Politique fiction

La première année du quinquennat d’Emmanuel Macron peut se lire comme la chronique d’une revanche annoncée, sans cesse repoussée et finalement avortée : celle de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise contre le chef de l’Etat et sa République en Marche. La deuxième, dans la perspective des élections européennes de 2019, pourrait bien être celle d’un nouvel affrontement entre LRM et le Front national.

Mais un succès aux Européennes, un scrutin à la proportionnelle, n’empêchera sans doute pas le président de la République, le moment venu, de chercher des alliés dans la perspective des présidentielles et des législatives de 2022, des scrutins majoritaires …

 

La défaite annoncée de Jean-Luc Mélenchon

 

Depuis l‘automne 2017 avec les ordonnances sur la transformation du Code du travail jusqu’au printemps 2018 avec la réforme de la SNCF, Jean-Luc Mélenchon ne cesse de battre le rappel de ses troupes, d’appeler à la revanche dans la rue de la défaite dans les urnes et d’annoncer la Révolution. En vain. La nouvelle législation du travail n’a pas soulevé d’opposition, la réforme de la SNCF a déclenché une grève certes mais elle reçoit le soutien de l’opinion publique et l’échec du 1er mai, marqué par l’irruption des casseurs d’extrême gauche, a été finalement une victoire pour le pouvoir. On pourrait même ironiser et souligner que chaque défaite du leader de la France insoumise est suivie d’un nouvel appel à un mouvement plus fort et plus radical : le 22 mars 2018 devait ainsi préfigurer le retour du printemps 1968 ; voilà qu’après l’échec de la « fête à Macron » le 5 mai, le 26 doit être le prélude à un nouveau 1789 ! Mélenchon a la référence historique, il n’est pas sûr cependant qu’il soit dans le sens de l’histoire. En situant le combat sur la seule scène nationale dans un pays qui a compris que certaines réformes – du marché du travail, du transport ferroviaire, de l’université – étaient nécessaires, Mélenchon a « mis à côté de la plaque » (de Gaulle). Ses déconvenues sur le terrain ne l’empêchent cependant nullement de prophétiser sa victoire à venir, dans la grande tradition de l’extrême gauche depuis Gracchus Babeuf et sa « Conjuration des Egaux » en 1796.

En attendant un hypothétique « grand soir », la perspective des élections européennes devrait toutefois le voir s’éclipser du devant de la scène au profit du Front national.

 

 

La résurrection programmée du FN

 

Victorieux sur son extrême gauche, n’ayant rien à craindre d’un PS ne donnant toujours pas signe de vie et ne pouvant que le suivre dans sa volonté de faire l’Europe, Emmanuel Macron va se préparer à affronter son deuxième adversaire favori, le populisme de droite, dans un scrutin qui lui permet d’occuper tout l’espace de la droite de gouvernement : les Européennes. Que ce populisme se nomme Wauquiez, Dupont-Aignan, Philippot ou Le Pen (Marine ? Marion ?) lui importe sans doute assez peu même si à ce jeu-là, il le sait, c’est toujours Le Pen qui gagne !

L’échéance de 2019 devrait donc être principalement un duel entre LRM et le FN, le mode de scrutin proportionnel favorisant la désunion et l’émiettement des adversaires du président de la République et les sondages annonçant, pour l’instant, un large succès de LRM devant un FN reléguant derrière lui non seulement la France insoumise mais encore LR, ce qui confirme au passage la stratégie suicidaire et sans issue de Laurent Wauquiez pour les Républicains.

Fort habilement du reste, le FN a déjà choisi l’Europe comme terrain d’affrontement avec le chef de l’Etat. Le 1er mai, à Nice, Marine Le Pen a organisé la « première édition de la Fête des Nations », réunissant des dirigeants de huit partis étrangers alliés, dont ceux du Parti de la liberté d’Autriche associé au pouvoir avec la droite et ceux de la Liga, l’un des vainqueurs des récentes élections législatives italiennes. Plus habilement encore, à l’inverse d’un Philippot chantre du « Frexit », Marine Le Pen, convaincue que le souverainisme a été la cause majeure de son échec dans l’entre-deux-tours en 2017, prône désormais une « autre Europe, celle des nations européennes », et privilégie les questions identitaires. Sans rejeter toute idée européenne, elle se pose donc clairement en adversaire d’Emmanuel Macron et de sa « souveraineté européenne » et dispose ainsi d’un avantage stratégique par rapport à ses adversaires dans la perspective de l’échéance de 2019.

Mais si la victoire du président de la République aux Européennes ne fait guère de doute, elle ne préfigure pas forcément d’éclatantes victoires dans les élections à enjeux nationaux de 2022, les législatives et la présidentielle, avec un scrutin majoritaire qui oblige de surcroît à des alliances électorales. Macron ira-t-il seul ou avec des alliés ?

 

                                       Macron seul ou allié ?

 

Le président de la République peut certes considérer que 2022 sera la réplique de 2017 : une illustration du « nouveau clivage » (1) entre gagnants et perdants de la mondialisation et une nouvelle victoire de LRM contre les populismes de gauche et de droite qu’il aura successivement vaincus au cours de son quinquennat. Il peut aussi méditer les leçons italiennes et constater que la réussite des réformes du Parti démocrate au pouvoir n’a pas empêché sa défaite ni le succès de la Liga et du Mouvement Cinq étoiles dans un pays devenu ingouvernable.

Macron, pour élargir sa base sociologique, peut donc chercher à faire alliance. Ni avec des populistes naturellement, ni avec des opposants irréductibles à son action. Avec qui alors ? Avec un PS dont rien n’indique le réveil ? C’est pour l’instant improbable. Avec des Républicains qui, quand ils ne l’ont pas rallié, regardent vers la droite plutôt que vers le centre ? C’est douteux.

Peut-être alors avec un courant politique qui n’a pas encore à ce jour une grande visibilité : une droite gaulliste et sociale, ancrée dans les territoires négligés par le président de la République, à l’écoute de la « France périphérique » (C Guilluy) oubliée par le pouvoir, qui « tend en permanence la main à l’Etat » et déplore que cette « main reste souvent vide » (2).

Faut-il rappeler pour accréditer ce scénario de politique fiction qu’avant 2022, il y a des élections régionales en 2021 ? …

Le recomposition politique ne fait que commencer.

 

Vincent Feré

 

(1) Jérôme Fourquet, Le nouveau clivage, éditions du Cerf, avril 2018

(2) Xavier Bertrand, L’Express du 02/05/2018

 

Photo by Augustin de Montesquiou on Unsplash

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