Quelque chose de Sarkozy…

3232077260_2620ac8758_b« La continuité de l’Etat » : voilà bien une expression dont les socialistes ont abusé, dans l’opposition, pour reprocher à Nicolas Sarkozy de la mettre à mal. Et de répéter en boucle que l’ancien président de la République bousculait les règles qui garantissent la neutralité de l’administration, donc des services qu’elle assure.

On ne reviendra pas sur ces polémiques et sur leur bien fondé. On n’aura même pas la cruauté de souligner que trop souvent, pour la gauche, une administration neutre est une administration de gauche. C’est ici une définition plus politique qu’administrative de l’Etat -et de sa continuité- que nous retiendrons. En nous posant une question simple, mais provocatrice : existe-t-il des éléments de continuité entre le gouvernement Fillon et le gouvernement Ayrault, notamment dans leur composition ? Et plus largement, que reste-t-il de Sarkozy dans le nouvel exécutif socialiste ?

Il faut que tout change pour que rien ne change

Certains des « changements » incarnés ou avancés par ce gouvernement relèvent en fait des bonnes vieilles traditions politiques. Ce sont donc des leurres, d’une certaine façon.

Ainsi de ces ministères aux noms plus ou moins poétiquement volontaristes, censés manifester les priorités d’un gouvernement et sa différence radicale avec ceux qui l’ont précédé : secrétariat d’Etat à la condition des travailleurs manuels en 1976 (gouvernement Barre), ministère du Temps Libre en 1981 (gouvernement Mauroy), secrétariat d’Etat à l’Action humanitaire d’urgence en 1995 (gouvernement Juppé), à la Décentralisation culturelle en 2000 (gouvernement Jospin), aux Programmes immobiliers de la Justice en 2002 (gouvernement Raffarin), aux Droits des victimes en 2004 (gouvernement Raffarin), chargé de la Promotion de l’égalité des chances en 2005 (gouvernement Villepin), … La longévité de ces intitulés excède à peine celle des phalènes.

Dans le gouvernement Ayrault, c’est donc au « Redressement productif » et à la « Réussite scolaire » que nous avons droit : deux gadgets inspirés par le grand cœur des socialistes, mais qui disparaîtront aux premiers frimas.

Autre « innovation » qui n’en est pas une : l’obligation, pour les ministres candidats aux législatives, de recueillir l’onction positive du suffrage universel, sous peine d’éviction. C’est beau comme la démocratie et cela se pratique… depuis Georges Pompidou. De Gaulle avait ignoré les défaites de Pierre Messmer et de Maurice Couve de Murville aux législatives de 1967 et les avait « gardés » au gouvernement. Mais Georges Pompidou considéra que René Pleven ne pouvait rester Garde des Sceaux après avoir perdu son siège de député en 1973. Plus près de nous, Catherine Trautmann ne fut pas du 2e gouvernement Rocard pour cause de défaite aux législatives de 1988, pas plus qu’Alain Juppé ne conserva le ministère de l’Ecologie et du Développement durable en 2007.

Le principe énoncé avec gravité par Jean-Marc Ayrault est donc une habitude en démocratie, rien de plus : « un ministre, ça gagne les élections législatives ou ça démissionne ».

La pérennité de certaines innovations de l’ère Sarkozy

Dans sa composition, le gouvernement Ayrault reprend sans le dire certaines des innovations de l’ère Sarkozy. La diversité n’est pas la moindre. Certes, la Ve République n’avait pas attendu Nicolas Sarkozy pour faire entrer la diversité au gouvernement : Nafissa Sid Cara appartenait au cabinet Debré dès 1959, Kofi Yamgnane au gouvernement Cresson en 1991, Tokia Saïfi et Hamlaoui Mekachéra au gouvernement Raffarin en 2002… Mais l’attribution d’un portefeuille régalien (la Justice) à une femme issue de l’immigration (Rachida Dati) a complètement changé la donne en 2007, et érigé la « diversité » en impératif, et non plus en gadget électoral, sur l’agenda de tout Premier ministre qui formera désormais son gouvernement.

Il en va de même pour le ministère de l’écologie et du développement durable : il n’a pas été inventé par Nicolas Sarkozy… Mais ce dernier, en fusionnant le ministère de l’environnement et celui des transports, a donné aux ministres en charge de la préservation de la planète de vrais leviers d’action. Cet héritage-là a été endossé par le gouvernement Ayrault et par la ministre Nicole Bricq, qui conserve la responsabilité des transports.

Autre héritage de l’ère Sarkozy : l’autonomie du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche par rapport à l’Education nationale. Est-ce le signe que la gauche au pouvoir entérinera pleinement la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU), qu’elle vouait pourtant aux gémonies il y a peu encore ? La même remarque pourrait être faite à propos du portefeuille des Français de l’étranger, que la gauche jugeait inutile quand David Douillet puis Edouard Courtial l’occupaient… avant de l’estimer indispensable dans le gouvernement Ayrault!

Le dernier lien, paradoxal, entre l’ère Sarkozy et le gouvernement Ayrault passe par Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian. Ces deux élus socialistes avaient été approchés par Nicolas Sarkozy en 2007 au titre de l’ouverture, mais avaient décliné les portefeuilles ministériels qui leur étaient offerts : il s’agissait respectivement de l’Intérieur et de la Défense. Cinq ans après, les intéressés reçoivent en quelque sorte le prix de leur refus en prenant des maroquins qui leur étaient promis dès 2007.

D’étranges ruptures

Beaucoup de commentateurs ont apprécié que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault respecte la parité. D’autres ont noté qu’un seul ministère régalien -et, faut-il ajouter, le moins « puissant » en termes de budget, la Justice- y a été confié à une femme. Or, depuis Elisabeth Guigou en 1997, la place Vendôme a souvent été occupée par des femmes : Marylise Lebranchu en 2000, Rachida Dati en 2007, Michèle Alliot-Marie en 2009. La droite qui, au contraire de la gauche, n’a hélas jamais fait de la parité une priorité, a en revanche « féminisé » les plus prestigieuses des fonctions gouvernementales : Défense avec Michèle Alliot-Marie en 2002, Economie et Finances avec Christine Lagarde en 2007, Intérieur avec Michèle Alliot-Marie en 2007, Affaires étrangères, toujours avec Michèle Alliot-Marie, en 2010. Qualitativement, le bilan de la droite au pouvoir en matière de partité gouvernementale n’est donc pas négligeable !

Le gouvernement Ayrault a modifié également le périmètre d’un ministère symbole de l’ère Sarkozy : le ministère des Comptes publics. Cette innovation donnait depuis 2007 au ministère du Budget une complète autonomie, sur le modèle allemand. Le rattachement du Budget à l’Economie, dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, traduit-il le peu d’importance accordé par le nouveau pouvoir aux questions budgétaires ? L’interprétation est tentante…

Le changement, c’était hier

On l’aura compris : loin du changement d’ère, la composition du gouvernement Ayrault est le résultat d’une addition entre des figures classiques de la vie gouvernementale, un héritage inavoué des années Sarkozy et une ou deux ruptures discutables. Le big bang annoncé pendant la campagne n’a pas eu vraiment eu lieu sur la forme. Est-il à craindre sur le fond ?

David Valence

Crédit photo: Flickr, parti socialiste

Il y a 3 commentaires

  1. Eric Anceau

    Cher David, Un excellent papier dont il n’y a pas une ligne, pas un mot à retrancher. J’ai été frappé que depuis 48 h. très peu de commentateurs ont souligné que la vraie rupture pour les femmes ministres ne date pas d’Ayrault I mais bien plutôt des gouvernements Jospin et Fillon.

  2. Aynul

    Le0, en effet, e7a va mieux, sur la forme. Se respecter, c’est le mmuiinm. Mais e7a se perd, he9las.Quant e0 dire que je me raccorche e0 la forme pour ne pas parler du fond, montre que vous, vous ne lisez que ce qui vous convient.Vous parlez de cette insulte qui a fait les choux gras de toute la presse : Casse-toi, pov’ con lance9e par le pre9sident e0 un espe8ce de grossier personnage qui a commence9, lui, par dire au pre9sident, en retirant sa main : c7a va me salir ! . N’e9tait-ce pas une insulte grave, e7a ? Mais tout le monde s’est empresse9 de l’oublier ! On n’a retenu que la re9ponse de Sarkozy.Eh bien, meame si la forme de Sarkozy n’e9tait pas bonne, le fond e9tait excellent.Vous voulez parler du fond ? Avez-vous ve9rifie9 ce que j’ai dit au sujet de la dette de la France ? Non, je suppose. Et e7a, ce n’est pas la forme, c’est bien le fond du proble8me.Vous vous gaussez de voir Sarkozy perdre les 3 A ? Mais, mon pauvre ami, c’est la France, c’est nous tous qui les avons perdus, ces 3 A. Si le pre9sident avait e9te9 Hollande, ou Se9gole8ne Royal, nous les aurions perdus de la meame fae7on. Et peut-eatre encore plus tf4t !Si vous avez preate9, e0 votre voisin, 10 000 euros, que ce voisin fait ce qu’il peut pour s’en sortir, mais que sa femme et ses enfants font une foire e0 tout casser et jettent l’argent par les feneatres, serez-vous rassure9 sur le remboursement de votre cre9ance ?C’est tre8s facile de dire que c’est le pre9sident bling bling qui prend le pognon et met la France dans le pe9trin. c7a permet de cacher les abus et la vie des frane7ais au-dessus de leurs moyens ! Comme e7a, on ne parle pas de la ruine de la Se9cu, de la faillite de la Caisse de Retraite, des fraudes honteuses sur les allocations diverses, sur les arreats maladie. On e9vite de dire ce que cofbte au pays les 35 heures hebdomadaire de Mme Aubry et les gre8ves e0 re9pe9tition, pour un oui pour un non.Tout e7a, e7a ne fait pas partie du fond ?Par contre, je crois que c’est VOUS qui e9vitez soigneusement d’en parler, du fond. Soit parce que vous craigner de reconnaeetre trop de choses ne9gatives, soit parce que vous ne connaissez des proble8mes que ce que vous vous voulez bien entendre, et qui vous exone8re de la moindre responsabilite9 de citoyen.Mais meame e7a, je me demande si vous comprendrez bien ce que je veux dire

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