Ras-le-bol fiscal: le défi d’Emmanuel Macron

Rattrapé par l’exaspération des Français dès l’été 2013, François Hollande avait déminé l’annonce de son deuxième budget en décrétant une « pause fiscale », Pierre Moscovici se déclarant « très sensible au ras-le-bol fiscal ». Au même moment de son mandat, Emmanuel Macron se retrouve face aux mêmes colères.

Le gouvernement est l’héritier des politiques précédentes : les prélèvements obligatoires avoisinent les 45 % du PIB depuis 2013 et dépassent les 40 % depuis 1982 (1) ! Atteignant 47,6 % du PIB en 2016 (2), ils placent la France au premier rang de l’Union européenne, loin devant les moyennes de l’UE (39,9 %) et de la zone euro (41,2 %) et l’Allemagne (40,4 %).

En France, la puissance publique prélève plus de la moitié de la richesse : les recettes publiques (prélèvements obligatoires et revenus des participations publiques) représentent plus de 53 % du PIB, contre 45 % en Allemagne (2). Pour 100 euros produits, c’est près de 10 euros qui vont dans les caisses des collectivités françaises plutôt que le portefeuille des contribuables… alors que leurs voisins allemands les conservent – sans que le niveau de prestations publiques dont ils bénéficient semble considérablement dégradé.

Notre modèle de gouvernance est à bout de souffle. Depuis des décennies, l’effort (raté) de maîtrise des finances a porté sur les contribuables : les gouvernements ont accru la fiscalité (les prélèvements obligatoires étaient de 45,3 % du PIB en 2017 contre 30,3 % en 1960 (1)), plutôt que réduit la dépense (elle atteint 56,7 % du PIB en 2017 contre 34,7 % en 1960). Cette logique ne fonctionne plus : la moindre hausse suscite une réaction épidermique.

Notre imposition est le fruit d’un manque de courage politique, racler les fonds de tiroir en augmentant les taxes étant plus facile et moins risqué électoralement que réduire la distribution d’argent public

Dynamique asphyxiante. Cette dynamique asphyxiante pour les ménages a aussi écrasé la compétitivité. La comparaison avec l’Allemagne est douloureuse : en 2018, notre taux d’impôt sur les sociétés était le plus élevé de l’OCDE (3), à 34,43 % ; plus du double du taux allemand (15,8 %).

Sur les deux dernières décennies (2000-2018), la France a fait la démonstration que trop d’impôt tue l’impôt. Laissant son IS à un niveau élevé, elle a vu ses recettes se réduire proportionnellement à sa richesse, alors que l’Allemagne le baissant massivement a bénéficié de recettes en hausse. Sur la période, la France a timidement baissé son IS de 3,33 points, contre 26,375 points en Allemagne ; dans le même temps, les recettes générées par cette fiscalité sont passées de 6,9 % à 4,5 % du PIB en France, contre 4,8 % à 5,3 % outre-Rhin !

Il est de bon ton d’expliquer que le niveau de fiscalité est le reflet d’un choix de société, de la volonté commune de mutualiser nos richesses dans un esprit de solidarité. Si cela a pu être vrai, c’est aujourd’hui un mythe : au niveau qu’elle atteint, notre imposition est le fruit d’un manque de courage politique, racler les fonds de tiroir en augmentant les taxes étant plus facile et moins risqué électoralement que réduire la distribution d’argent public. Cette absence d’esprit de responsabilité a guidé la gestion des finances publiques depuis longtemps : en 2005, le rapport Pébereau dénonçait déjà que « le choix de la facilité depuis vingt-cinq ans est la principale explication du niveau très préoccupant de notre dette publique ». A l’époque, la dette était de 67 % du PIB, contre 99 % aujourd’hui.

Emmanuel Macron est l’héritier de cette situation. Mais plus que les autres, il est au pied du mur.

(1) Insee

(2) Eurostat. La méthode de calcul de l’INSEE diffère légèrement de celle d’Eurostat

(3) OCDE

 Texte paru dans L’Opinion le 5 novembre
https://www.lopinion.fr/edition/economie/ras-bol-fiscal-defi-d-emmanuel-macron-chronique-d-erwan-noan-167554
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