TICE et multiculturalités : usages, publics et dispositifs

«  Tout en évitant les discours prophétiques sur l’apport supposé de ces technologies dans la formation, les différentes contributions tentent de comprendre comment des acteurs de cultures, de langues, ou modes d’apprentissage différents, construisent des règles d’usage communes et du lien social pour produire de la connaissance, sans forcément attendre de réciprocité entre eux ou changements culturels significatifs ». Philippe Bonfils et Luc Massou, maîtres de conférence à l’université de Toulon et de Lorraine et Philippe Dumas, professeur émérite en sciences de l’information et de la communication, évaluent la relation complexe entre les technologies numériques et les environnements multiculturels de formation, autour des thématiques de la diversité des publics apprenants, les pratiques socio-culturelles, l’appropriation des dispositifs, mais aussi de l’ouverture méthodologique et théorique. Les rôles évoluent, tant chez les apprenants que chez les enseignants, des activités collaboratives émergent, et avec elles, l’intensification des rapports identitaires et des phénomènes générationnels.

 

Multiculturalité et diversité des publics d’apprenants.

 

« Dans le cadre du réseau de chercheurs Res@TICE financé par l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), des partenaires algériens, belges, camerounais, français, libanais, tunisiens, sénégalais et suisses ont déployé un module de formation à distance, « Initiation au e-learning, conçu à l’université de Lyon sur la base du modèle pédagogique connectiviste de Georges Siemens ». Le but de ce projet était l’analyse de l’impact de ce modèle pédagogique ainsi que les usages de l’environnement techno-pédagogique collaboratif des services et des outils de type web 2.0 sur les étudiants du pourtour méditerranéen, leur perception d’apprentissage et le degré d’appropriation des technologies. Le projet a montré des aspects positifs, avec une adhésion des étudiants et des enseignants prêts à recommander ce type de formation à hauteur de 96%. Le dispositif connectiviste est également perçu comme un cadre propice à l’enseignement et l’apprentissage.« Ce qui paraît donc essentiel pour les apprenants, c’est l’ouverture du dispositif (Jézégou 2005), ainsi que la possibilité qui leur est offerte, au sein du dispositif, de développer leur autonomie dans le cadre d’un apprentissage autorégulé, même si ce processus demande lui aussi un apprentissage », soulignent les auteurs.

 

Pratiques socio-culturelles et identités : le cas de la société libanaise.  

 

«  Depuis la fin des années 90, l’adoption des technologies de l’information communication (TIC) comme outil de soutien au secteur de l’éducation a suscité de vifs débats au sein des communautés professorales. Le présent travail de recherche consiste à analyser l’impact de l’utilisation des TIC sur l’apprentissage dans le cas particulier d’une société multiculturelle : la société libanaise ». Le profil culturel de la société libanaise, entre multi-culturalité et paradigme de cohésion sociale est marqué par une diversité exceptionnelle. Les travaux de Cendrella Abou Fayad en 2009, montraient que les rapports identitaires de la société libanaise reposent sur un triptyque, reflétant les rapports d’appartenance familiale, régionale et confessionnelle. Et outre l’impact des diversités culturelles de la société libanaise sur le monde de l’éducation, l’influence des TIC s’illustre sur ces mêmes dimensions de multi-culturalité et d’enseignement. Les résultats démontrent que dans certains cours composés d’étudiants appartenant à deux ou trois confessions religieuses, l’hétérogénéité entre niveaux de formation devient pertinente et claire.

 

Appropriation des dispositifs sociotechniques : expérimentation d’un portfolio numérique à l’université ou comment passer du modèle à sa contextualisation.  

 

« Des recherches en sciences de l’information et de la communication portant sur l’expérimentation dans une filière universitaire d’un « Portefeuille d’expériences et de compétences (PEC), un portfolio numérique qui a pour finalité de conduire l’étudiant à réfléchir à ses acquis en vue d’accomplir son projet personnel ». L’innovation du dispositif PEC repose essentiellement dans son aptitude à reconfigurer de nouveaux rapports au savoir, ainsi que de nouvelles modalités pédagogiques. Le projet a également contribué à encourager de nouvelles pratiques : PEC se veut un instrument d’objectivation, de contextualisation, c’est à dire, d’utilisation par l’étudiant de ressources, à travers des modes élaborés, mais aussi une mise en forme documentaire de soi et de son projet.  L’outil PEC est également un révélateur des changements qui affectent l’université et ses missions : elles sont structurées par des représentations, des discours, des cultures de productions et de transmission différentes et par conséquent, une démarche syncrétique particulièrement originale, qui redéfinit les rôles et les pratiques des parties prenantes.

 

Ouvertures théoriques et méthodologiques : fluidités individuelles et collectives pertinentes en contexte multiculturel d’apprentissage socio-numérique.

 

« Une saine et fructueuse intégration des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’enseignement et l’apprentissage en contexte multiculturel nécessite en premier lieu une révolution de conscience (Morin, 1973), en relation à la présence enrichie à soi et au corps, ardue et non compressable, pour l’enseignant-médiateur, d’aujourd’hui en environnement d’ingénierie numérique de travail ». Selon les auteurs, le défi interculturel en apprentissage socio-numérique nécessite des interrogations fondamentales qui dépassent le seul champ des moyens et dispositifs techniques. Les TICE modifient le vivre-ensemble, mais aussi l’apprentissage. Toutefois la virtualisation de l’intelligence éducative en milieu interculturel n’est pertinente que si, simultanément, l’ancrage physique réel est cultivé, affiné, « c’est à dire en premier lieu rééduqué », conclut Pascal Bouchez du laboratoire Design Visuel et Urbain de l’Université de Valenciennes.

 

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin :

 

-       « E-Learning et connectivisme », syntec-numerique.fr

-       « George SIEMENS : « la France doit développer sa propre plateforme de MOOCs », educavox.fr 

-       « Les débuts d’une nouvelle forme d’interactions pédagogiques : étude d’un Mooc fondé sur les réseaux sociaux », cairn.info

-       « L’interculturel, facteur de paix et de cohésion sociale », fabula.org

 

Photo by Paul Hanaoka on Unsplash

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