Arabie Saoudite et Iran, une guerre d’influence pour un leadership régional

ARABIEAlors que l’Iran étend sa zone d’influence depuis le retrait des troupes américaines d’Irak, l’Arabie Saoudite doit repenser ses relations internationales. La conférence intitulée « la course au leadership régional de l’Arabie Saoudite » qui s’est tenue le 21 février à la Sorbonne était organisée par l’institut Meydane, et animée par Bertrand Besancenot, ancien ambassadeur de France en Arabie Saoudite de 2007 à 2016. Elle a été l’occasion de mieux comprendre la position actuelle du royaume saoudien, et notamment en ce qui concerne ses relations internationales.

 

Un monde unipolaire

 

Selon l’ancien ambassadeur, il est important de rappeler que la place de leadership dans la région du Golfe fût longtemps aux mains de l’Empire britannique. C’est à partir de 1945 que les États-Unis ont étendu leur influence dans cette région avec le pacte de Quincy entre les États-Unis et le Roi Ibn Saoud. Entre 1945 et 1979 les États-Unis ont cependant mené une politique d’équilibre entre puissances en raison de leurs liens avec « la succursale américaine » qu’était l’Iran du Shah. C’est à partir de la révolution islamique de 1979 que la place de leadership dans le Golfe est devenue exclusivement américaine. L’alliance entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite se renforce considérablement après la guerre du Golfe de 1991.

 

Le tournant

 

Le retrait des troupes américaines en Irak sous l’administration Obama marque un tournant dans la politique étrangère de l’Iran car les iraniens ont saisi l’opportunité d’étendre leur influence vers la Syrie et le Hezbollah. La deuxième conséquence de ce changement stratégique a été l’engagement de la Russie en soutien avec le régime de Bachar Al Assad. Bien que « la réalité soit un peu plus nuancée » pour Bertrand Besancenot, l’Iran a tout de même réussi à s’imposer.

 

Réactions de l’Arabie Saoudite

 

Selon l’ancien ambassadeur, il y a un véritable « sentiment de trahison » chez les Saoudiens lié à la rupture avec un « monde unipolaire ». Depuis, le régime saoudien doit conduire une politique capable de compenser le poids stratégique que pouvait avoir la présence des troupes américaines en Irak.

 

La réaction saoudienne a commencé par une politique ayant pour objectif de renforcer le Conseil de la Coopération du Golfe (CCG), tout en encourageant une politique de libre-échange avec l’Union Européenne. « Nous aimerions reprendre les négociations sur l’accord de libre-échange avec le CCG » déclarait Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne, le 31 janvier 2017 à Riyad.

 

Dans un deuxième temps, le royaume d’Arabie Saoudite a misé sur un soutien sans faille pour le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, afin de consolider une alliance sunnite et rivaliser avec l’influence shiite. L’Arabie Saoudite est intervenue en parallèle au Bahreïn où la communauté shiite est très importante et au Yémen où les rebelles Houthistes sont soutenus par l’Iran, afin d’empêcher l’émergence d’une influence shiite dans le Golfe.

 

Enfin il est nécessaire pour les Saoudiens de renforcer la coopération avec la France. Le rapprochement entre les deux pays se fonde d’une part sur l’accord sur le nucléaire iranien, et d’autre part sur l’opposition à Bachar Al Assad. Deux autres pays sont également concernés par un rapprochement avec l’Arabie Saoudite : la Turquie, soucieuse de la question kurde, et Israël.

 

Perspectives

 

Jusqu’à présent « l’Arabie Saoudite s’abritait sous le parapluie américain » ; elle a donc été forcée de consolider sa zone d’influence dans la région, y compris par la force dans l’exemple du Yémen. Selon Bertrand Besancenot, la guerre que mène l’Arabie Saoudite face aux Houthistes représente « une crise humanitaire et médiatique » qui complique la position du royaume saoudien dans un contexte de préoccupation dominé par l’existence de l’Etat Islamique. L’Iran est également dans une position délicate malgré son retour sur la scène régionale. Le Président américain Donald Trump est en effet obstiné par le maintien d’une pression sur l’Iran.

 

Le « Muslim-ban » sauf pour l’Arabie Saoudite

 

Salon Bertrand Besancenot « L’Arabie Saoudite mise sur Donald Trump car il raisonne comme un homme d’affaires ; il raisonne en deal. » C’est d’ailleurs préférable pour les Saoudiens de mieux s’entendre avec lui car selon eux, « les iraniens sont meilleurs en communication que ne peuvent l’être les saoudiens. » L’image de l’Iran (Perse) a en effet beaucoup d’attrait chez les occidentaux en raison de son histoire civilisationnelle. 

 

 

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