Tech is beautiful : les femmes à la conquête de l’économie numérique et digitale

kwU1k8lBTech is beautiful : les femmes à la conquête de l’économie numérique et digitale

Par Farid Gueham

La nouvelle faisait froid dans le dos. On était peu habitué à ce genre d’annonce de la part des startups de la Silicon Valley. Facebook et Apple proposent à leurs salariées américaines de financer la congélation de leurs ovocytes afin de leur permettre de remettre à plus tard une maternité souvent jugée comme un frein de carrière. Plus qu’une erreur de communication, un raté éthique et déontologique. A en croire les dirigeants des groupes, un problème de compréhension, rien de plus : attirer plus de femmes dans des entreprises en majorité masculines, où deux employés sur trois sont des hommes, quoi de plus louable ?

La French tech s’indigne, sans faire plus pour l’emploi des femmes
Les entreprises françaises du secteur numérique emploient toujours peu de femmes. Elles représenteraient 28% du salariat, selon une étude du syndicat Syntec, parue en 2013. Pour les dirigeants de la silicon valley la proposition est une chance pour les femmes qui auraient la possibilité de ne plus sacrifier leur carrière sur l’autel de la maternité. Les jeunes employées des startups pourraient s’impliquer dans leur mission sereinement, sans se soucier de l’horloge biologique à l’aube de leurs 35 ans, âge où les chances de grossesse par cycle tombent à 13 % contre 25 % à 25 ans. La maternité est donc un fardeau : tollé chez les associations de femmes du secteur numérique : pour Lucile Reynard, présidente de l’association Girlz in web, c’est inacceptable. Maman trentenaire d’un jeune enfant, elle dirige une entreprise de conseil et de communication dans le numérique. Ce qui l’énerve ? Cette parentalité à géométrie variable qui fait du père un élément plus fiable et plus solide au sein de l’entreprise et de la mère son exacte opposée, l’éternelle absente accaparée par le devoir domestique.

Dans leurs formations comme dans leurs carrières scientifiques ou techniques, les femmes ne sont pas soutenues.
Pour Lucile Reynard, la solution est dans l’éducation et la formation : « on répète aux filles que ce ne sont pas des métiers pour elles, il faut agir en créant des bourses pour les étudiantes brillantes, aller à la rencontre des lycéennes pour leur expliquer que les femmes ont leur place dans ce secteur, voilà des idées intéressantes ». Une des ses propositions : donner plus de visibilité aux femmes sur des fonctions dirigeantes, les valoriser pour l’exemplarité de leur carrière, afin qu’elles inspirent et ouvrent la voie aux plus jeunes. Les stars féminines de la tech industry ? Marissa Mayer, patronne de Yahoo, mais aussi Sheryl Sandberg directrice d’exploitation de Facebook. En 2013, Sheryl Sandberg publiait « Lean in », que l’on pourrait traduire par bougez-vous ! Un message pour appeler les femmes à concilier vie professionnelle et familiale s’appuyant sur le parcours personnel de l’auteur.

Une réponse française : pour gagner en légitimité et en reconnaissance, on s’organise, on se structure.
C’est en mai 2010 que Mounia Rhka et Roxanne Varza , respectivement consultante et rédactrice en chef de Techcrunch France, lancent Girls in Tech. Leur objectif ? Mettre le projecteur sur des parcours et réalisations de femmes dans le domaine des nouvelles technologies. Au programme des conférences, hackathons, remises de prix. Inspirée des mouvements menés par les femmes de la silicon valley, Girls in tech compte aujourd’hui plus de 800 adhérents. Parmi les membres, Stéphanie Boubli, responsable de la communication chez Leetchi.com, cette startup, elle aussi dirigée par une jeune trentenaire devenue malgré elle icône de la french tech, Céline Lazorthes. Les manifestations dédiées aux femmes se multiplient : depuis 2000, la Cantine Silicon Sentier devenue le « Numa » le premier espace de coworking et le premier accélérateur de startups français lançait la première nuit consacrée aux femmes actives dans le secteur de l’Internet baptisée « la Nuit des TechWomen ». Parmi les habituées, on compte plusieurs collectifs de femmes entrepreneurs du web : Marine Soroko, directrice associée de Core Tech, Sophie Januel de Girlz in Web. Depuis son berceau de la Silicon Valley, les Girls in Tech, crées en 2007 par Adriana Gascoigne, n’ont pas pris un aller simple pour Paris. Avant de conquérir la France, le mouvement a fait des émules en Chine, en Grèce, en Inde et aux Émirats arabes unis.

Notoriété 2.0 : la promotion et la mise en valeur des parcours de femmes dans le digital reste un combat
C’est l’enjeu commun de l’ensemble des associations. En France 20 millions des internautes sont des femmes, chaque jour plus nombreuses à s’orienter vers les carrières digitales : web-déligneuses, community managers, développeuses, entrepreneuses à la tête de startups. Les femmes restent toutefois en marge des grandes manifestations et assez peu mises à l’honneur lors des remises de prix. Dans la majorité des conférences  consacrées au numérique et aux nouvelles technologies, 85% des intervenants sont des hommes. Ce manque de médiatisation, les différentes associations le comblent, patiemment : Twitter, Facebook, posts de blog, interviews vidéos… Les femmes digitales sont sur tous les fronts et affichent une notoriété 2.0 qui semble faire la différence.

De la communication, du fun, mais aussi du fond
Les collectifs sont nombreux à mettre en place des sessions de formation. Des rendez-vous Networking, des workshops tous les mois. Le plus de « Girlz in Tech », les « Amphi », une conférence annuelle autour d’une thématique d’actualité. Autres réseaux dédiés à la valorisation des femmes dans les nouvelles technologies, Cyber-elles, un réseau fondé il y a plus de 10 ans qui s’adresse en priorité aux dirigeantes expérimentées et déjà établies. Directement inspirées de leurs consœurs d’outre-Atlantique, on citera également les Mom’preneurs, ces mamans entrepreneuses qui souhaitent conjuguer sans complexe leur projet professionnel à une vie de famille épanouie.

La reconquête de l’industrie numérique et digitale par les femmes porte ses fruits : lors des « Hub awards »
qui se sont tenus le 8 octobre 2014 « L’art du marketing to women » de Marie-Laure Sauty de Chalon et Benjamin Smadja a remporté le prix du guide des bonnes pratiques digitales de l’année 2014. Ce projet de livre est né en 2011 suite à la création d’un blog « womanology » qui analyse les stéréotypes et la représentation des femmes dans le marketing. Interviewée sur le blog, Raphaëlle Covilette, Elise Covilette et Béatrice Gherara. Trois fondatrices d’une start-up sélectionnée en 2014 pour la cinquième promotion de l’accélérateur Microsoft livrent leur interprétation de la sous représentation des femmes dans le secteur : « S’il n’y a pas de femme dans le numérique, ce n’est pas qu’il n’y a pas de place, c’est elles qui n’osent pas ». Si le sujet a déjà fait l’objet de nombreuses études aux Etats-Unis, il reste encore peu exploré en France. L’objectif de ce livre est non seulement d’aider les marques dans leur gestion des enjeux du « gender marketing », mais
aussi de tordre le coup à un certain de nombre de clichés autour des femmes dans le monde du travail en général et dans les startups plus spécifiquement. Un signal positif qui nous rappelle que le chemin sera long pour une véritable parité 2.0.

Pour aller plus loin

- Site du blog « Womenology » #halteauxstereotypes
- Site de « Girls in tech Paris » pour la féminisation de l’entreprenariat tech
- Site de « Girlz in Web » pour la valorisation des femmes dans le numérique et les nouvelles
technologies

- Ouvrage de Sheryl Sandberg “Lean In: Women, Work and the Will to Lead”
- Site des “ Mom-preneurs”
- Site des « Hub awards – hub forum 2014 » : http://www.hubforum.com/paris/replay-2014
- Ouvrage de Marie- Laure Sauty de Chalon, Benjamin Smadja « L’art du marketing to women : on a assassiné la ménagère
!
»
- Dossier Stratégies Magazine n°1508 « la femme est l’avenir des nouvelles technologies »
- Baromètre « Syntec Numérique BVA novembre 2013 »
- Site de « Techcrunch France »
- Site de « Cyberelles » club à destination des femmes dirigeantes ou entrepreneuses du web

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