Qu’attendre du marché politique en 2017 ?

8398052195_5c6b23b9c2_zEn 2016, le Brexit et l’élection de Donald Trump ont confirmé ce qu’écrivait Pierre Dac : « Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir ». En ce début 2017, établir de nouvelles prophéties peut donc sembler périlleux. Pour autant, personne n’aime avancer à l’aveugle. Au-delà des contingences, l’observation du marché politique permet de dégager quelques lignes de force et d’acquérir un peu de visibilité.

Du côté de la demande politique, deux forces se distinguent

La première est une revendication d’unité et de cohésion. Elle s’affirme à gauche par une obsession de lutte contre les inégalités. Surtout, elle s’exprime sous une forme culturelle, à travers une méfiance vis-à-vis de l’altérité et une réaffirmation identitaire, qui sont renforcées par une exigence toujours plus forte de sécurité. Ces deux mouvements, à gauche et à droite, témoignent d’un corps civique qui s’agace de ceux dont il estime qu’ils se sont mis en marge de la communauté nationale, soit par leur attitude prosélyte, soit par leur comportement financier. Du débat sur l’identité nationale (2007) à Occupy Wall Street (2011), ces tendances structurent le monde politique occidental.

La seconde, c’est la domination des sentiments. L’ère de « post-vérité » actuelle est alimentée par une exigence de reconnaissance des électeurs, qui veulent qu’on admette leur souffrance, qu’on confirme leur perception du monde. La tendance est ancrée : la « peur du déclassement » (2009) et le « sentiment d’insécurité » (2002) ont déjà alimenté le débat. Les classes moyennes (ou ceux qui se vivent comme telles) sont au cœur de cette dynamique.

Du côté de l’offre, deux tendances peuvent aussi être relevées

D’abord, le libéralisme n’est pas porteur. Partout dans le monde, le discours qui domine est à la sécurité (sociale, policière, culturelle, commerciale). La liberté, à l’inverse, peine à s’incarner : c’est une forme d’absence de contrainte, une confrontation de l’individu à sa propre responsabilité, un règne de l’incertitude et des possibles qui permet la création mais alimente l’angoisse. Cette réticence n’est pas incompatible avec la demande de réforme, mais celle-ci est davantage alimentée par le ras-le-bol fiscal et l’exaspération contre les abus que par le goût pour la philosophie tocquevilienne.

Ensuite, l’offre politique est marquée par une incapacité des grands partis, dépourvus de références idéologiques, à proposer une vision du monde. La gauche occidentale est laminée et divisée. La droite est pragmatique, tendant au conservatisme, mais sans base doctrinale forte et menacée par les populistes.

Protection et révolution

Ces forces se développent dans un contexte de mutation économique profonde. Avec le numérique et la mondialisation, depuis bientôt 30 ans, le capitalisme ne cesse de s’approfondir : les hiérarchies verticales se déconstruisent, les marchés sont dynamisés, les comportements s’individualisent. Le monde est en tension, pris entre des opportunités nouvelles et des inquiétudes inédites.

Ces mouvements dessinent un paysage d’où ressortent quelques conclusions politiques. La première c’est que les tendances fortes penchent du côté populiste, lequel allie la protection, qui rassure, et la révolution, qui assouvit la colère. La seconde, c’est que l’enjeu politique majeur est de parvenir à dessiner une société du XXIe siècle qui concilie unité et dynamisme. C’est le défi de la droite et la gauche.

(Article initialement publié sur l’Opinion le 1er janvier 2017.)

« Crédit photo Flickr: Helen »

About Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie. Membre du Conseil scientifique et d'évaluation de la Fondation pour l'innovation politique Responsable du média Trop Libre

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