Quand les startups agissent pour plus de diversité dans l’entreprise.

article farid GuehamQuand les startups agissent pour plus de diversité dans l’entreprise.

Par Farid Gueham.

Si la question de la diversité et la représentation des minorités dans le monde du travail est un sujet récurrent dans l’analyse de l’entreprise, les mises en perspectives avec le secteur de l’innovation se font encore trop rares. Aux Etats-Unis, beaucoup d’entreprises de la « Tech » se font épinglées pour leur manque de diversité au sein des effectifs. Pour éviter la mise à l’index, les grandes entreprises publient régulièrement leurs statistiques en la matière. Les startups ont planché sur le sujet et proposent aujourd’hui des outils pour aider les entreprises à faire face à des problématiques de management qu’elles ignoraient jusqu’alors.

Chez Google, les effectifs sont composés d’ 1% d’employés noirs et de 60% de blancs. Les résultats ne sont guère plus reluisants chez Yahoo et Apple qui revendiquent une  progression record avec  7% d’employés issus des minorités afro-américaines. Les chiffres, rapportés par un article New York Times, sont édifiants : la diversité n’est pas une priorité de la Silicon Valley. L’article explique également que « les afro-américains et les hispaniques ont constamment été sous-représentés dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques ». Dans les sphères universitaires américaines, on va jusqu’à parler du « racisme tranquille de la Silicon Valley », en rappelant que les noirs gagnent en moyenne chaque année 3.656 dollars de moins que les blancs. Quant aux postes à responsabilités, ils restent hors de portée des minorités. Seules trois compagnies –Microsoft, Oracle et Salesforce.com– comptent une personne noire ou hispanique dans leur conseil d’administration, et sur les  189 directeurs des compagnies technologiques, seulement quatre (1,6%) sont noirs et un (0,5%) est hispanique.

Quelques chiffres clés.

Une infographie, réalisée à partir du rapport Ministère du travail Américain, de 2014 sur la « diversité dans les entreprises », illustre parfaitement ces déséquilibres. Les effectifs des groupes Apple, Google, Twitter ou Facebook, se composent d’hommes à 70%. Le bon élève, en termes de parité, étant eBay avec 58% d’hommes contre 42% de femmes. Pour ce qui est des critères ethniques, les chiffres ne sont pas plus rassurants : c’est l’origine caucasienne qui domine dans les effectifs globaux, même si la « Tech US » est plus exemplaire en la matière que les entreprises américaines tous secteurs confondus. Yahoo et Pinterest arrivent même à l’équilibre parfait de 50% de blancs pour 50% de minorités ethniques.

Les curseurs de cette sous représentation sont à la fois connus et inconscients.

Le problème connu et identité, c’est par exemple, le manager qui raisonnera toujours sous le prisme de son parcours. S’il est  diplômé de Harvard, il fera toujours appel à son réseau d’anciens, le vivier des «alumni» pour enrichir ou renouveler ses équipes. Les entreprises essaient déjà de diversifier leurs recrutements. Mais, c’est sans compter sur les problèmes inconscients. Ce que les sociologues américains décrivent comme le « social bias », des biais de l’esprit qui nous encouragent à penser, malgré nous, d’une façon inconsciemment orientée. Comme ces managers qui affichent une volonté de diversité dans leurs équipes où, in fine, on retrouve majoritairement des hommes, le plus souvent de race blanche et plutôt jeunes.

Les startups veulent agir pour lutter contre ces biais inconscients.

Des logiciels permettraient de lutter contre ces biais inconscients. Prenons l’exemple du processus de recrutement. Lorsque le manager ou les ressources humaines rédigent un descriptif de poste,  des expressions vont exclurent les minorités. Aux Etats-Unis, les expressions comme «  work hard », « play hard », que l’on pourrait traduire par « travailler dur » et « s’éclater », ont des connotations très masculines, alors que les mots comme « supports », « travail d’équipe » ont tendance à attirer les minorités. Des logiciels procèdent à cette lecture fine, qui propose de retirer les termes excluant pour les minorités.

En Californie, la société Red Seal, utilise le logiciel Unitive, pour faire sauter les biais inconscients. Le logiciel aurait permis de doubler le nombre de femmes ingénieurs dans les effectifs globaux. Plus récemment, c’est Change.org, une entreprise qui revendique sa vocation sociale en proposant des sondages en ligne, qui a utilisé un autre logiciel « Textio ». Textio permet de reformuler les descriptions de postes pour les rendre plus ouverts et attirer des talents et des profils plus divers. L’entreprise va plus loin, renforçant  l’utilisation du logiciel par des formations à destination des recruteurs afin de mieux utiliser et déployer l’outil.

Des actions ciblées sur la communauté afro-américaine.

Les initiatives se multiplient dans la vallée, notamment avec le Hidden Genius Project qui aide les lycéens noirs à se familiariser avec le code, le webdesign et le développement d’applicationsDes rencontres sont aussi organisées par d’autres groupes et aux Etats-Unis, où le communautarisme est clairement assumé comme une composante forte de l’identité nationale, on n’a pas peur de parler de «black Tech». Les « HBCU » comprenez les « universités historiquement noires» ont mis en place des programmes renforcés dans les enseignements technologiques et innovants. Les responsables des universités espèrent encourager les jeunes noirs à ne pas s’autocensurer pour tenter l’aventure de la Silicon Valley.

Plus que de la philanthropie, la diversité est un véritable enjeu économique pour les startups.

Plusieurs études ont tenté de démontrer l’impact positif de la diversité sur la croissance et l’entreprise. Mais les barrières culturelles et psychologiques sont fortes, alors même que les statistiques montrent que les entreprises ayant des cadres dirigeants aux profils variés, gagnent en rentabilité et en performance. Autre argument de taille, la diversité est un marché  colossal que les entreprises de la Tech ne peuvent plus ignorer. Une étude du Pew Research Center montre que 43% des membres de la génération Y, les « millennials », ne sont pas blancs. Une évolution de société avec laquelle il faudra composer pour rester dans la course. Enfin, la diversité dans la Silicon Valley est une question de valeurs : au-delà du combat des pro-diversités, des questions de race, de genre, ou d’orientation sexuelle, les startups militent pour une diversité de pensée, de profils et des parcours. Cette diversité faite de diplômes différents, d’expériences variées, ce patchwork consubstantiel d’une pensée alternative, à la fois moteur et carburant de la Silicon Valley.

Farid Gueham

Pour aller plus loin:

- « Using technology to drive diversity in your business », Huffington Post.

- « The lack of diversity in tech is a cultural issue », Forbes.

-“Will California ever become a majority latino state ? Maybe not” Pew Research Center.

- “ La Silicon Valley souffre d’un manque de diversité, mais cela pourrait changer”, Slate.

crédit photo flickr : SBC Hub

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