Big Data et visibilité en ligne : un enjeu pluridisciplinaire de l’économie numérique

« En 2020, 35% des données numériques seront produites par 212 milliards d’objets connectés. 44 000 milliards de Go seront générés par ces objets et les systèmes informatiques devront être capables de stocker, d’analyser et d’interpréter ces données massives « Big Data. Aujourd’hui déjà, la visibilité des entreprises comme celle des internautes dépend très largement de la maîtrise et de la compréhension du Big Data, caractérisé par les 4 V (volumétrie, vélocité, variété et valeur). Sans compter que les enjeux sont multiples et impliquent des domaines divers : informatique, juridique, communication et gestion ». Christophe Alcantara, maître de conférence en sciences de l’information, Francine Charest, professeure agrégée au département d’information et de communication de l’Université Laval de Quebéc et Serge Agostinelli, professeur  d’informatique à l’université des Antilles, croisent les études empiriques, interrogeant le concept de big data et sa réalité plurielle.

 

Applications, stockage et exploitations des données : enjeux et défis pour la réussite étudiante. 

 

« Depuis quelques années émerge en lien avec le développement des services numériques en ligne une nouvelle problématique, celle dite des données massives ou Big Data définies comme un « ensemble des données produites en temps réel et en continu, structurées ou non, et dont la croissance est exponentielle ». Comme le rappelle Didier Paquelin, professeur à l’université de Laval, dans le monde académique au sein duquel se déploie un nombre croissant de plateformes numériques « learning management system », l’utilisation massive des données est de plus en plus pensée en lien avec le déploiement des services numériques proposés aux étudiants. Ainsi, près de 99% des établissements d’enseignement post-secondaires (collèges et universités) utiliseraient un « LMS ». Au cours des vingt dernières années, le développement du numérique a également bouleversé l’environnement du cours et le format dans lequel ce dernier est proposé. La diffusion des supports pédagogiques est facilitée par la dématérialisation. « Si l’intérêt des analytiques d’apprentissage est démontré lorsque les étudiants sont engagés dans un processus de formation, une autre situation d’usage peut également être envisagée à savoir l’aide au choix des cours contributoires à un programme ». Certains paramètres permettent d’identifier les indicateurs d’engagement et de persévérance, voire d’identifier des profils  fondés sur la modélisation prédictive qui reconnaît l’existence d’inégalités socio-économiques, démographiques et culrurelle face à la formation et à l’apprentissage.

 

Les enjeux juridiques de la visibilité en ligne. 

 

« La réglementation des usages transfrontaliers du Big Data pose des problèmes de droit international, dont les conflits de lois et de juridictions en matière de vie privée et de sécurité qui mettent aux prises les dispositifs juridiques nationaux. Les gouvernements adoptent des politiques et des lois qui s’entrechoquent, pendant que les entreprises mettent en place des mécanismes internes de gouvernance pour optimiser la gestion du Big Data ». En 2005, un groupe de travail des Nations Unies réuni à Tunis, étudiait sous l’angle de la gouvernance d’Internet « l’élaboration et l’application par les États, le secteurs privé et la société civile, dans le cadre de leurs rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décisions et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’internet ». Nous évoluons au sein d’un environnement multi-acteurs, remettant en cause la gestion solitaire des noms de domaine par l’organisme américain ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers ), sous l’autorité exclusive du Département du commerce des États-Unis. Le Big Data est un bon outil de croissance des organisations, mais il pose un défi de taille en termes de conciliation juridique des intérêts divergents de ses acteurs.

 

De la visibilité des individus et des organisations : invisible et visible : la part sociale de l’individu en ligne en Chine. 

 

Pour Mylène Hardy chercheuse à Sciences po , « la visibilité en ligne est une question beaucoup débattue dans la littérature. Les recherches mettent en avant une exposition nouvelle d’individus qui jusque-là n’avaient pas de médias pour se faire entendre, ou dont les voix étaient filtrées de manière forte par les médias traditionnels [1]». En Chine, Internet s’est développé à partir du moment où l’on a eu la possibilité d’y accéder, en 1994. Une progression rapide et sans précédent due, notamment à l’investissement massif de l’État chinois. La visibilité est en effet une question d’ordre politique. Dans le cadre d’un état autoritaire, qui prête peu d’intérêt aux individus, internet est une vitrine, contrôlée mais existante, offerte à des citoyens qui ne sont pas perçus comme des humains, mais davantage comme des consommateurs ou des agents, « dans une perspective structurale macro [2]». Dans un contexte de censure, la visibilité des internautes chinois se replie dans le champ des discours autorisés, ou encore dans la sphère du divertissement, suivant ici une tendance de la société de la consommation qui n’est pas propre à la Chine, mais que la  censure renforce.

 

Des normes pour plus d’éthique sur internet. 

 

« Nonobstant l’incertitude relative des résultats renvoyés par les moteurs de recherche, le filtrage et l’absence des éléments diffusés sur les médias sociaux, l’enquête invite à ajuster certaines hypothèses sur la structure de la médiatisation politique en ligne. En particulier la diversité des publications attendues, de leurs sources et de leurs supports, qui n’est pas réellement présente dans les résultats recensés et appelle de nouvelles recherches ». L’exploration du web gagne à être approfondie, affinée. Faut-il enfin des lois, des normes, ou de la formation pour plus d’éthique sur internet ? La fiabilité des plateformes, le risque de perdre leur crédit et leur valeur, sont autant d’éléments qui laissent envisager une régulation inévitable de leur fonctionnement dans un avenir proche. « La principale difficulté réside dans le périmètre mondial dans lequel les plateformes évoluent. Tout arbitrage se doit de répondre aux exigences et aux limites légales de l’ensemble des pays dans lesquels elles sont présentes », concluent les auteurs.

 

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin:

 

-        « De la motivation à l’engagement », aqpc.pc.ca

-       « Big Data et visibilité́ en ligne, un enjeu pluridisciplinaire de l’économie numérique », mshs.univ-toulouse.fr

-       « Le prodigieux développement d’internet en Chine », larevuedesmedias.ina.fr

-       « La Chine bloque le quart des médias étrangers présents sur son territoire », lemonde.fr

 

 Photo by Leon Seibert on Unsplash

 

 

 

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