Uber : quand liberté et innovation riment avec progrès social

23284261326_af354c33c9_oUber : quand liberté et innovation riment avec progrès social

Par Alexandre Colin

Le « progrès social » et la « justice sociale » sont des thèmes très chers aux hommes politiques, notamment à gauche. Pour atteindre ces idéaux, les gouvernements français successifs ont largement privilégié une politique interventionniste : redistribution, régulation, grands plans d’investissement… avec le succès que l’on sait : le taux de chômage des jeunes atteint aujourd’hui 25% et le taux de pauvreté progresse, de 13% en 2008 à 14.2% en 2014[1]. Pourtant, l’exemple d’Uber nous montre qu’une autre voie, marquée par la liberté et l’innovation, est envisageable pour créer des opportunités d’ascension sociale.

L’impact social d’Uber : une voie d’entrée sur le marché du travail pour de nombreux jeunes

Une récente étude menée par Augustin Landier (professeur à l’École d’économie de Toulouse) et David Thesmar (professeur à HEC Paris) sur le profil sociologique des chauffeurs Uber montre que l’application constitue une opportunité d’emploi précieuse pour de nombreux jeunes[2]. Les auteurs observent que les chauffeurs Uber sont plus jeunes que la moyenne de la population et souffrent d’un taux de chômage important (25% des chauffeurs UberX étaient au chômage avant de rejoindre la plateforme). Au niveau géographique, la proportion de chauffeurs Uber dans la population est la plus élevée dans les villes au fort taux de chômage et au faible revenu médian.

Contrairement aux États-Unis, où Uber est considéré comme un revenu supplémentaire, pour partir en vacances par exemple, 81% des chauffeurs Uber français n’ont pas d’autre travail. Uber et les autres services de taxi à la demande, comme Chauffeurs Privés, qui ont créé 15 000 emplois depuis 2010, constituent donc une porte d’entrée sur le marché du travail pour de nombreux jeunes ayant des difficultés à trouver un emploi.

Au-delà de l’aspect économique, Uber est une source de cohésion sociale bienvenue alors que la France fait face à de fortes tensions intercommunautaires. « Ce sont deux mondes qui se rencontrent enfin », témoigne Joseph François au Financial Times[3]. Ce gérant d’une société de 140 chauffeurs privés utilisant l’application Uber explique : « Vous vous retrouvez avec des jeunes des banlieues qui transportent des avocats de Neuilly, des artistes, des gens venant de Chine ou d’Australie. Tout d’un coup, les barrières sociales et les préjugés s’évaporent. Ils discutent. Ils se comprennent mieux. »

Des opportunités sociales menacées par la politique de régulation du gouvernement… socialiste !

Uber n’est pas né d’un grand plan d’investissement concocté à Bercy ou du génie d’un fonds d’investissement public. Ses fondateurs ont repéré un besoin insatisfait sur le marché du transport et ont su progressivement bâtir une solution viable, progressant après chaque erreur (Uber était à l’origine un service de location de limousine !). Cette innovation libre, privée et porteuse d’opportunités sociales est cependant menacée par la volonté de régulation du gouvernement socialiste actuel.

Les taxis demandent ainsi au gouvernement de s’attaquer aux licences de transport collectifs, sous laquelle opèrent la majorité des chauffeurs Uber, étant donnés les délais d’attente pour obtenir d’autres types de licence. D’après les taxis, elle ne peut être utilisée que pour transporter entre 2 et 9 personnes, pas une seule. Plus de 10 000 chauffeurs sont menacés d’amendes, voire d’interdiction de leur activité. « C’est absurde : on pourrait utiliser cette licence pour transporter neuf personnes mais pas une ? » répond Joseph François.

Cette menace de régulation se fait de plus en plus forte, alors que l’étude de Thesmar et Landier démontre que les chauffeurs Uber sont très vulnérables à un potentiel changement de régulation qui les priverait de leur emploi actuel. En effet, en cas de choc de cette nature, seuls 60% retrouveraient un emploi dans les 12 mois et plus de 20% n’auraient pas trouvé d’emploi après 24 mois.

Uber apparaît aussi comme un exemple de lutte entre un libéralisme social et le capitalisme de connivence. Le lobby des taxis, qui demande au gouvernement de sanctionner les chauffeurs Uber opérant sous licence collective, est mené par les Taxis G7, dirigé par Nicolas Rousselet.

Au-delà de la régulation, un nouveau défi se profile à l’horizon pour les chauffeurs Uber : l’arrivée probable, d’ici quelques années, des voitures sans chauffeurs. Gageons que le processus schumpétérien de « destruction créatrice » ouvrira alors d’autres opportunités, riches en emplois, comme il a su le faire depuis la première Révolution industrielle.

[1] Le Monde, En France, la pauvreté a légèrement augmenté en 2014, 23 décembre 2015

[2] Augustin Landier, Daniel Szomuru, David Thesmar, Working in the on-demand economy ; an analysis of uber driver-partners in France, 4 mars 2016

[3] Financial Times, Uber : a route out of the French banlieues, 3 mars 2016

crédit photo Flickr: Uber Switzerland

Il y a 2 commentaires

  1. Francois Tranquart

    Uber fait voler en éclat la notion de barrières dans un monde qui a peur de s’ouvrir aux autres et qui refuse une approche qui fonctionnerait sans contrainte. La notion de partage est un grand mot qui touche à la propriété ce qui émeut aussitôt les différentes couches de la population dès lors que des règles différentes voire non écrites apparaissent. Le progrès apporté par cette approche est majeur et représente une chance pour la société alors qu’une population encore plus abondante devra faire du partage un pilier pour économiser des ressources qui seront utilisées ailleurs. Ce qui choque aujourd’hui est, ainsi que rapporté plus haut, le fait que ceci puisse se développer sans le contrôle de l’état alors que c’est une avancée saine pour la population qui deviendra réellement actrice du développement et non seulement follower.

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