Sadiq Khan : plus qu’un symbole ?

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Dans le climat européen actuel, où la xénophobie et le populisme prennent de plus en plus d’ampleur et le spectre du terrorisme pèse sur les esprits, l’élection du candidat travailliste Sadiq Khan au poste de maire de Londres est signe d’espoir pour certains et d’inquiétude pour d’autres. La presse internationale s’est beaucoup penchée sur les origines modestes de M. Khan ainsi que sur ses convictions religieuses, qui font de lui un élu unique à un poste aussi important.

Opposition de styles

Les deux principaux candidats à l’élection de mai 2016 étaient en apparence opposés à tous les niveaux. D’un côté, Zac Goldsmith (41 ans), fils de milliardaire et héritier désigné du maire sortant, le conservateur Boris Johnson. De l’autre, Sadiq Khan (45 ans), député travailliste aux origines modestes, se positionnant plutôt centre-gauche. Les médias du monde entier ont allègrement comparé « le fils de chauffeur de bus au fils de milliardaire »[1], et ce choc des extrêmes a finalement tourné à l’avantage de Sadiq Khan. L’opposition des classes résultant du schéma traditionnel britannique a rarement été aussi évidente dans une élection au suffrage universel direct. Dans la « ville-monde » qu’est Londres, témoin de vastes inégalités économiques entre les ménages, le candidat très aisé formé à la prestigieuse école élitiste d’Eton a été défait par le fils d’immigrants pakistanais ayant grandi dans un council estate, l’équivalent anglais des HLM. Tous les médias sans exception ou presque ont mentionné le fait que Sadiq Khan est de confession musulmane, et son adversaire, soutenu par Boris Johnson et le Premier Ministre David Cameron, a maintes fois attaqué le nouveau maire de Londres sur ses liens prétendus avec des extrémistes, ce qui a valu au chef du gouvernement d’être accusé de racisme lorsqu’il a répété ces accusations au sein du Parlement[2]. Sadiq Khan a lui-même admis que son profil faisait de lui le candidat idéal pour combattre l’extrémisme religieux [3]. Cette campagne électorale aura été une source de divisions pour les Londoniens, qui ont finalement entériné un changement total par rapport au maire précédent, Boris Johnson, conservateur très médiatisé et partisan vocal du Brexit.

Le candidat du changement ?

Ces dernières années, le pouvoir de la City et les investissements faramineux à Londres ont creusé les inégalités, avec des quartiers dans lesquels l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté[4]. Sous Boris Johnson, les loyers ont continué d’augmenter dans la capitale des millionnaires et milliardaires. Les habitants ont été séduits par la campagne relativement simple de M. Khan, ancien avocat spécialisé dans la défense des droits de l’homme, basée notamment sur le logement et les transports en commun. Le nouveau maire souhaite geler les tarifs des transports (eux aussi très élevés) et dispose d’un budget de plus de 20 milliards d’euros, ce qui fait de lui une des figures politiques les plus puissantes du pays[5]. En se présentant comme un candidat humble prêt à combattre les problèmes les plus urgents des Londoniens, Sadiq Khan a réussi sa campagne et obtenu 1.310.143 voix (57% des suffrages), soit « le plus important mandat direct jamais reçu par un homme politique britannique »[6]. Il s’est également éloigné de Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste afin d’éviter d’être associé aux nombreuses polémiques et notamment ses propos antisémites, qui empoisonnent le parti depuis quelques mois. M. Khan prévoit également de revigorer le secteur de la vie nocturne londonienne, alors qu’un rapport montre que Londres a perdu 35 % de ses clubs et salles de concert depuis 2007[7].

« Cette élection ne s’est pas passée sans polémique, et je suis fier de voir que Londres a choisi aujourd’hui l’espoir plutôt que la peur, l’unité plutôt que la division », a déclaré Sadiq Khan au moment de son élection [8]. Le fait que M. Khan soit ouvertement musulman dans le climat actuel, au moment où beaucoup craignent une montée du fondamentalisme, est particulièrement significatif et présente un contraste marquant aux discours haineux de Donald Trump dans les primaires aux Etats-Unis, pour citer un exemple du monde anglo-saxon. M. Trump, qui a fait polémique en déclarant vouloir interdire l’entrée de tous musulmans sur le territoire américain a d’ailleurs déclaré qu’il ferait une exception pour le nouveau maire de Londres…[9]

L’élection de Sadiq Khan au City Hall de Londres est significative car elle représente un symbole fort, aussi bien par le profil atypique de l’homme dans un environnement politique anglais où les élus importants viennent généralement d’un même milieu élitiste et restreint, que dans un contexte sociétal national et européen où l’islamophobie est de plus en plus présente.

M. Khan est le fruit de la richesse culturelle que l’on retrouve dans le melting pot vibrant de la capitale britannique. L’élu doit désormais tenir ses promesses et faire de Londres une ville plus égalitaire afin de prouver qu’il est bien plus qu’un symbole

 

[1] http://www.rfi.fr/europe/20160506-le-labour-revendique-victoire-sadiq-khan-mairie-londres

[2]http://www.nytimes.com/2016/05/07/world/europe/britain-election-results.html

[3] Ibid.

[4]http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/l-angle-eco/video-a-londres-une-autre-vision-des-inegalites_826869.html

[5]http://www.rfi.fr/europe/20160506-le-labour-revendique-victoire-sadiq-khan-mairie-londres

[6]http://www.liberation.fr/planete/2016/05/06/sadiq-khan-officiellement-elu-maire-de-londres_1451013

[7] http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2016/05/06/sadiq-khan-nouveau-maire-de-la-nuit-de-londres/ 

[8]http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/07/sadiq-khan-londres-a-choisi-aujourd-hui-l-espoir-plutot-que-la-peur_4915300_3214.html

[9] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/05/10/97001-20160510FILWWW00123-trump-pret-a-faire-une-exception-pour-le-musulman-sadiq-khan-maire-de-londres.php

Crédit photo Flickr: Berita Duapuluhempat

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