Populisme qui est là ? Les élections européennes 2019 et la réforme constitutionnelle française

L’actualité politique italienne, espagnole, allemande, française et plus généralement européenne, a montré combien notre quotidien sociétal est actuellement bâti par de la déconstruction, des arrangements d’arrières salles et une réactivité de l’instant politique plus que par des visions à long terme. Pourtant comme le disait Georges Pompidou « Le gouvernement ne peut dépendre pour sa vie et pour son autorité que du peuple. » Nous avons survécu à de nombreuses turbulences, mais d’autres peuvent encore advenir et notre présent est lourd de ces germes destructeurs.

 

Sur le plan européen, la crise qui touche le projet continental n’a jamais été aussi grave et c’est peut-être parce que cette vision a cessé de se vouloir commune. Les peuples des démocraties européennes, les uns après les autres, expriment leur désaccord pour ne pas dire opposition, avec une Europe devenue par trop technocratique, qui n’est aujourd’hui qu’un vaste marché favorisant l’idéologie libérale, au lieu d’incarner un ensemble protecteur et rassembleur face aux crises contemporaines : désindustrialisation, chômage, déclassement social, défense, culture commune, immigration et identité.

 

L’actualité italienne comme espagnole démontre combien le jeu des partis et la mécanique proportionnelle, celle des grandes coalitions conduisent, implacablement à une montée des extrêmes au pouvoir. Lorsqu’une identité politique n’est pas assumée, que les lignes de clivages deviennent de simples questions d’accords partisans, alors inexorablement la course qui s’enclenche est celle de la montée aux périls.

 

Illustrant cette situation, le nouveau ministère espagnol se retrouve dans une position ubuesque et paradoxale. M. Pedro Sanchez nouveau président du gouvernement dispose d’une « majorité » allant de la gauche radicale aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques, un ensemble hétéroclite aux attentes différentes. Pour autant la composition du parlement reste identique et le PSOE (socialiste) aujourd’hui en charge de l’État espagnol ne dispose toujours que de 85 députés face aux … 137 du PP (conservateur) qui bien que majoritaires incarnent l’opposition. Rôle de premier opposant d’autant plus particulier, que la présidence et le bureau du Congrès des députés, demeurent aux mains des conservateurs et de leurs alliés. Or, il s’agit d’organes clés ayant à organiser l’examen des propositions législatives. Autre paradoxe, le PP conserve également sa majorité absolue au Sénat, ce qui lui permet de retarder l’approbation des lois. Les possibles crises politiques aux répercussions continentales peuvent ainsi rapidement devenir pléthoriques. Enfin, ultime paradoxe, le gouvernement socialiste bénéficie d’un avantage, celui d’avoir un budget 2018 déjà voté, qu’il s’est engagé à respecter, … celui présenté et adopté par le gouvernement de Mariano Rajoy une semaine avant la censure parlementaire.

 

Ainsi sans appeler le peuple espagnol à une nouvelle consultation, qui aurait logiquement dû suivre un tel acte politique, l’inverse a primé. Comme le disait Bertolt Brecht « Ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement, de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » c’est toute proportion gardée, ce que vient de faire le nouveau ministère, qui a balayé la première force politique issue des urnes dans un système parlementaire.

 

Le cas autrichien à l’inverse illustre ici l’exception politique que l’on peut obtenir avec un mouvement d’abord régénéré, mais assumant par la suite ses idées, parlant à ses citoyens et cherchant à être soucieux du bien-être de ces derniers. Sebastian Kurz incarne ce que peut être aujourd’hui la place et le rôle de l’État comme de l’homme politique. Assumer une ligne nationale, au service du quotidien et de l’avenir de ses concitoyens pour prévoir et bâtir plus que communiquer ou abdiquer une souveraineté. Le réalisme et le pragmatisme éléments de base de l’engagement politique semblent avoir retrouvé à Vienne les chemins du pouvoir.

 

Sur le plan national enfin, alors que la tentation populiste menace l’Europe, seule la France, grâce à la Ve République et son fonctionnement semi-présidentiel, semi-parlementaire, semble résister. Pourtant l’éclatement politique post présidentielles 2017 fait déjà le jeu des extrêmes. Le contexte européen devrait cependant inviter à comprendre combien sont précieuses nos institutions, efficaces, servies par un mode de scrutin législatif qui offre la meilleure, bien qu’incomplète, protection contre une assemblée ingouvernable. Nation et citoyens doivent être à l’origine de l’action politique et non l’élément secondaire à plier selon les grès des majorités.

 

Or le pouvoir en place accentue depuis une année une crise, celle de la rupture du lien entre État et Nation. L’actuel projet de révision constitutionnelle prévoit la diminution du nombre de députés et sénateurs, la limitation à trois mandats successifs pour les parlementaires et les présidents d’exécutifs locaux, en cela il constitue une atteinte à la liberté de choix des citoyens comme des élus. La part de proportionnelle à 17 % permettrait une rupture partisane avantageant les arrangements de bureaux politiques au détriment de la représentation nationale. Cette réforme conduirait à la promotion d’une nouvelle espèce de personnel politique : attachés parlementaires, collaborateurs de cabinets et autres apparatchiks devenant des professionnels seuls autorisés à faire de la politique durablement sans avoir de compte à rendre à la manière d’un personnel immuable maître de nos destinés.

 

Une occasion va pourtant être donnée aux peuples de se remparer de son pouvoir tant continental que national : les élections européennes 2019. L’euro-lucidité doit prendre le pas sur l’europhobie et l’eurobéatisme pour revenir à la source de la chose publique. Les légitimes inquiétudes des peuples européens exprimées lors de récents scrutins doivent être considérées comme autant d’actions salutaires pour réveiller les consciences politiques et non comme des aspirations à abattre.

 

Amine HAFIDI

Photo by Joakim Honkasalo on Unsplash

Qu'en pensez-vous?