des récessions qui les accompagnent aux interventions publiques sur le marché monétaire dans un système où les banques peuvent prêter plus d’argent qu’elles n’en possèdent en dépôt. Un système qui repose donc sur de la dette. La volonté des Etats de réguler, de taxer ou d’interdire le bitcoin peut fragiliser la devise mais la technique est inaltérable. Il y a fort à gager que de nouvelles monnaies du même type voient le jour prochainement. Quant à l’avenir du bitcoin, il repose en grande partie sur la confiance, sur l’adhésion d’un plus grand nombre d’utilisateurs comme le rappelle la devise frappée sur les pièces « vires in numeris », l’union fait la force.

Crédit photo : Jason Benjamin

Pour aller plus loin
Portail français de la plateforme « Bitcoin »
Focus de la Banque de France « les dangers liés au développement des monnaies virtuelles »
Note de l’Institut économique de Montréal « Quel cadre réglementaire pour Bitcoin »
Synthèse de l’audition sur les monnaies virtuelles de type Bitcoin au Sénat15/01/2014
Portail de plus grande plateforme mondiale de mining « Ghash.io »
Sites marchands qui utilisent la devise bitcoin :

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