Pour une politique culturelle audacieuse ! Les leçons d’André Malraux….

La culture, objet philosophique et politique, semble être la grande oubliée des premiers pas du macronisme. Alors plus jeune président de la Vème République, élu grâce à une écurie politique qu’il a lui-même créée, et sortant d’un second tour revigorant, on aurait pu penser que la culture allait de nouveau être au premier plan. Il faut l’admettre, oui la culture est un casse-tête pour le politique qui semble vouloir l’appréhender mais les moyens manquent et le recul intellectuel aussi. Le « paradoxe Macron » pouvait résoudre la question : intellectuels à foison, président mélomane et une santé économique retrouvée pour la France.

Pourtant, il semble nécessaire de renouer avec les pratiques d’André Malraux pour mieux cerner l’effort consenti et le nécessaire éclairage, en faveur de la culture, de celui qui réside dorénavant au Panthéon….

 

La culture nécessite une pratique gouvernementale particulière, Malraux l’avait compris

 

La première leçon d’André Malraux réside dans la pratique du pouvoir pour celui qui occupa le premier ministère des Affaires Culturelles. Il n’était pas un ministre comme les autres au sein du gouvernement Debré ou Pompidou. D’une part son appartenance politique était aussi changeante que son rapport à la vérité, il n’était pas un Gaulliste de la première heure et De Gaulle lui-même l’avait bien compris. D’autre part, il était extérieur à l’objet politique en tant que tel, les mandats électifs ne l’intéressaient pas et les querelles partisanes inexistantes.

Sa pratique du pouvoir résida dans le rapport direct et exclusif avec le monde culturel. Pour les grands projets et les voyages, seule l’approbation du général était requise. Les dossiers techniques ? L’administration centrale était là pour gérer les dossiers et les équilibres budgétaires. Toutes ces facettes ont permis de graver le charisme d’un homme qui était adulé par son panache mais aussi par sa posture conciliante et ouverte.

 

Toute la culture doit être concernée, pas seulement celle médiatisée….

 

La grande innovation, contrairement à ses successeurs a été la proximité avec les différentes cultures et les nombreux voyages qui ont permis de façonner l’aura du « ministre-prophète »[1]. Fidèle à sa vision énoncée lors du discours de Bourges de 1964, « si la culture existe, ce n’est pas du tout pour que les gens s’amusent », le réel se déroule en dehors de la doxa et des médias…

Les coups d’éclats sont nombreux, comme en atteste l’expédition par cargo de la Joconde aux Etats-Unis, contre l’avis des experts du Louvre, agrégeant 1.7 Millions de visiteurs à la National Gallery of Art de Washington. Il est alors honoré par Jacqueline Kennedy comme « l’homme le plus fascinant avec qui elle a jamais parlé »…

D’ailleurs les initiatives se décuplent à l’instar de la manifestation « Sept mille ans d’art » sur l’Iran organisée au Musée du Petit Palais ou l’exposition « Toutankhamon » en 1967, ainsi que l’intérêt pour « L’Art nègre » et les nombreuses maisons culturelles à destination de la jeunesse.

L’art contemporain n’est pas en reste, avec la création d’un service de la création artistique au sein de la DGAL[2] en 1962, confiée à l’éditeur d’art Bernard Anthonioz. La commande à Marc Chagall du plafond de l’Opéra de Paris ou à André Masson du plafond du théâtre de l’Odéon, qui auraient été impensables quelques années en arrière sont des conséquences directes de la politique malrausienne.

 

André Malraux se mue en un ministre de tous les arts et se sent investi d’une mission : celle de faire rayonner la France.

 

La culture devient alors un objet politique de premier plan…

 

La dernière leçon de la période Malraux est celle de l’accommodement sur le temps long de la culture. Malgré les apparences, son cabinet est en étroite collaboration avec l’administration qui est consciente des efforts budgétaires garantes de la durabilité de sa politique artistique. Puisque c’est Jacques Delors, alors chef du services des Affaires sociales et culturelles du Commissariat général au plan, qui crée en 1963 le service Etudes et Recherches au sein du ministère pour favoriser l’éclosion des nouveaux artistes. La culture ne fait pas l’objet de réformes mais conduite par une vision dirigiste des nombreux plans, c’est à la suite du IVème Plan en 1965 qu’est ainsi instituée la Commission de l’équipement culturel et du patrimoine artistique.

 

Au regard de l’Histoire, la période Malraux est loin d’être teintée d’une gloire sans faille, comme en atteste le nivellement à 0.39% du PIB du budget de ministère de la culture durant sa décennie…mais n’est-ce qu’une affaire de moyens ? N’y-a-t-il pas une mystique culturelle ?

 

En effet, malgré les efforts de madame la ministre Françoise Nyssen, la politique culturelle s’essouffle et manque d’impulsions à long terme. De nombreux enjeux perdurent comme le soutien au monde de l’édition, la nécessaire réforme des conservatoires avec un centralisme plus adaptée pour davantage d’égalité. Ou encore la mise en place de nouveaux statuts moins précaires pour les professeurs de musique ou les artistes.

 

Même si les défis ne sont pas urgents, peu médiatiques et coûteux, Malraux avait sans doute la clairvoyance d’esprit de penser au futur. Il convient d’admettre que l’étonnement reste essentiel comme le manifeste le général De Gaulle remerciant Malraux pour son ouvrage la Métamorphose des Dieux, « que de choses j’ai vues – ou cru voir – qu’autrement je devrais mourir sans avoir discernées. Or, ce sont justement, de toutes les choses, celles qui en valent le plus la peine». Tel est l’objet de cette culture messianique…

 

Marc Touzery
 

 

[1] Discours du Mardi 15 Novembre 2011 de Frédéric Mitterrand pour le 35ème anniversaire de sa disparition

[2] Direction Générale des Arts et des Lettres

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