Un an après, comprendre le « vote normal »


22.05.2013Un an après, comprendre le « vote normal »

Pascal Perrineau (dir.), Le vote normal, Les élections présidentielle et législatives d’avril-mai-juin 2012, Presses de Sciences Po, 429 pages, 30 €.

L’équipe du Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po Paris, propose une étude inédite revenant sur les élections de 2012, leurs enjeux et leurs acteurs. Réalisée grâce aux données de l’enquête Présidoscopie (sondages panélisés) et à partir des résultats réels des élections, cet ouvrage collectif vient éclairer les événements de l’année passée. 

Vous avez dit normal ?

Le titre choisi par les auteurs est naturellement un clin d’œil au candidat vainqueur, qui avait promis lors de sa campagne qu’il serait un « président normal ». Il s’agit surtout d’une référence au concept de « vote normal », établi par Philip Converse, qui désigne une élection lors de laquelle le résultat est conforme aux pronostics. Ainsi, en 2012, de nombreux facteurs conjoncturels rendaient logique une alternance politique en France, comme par exemple la situation économique du pays, largement défavorable au président sortant.

« Course de chevaux » 

Une première partie de l’ouvrage est consacrée à la campagne elle-même. Le déroulement de ce que les auteurs appellent une « course de chevaux », les rapports des candidats entre eux, les fluctuations des intentions de vote sont d’abord envisagés sous un biais chronologique. Les auteurs appuient leur examen sur la comparaison des vagues de sondages, de novembre 2011 à avril 2012.

Les stratégies de chacun des principaux candidats[1] sont décryptées à la lumière de leur trajectoire dans les sondages et de la composition de leur électorat. Sont également mesurés avec précision l’effet des prises de position de chacun, certains candidats parvenant à mettre à l’agenda des thèmes structurants mais également les conséquences électorales d’événements extérieurs à la campagne qui se sont imposés à tous, comme la tuerie de Toulouse de mars 2012.

Quand les électeurs votent pour une personne

Si les candidats ne peuvent maîtriser tous les éléments relatifs à la campagne, l’image qui leur est attachée et celle qu’ils se forgent tout au long des présidentielles, semble avoir un véritable impact dans la construction du vote des électeurs. Les auteurs rappellent en ce sens la corrélation solide qui existe entre la sympathie inspirée par un candidat, ses qualités perçues, et le vote réel en sa faveur.

Ainsi, les électeurs semblent plus sensibles aux candidats qu’ils considèrent comme présidentiables : le fait d’avoir une « stature présidentielle » joue un rôle primordial dans la décision de vote. Il s’agit de la capacité reconnue à « faire président », à incarner cette position, et à être en accord avec les attentes des Français et les institutions de la Ve République.

Typologie du leadership

La personnalité et la posture des principaux candidats permet aux auteurs d’établir une typologie assez précise des formes de leadership, facteur explicatif majeur du vote.  Le choix d’un candidat est suscité par un programme, un parti, mais surtout par un individu singulier qui, loin d’être « normal », doit demeurer extraordinaire. 

Des résultats prévisibles

Une seconde partie de l’ouvrage est consacrée à l’analyse détaillée des résultats des deux tours. L’électorat de chaque candidat est ainsi cartographié et finement analysé. Les auteurs démontent les facteurs politiques et sociologiques qui ont orienté le vote et donné lieu aux résultats que l’on connaît.

En termes de participation électorale, cette enquête montre qui sont les abstentionnistes, et quels ont été les choix réalisés par les déçus des alternances. L’ouvrage montre que la présidentielle est toujours l’élection la plus mobilisatrice en France ; on constate cependant, un abstentionnisme qui s’installe et tend à devenir structurel.

 L’après-présidentielle

Principalement centré sur l’élection présidentielle, l’ouvrage explique que les législatives en sont quasiment le prolongement, notamment en raison de la réforme du quinquennat alignant les mandats présidentiel et parlementaire. Certains regretteront la « différence » que faisait entendre le scrutin législatif à l’époque du septennat.

Les auteurs terminent leur ouvrage en traçant des perspectives quant aux implications de la campagne sur la présidence normale. Le changement revendiqué de style présidentiel est-il à l’origine des difficultés que connaît actuellement le président ? De quelles façons François Hollande va-t-il pouvoir articuler la « présidence normale » avec la fonction présidentielle de la Ve République ? Les auteurs s’en tiennent au stade de l’hypothèse.

2012 vu de 2013

Publié un an tout juste après l’élection, Le vote normal offre une synthèse idéale pour les étudiants en science politique ou pour les amateurs de sociologie électorale. Cet ouvrage repose sur une méthodologie d’enquête solide, qui a déjà fait ses preuves auparavant. En cela, il respecte l’esprit de la collection Chroniques électorales, et des études précédentes du Cevipof. Aussi, si cette synthèse ne révolutionne pas le genre, elle constitue n’en constitue pas moins une référence en matière de sociologie électorale et d’analyse de la vie politique française.

Valentine Serino

Crédit photo : Flickr, Francois Hollande

 

Pour aller plus loin :

-          Enquête Présidoscopie sur fondapol.org : http://www.fondapol.org/sondages/la-fondapol-lance-une-grande-serie-denquetes-sur-les-intentions-de-vote/

-          Les Chroniques électorales : http://www.cevipof.com/fr/les-publications/les-chroniques-electorales/

-          La décision électorale en 2012, sous la direction de Pascal Perrineau, 2013, 256 pages : http://www.cevipof.com/fr/les-publications/les-publications-recentes/direction-d-ouvrages-collectifs/bdd/publication/1018



[1] François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Eva Joly

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