Un monde meilleur : et si l’intelligence artificielle humanisait notre avenir ?

« La révolution digitale s’est invitée dans nos smartphones et nos ordinateurs à travers une multitude de nouveaux services. Notre quotidien s’en trouve grandement amélioré mais nous avons été obligés de fermer les yeux sur les risques du tout digital. Pourtant, il ne sert à rien de craindre le monde qui s’annonce. Nous devons au contraire l’anticiper pour mieux nous y intégrer, et défendre des valeurs humanistes ». Pour Hervé Cuilandre,  data scientist, chargé de mission dans un grand groupe énergétique, l’intelligence artificielle – IAsemble, en première lecture, menacer nos emplois et creuser les inégalités. Toutefois, une multitude de nouveaux métiers voit le jour et un glissement de compétence s’avère inévitable. « La singularité, c’est à dire le moment où l’intelligence artificielle sera suffisamment forte pour prendre le contrôle de son destin, sera surtout une révolution de l’emploi, qui nous obligera à repenser la place de l’humain, devenu complémentaire à la machine », précise l’auteurLes générations à venir doivent se préparer à évoluer dans un monde automatisé.

 

Intelligence artificielle : l’homme augmenté ou l’homme substitué ?

 

« L’intelligence artificielle est la capacité donnée à une machine d’aider l’homme à résoudre des problèmes complexes. Elle apprend et s’améliore de manière autonome. Il s’agit du Machine Learning, qui trouve son illustration dans l’apprentissage de la conduite pour les voitures autonomes, qui implique de modéliser les routes et leurs signalétiques, mais aussi les comportements des bons ou mauvais conducteurs dont elle croisera la route en situation réelle ». Aujourd’hui, l’IA est partout, dans nos salons, nos smartphones, les assistants personnels, elle reconnaît notre voix, nous permet de réserver une table au restaurant sans même décrocher notre téléphone. Les « Chatbots » du site Aliexpress donnent l’impression de discuter avec de vrais humains. Mais pour Hervé Cuilandre, ce n’est que le début. « Des intelligences artificielles seront capable de nous influencer en quelques phrases à partir d’un jeu d’arguments imparables, quitte à insister sur des aspects particuliers du contexte, et à en occulter volontairement d’autres ». 

 

L’intelligence artificielle en concurrence avec l’intelligence humaine. 

 

« Nous venons de le voir, la cause d’un phénomène n’est pas le sujet du big data qui permet juste d’obtenir une information cruciale, mais pas de l’expliquer, puisque son calcul est extrêmement compliqué et change sans cesse. Habitué à raisonner pour comprendre les évènements, afin de construire son avenir, l’homme se voit désormais contraint d’accepter des diagnostics fiables sans en comprendre le pourquoi ». On peut imaginer un avenir proche ou les missions de conseil de spécialistes onéreux pourraient ainsi être remplacées par un algorithme gratuit qui, par des effets de concurrence, mettrait en péril nos emplois.

 

La blockchain : un nouvel outil d’automatisation. 

 

«  Nous vivons la révolution numérique au quotidien, avec nos smartphones et Internet, et nous avons compris que le Big data et l’intelligence allaient révolutionner les organisations. Mais il existe d’autres technologies disruptives qui promettent de transformer en profondeur notre univers, et en conséquence le marché du travail ». La technologie blockchain permet de décentraliser la donnée. Née en réaction à la crise financière de 2008. L’enjeu était alors d’éviter l’effondrement centralisé du système en s’affranchissant des tiers de confiance traditionnels que sont les banques ou les États. Les banques elles-mêmes essayent d’intégrer la blockchain afin d’éviter qu’elle ne les menace à terme. En moins de 10 années d’existence, la blockchain est devenu la 8e monnaie d’échange mondiale, en raison de sa gratuité mais aussi de la sécurité des échanges qu’elle offre. Les assureurs et les banques vont naturellement intégrer la technologie blockchain afin d’améliorer leur rentabilité, mais aussi dans le but de contrer la concurrence des solutions libres qui seront bientôt disponibles sur le marché.

 

Sécurité informatique et émergence de la cyberguerre. 

 

« Chaque jour, la recherche met à jour de nouvelles vulnérabilités dans les systèmes informatiques. Et chaque jour, des pirates s’en servent pour s’introduire dans les systèmes qui ne sont pas suffisamment protégés. Ils exploitent notamment des vulnérabilités appelées des zero-days parce que personne ne connaissait leur existence auparavant ». En théorie, les entreprises les plus riches sont les mieux protégées, mais elle sont également les plus attaquées par les hackers. Les petites entreprises doivent quant à elles isoler leurs données sensibles afin d’éviter le vol ou la demande de rançon. Pour Hervé Cuilandre, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la guerre de l’information. « Une cyberguerre fait rage, qui témoigne de l’importance de la donnée dans notre monde », ajoute-t-il. Toutes les infrastructures les plus sensibles sont potentiellement vulnérables et doivent être défendues en permanence contre des menaces de plus en plus sophistiquées.

 

Quelles valeurs pour la société numérique de demain ?

 

« Notre société change sans que nous y prêtions tous forcément attention. La numérisation de notre quotidien et de nos environnements de travail, que nous avons acceptée, semble irréversible. Nous l’avons échangée contre nos libertés individuelles. Qui pourrait se passer de téléphone portable ou de consulter Internet pour toute sorte de recherche ? Même si nous savons qu’en échange tous nos faits et gestes sont enregistrés définitivement ». Enfin, ces données que nous essaimons sur internet, qui peut nous garantir qu’elle resteront toujours entre de bonnes mains ? L’entreprise et le particulier doivent intégrer ce nouveau facteur d’instabilité. Ils ont tous deux le devoir de prendre le train en marche afin de participer à la construction de cette nouvelle société, pour en être les acteurs au lieu de la subir.

 

Des valeurs et des machines. 

 

Pour Hervé Cuilandre, nous sommes l’avenir de l’IA et la machine n’est pas notre ennemie. « Elle ne voudra jamais nous tuer, car nous lui sommes utiles ». Ce qui est fait notre humanité, c’est à dire notre aptitude incroyable à l’erreur, est en réalité notre force. Le développement technologique, s’il se poursuit de façon anarchique, pourrait conduire à la construction d’une société inégalitaire, voire suicidaire. « Expérimenter la révolution humaine, c’est anticiper une logique de société. Il y a longtemps que le sens manquait. Sachons nous saisir de valeurs fortes en utilisant le digital pour ce qu’il est : un formidable outil de libération de l’homme », conclut l’auteur.

 

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin :

 

-       « L’Intelligence Artificielle peut-elle faire vaciller les cabinets de conseil ? », welcometothejungle.com

-       « Achats, déplacements, enregistrements de voix… J’ai fouillé dans les données que Google conserve sur moi depuis treize ans (et rien ne lui échappe) », francetvinfo.fr

-       « Vulnérabilité zero-day »wikipedia.org

Photo by Franck V. on Unsplash

 

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