Michael Beach, le nouveau responsable de la stratégie digitale du parti républicain répond aux questions de Trop Libre !

03.07.20144

Trop Libre : Votre entreprise, Targeted Victory, vient de lancer un partenariat avec The Data Trust pour transformer les campagnes des Républicains aux Etats-Unis. Comment comptez-vous procéder exactement ?

Michael Beach : Jusqu’ici, les données de The Data Trust étaient utilisées uniquement pour la prospection par mail et téléphone. Comme ils ont fusionné leurs données avec celles d’Audience Exchange, nous avons désormais une technique supplémentaire pour toucher les électeurs potentiels, à savoir Internet. Ces nouvelles données sont accessibles aux clients de Targeted Victory, mais aussi en self-service aux utilisateurs de Targeted Engagement, qui est le premier produit de publicité self-service conçu exclusivement pour les politiques, et qui met les données des électeurs utilisées par les campagnes présidentielles à disposition pour toutes les campagnes à droite, quelle que soit leur ampleur.

Trop Libre : Dans quelle mesure pensez-vous que les campagnes en ligne pourront bouleverser les campagnes traditionnelles ?

Michael Beach : Notre récente étude ‘Off the Grid‘ montre que l’utilisation d’un seul canal ne permet pas de toucher une majorité des électeurs américains. Plutôt que de choisir un seul et unique moyen, les stratégies gagnantes requièrent un mix efficace pour toucher un public-cible.

Notre équipe a toujours érigé comme principe de base la nécessité de disposer d’un programme numérique solide qui représente une grande partie d’un ensemble incluant la télévision et d’autres canaux. Prouver que le numérique fonctionne et est la meilleure méthode pour atteindre une large part de l’électorat n’est pas suffisant pour affirmer que nous devrions arrêter d’acheter de la publicité à la télévision. C’est précisément ce parti du canal unique qui a contenu l’expansion du numérique dans le passé : ses opposants avançaient que ce n’était pas le meilleur choix et que par conséquent, il devait bénéficier de peu voire d’aucune ressource.

Trop Libre : En France et ailleurs, de nombreux politiques « à l’ancienne » sont bien souvent réticents pour intégrer les outils numériques à leurs campagnes. Pour se justifier, ils disent que Twitter et les mails ne remplaceront jamais une poignée de main et un meeting. Que leur répondriez-vous ?

Michael Beach : Sensiblement la même chose que pour la question 2 : il ne s’agit pas d’utiliser un seul moyen pour toucher les électeurs. Il s’agit plutôt d’aller chercher votre cible là où elle est  en utilisant le mix de canaux le plus efficace pour les atteindre. Les méthodes traditionnelles populaires et GOTV sont certes toujours efficaces, il est toutefois impossible d’atteindre tous les électeurs potentiels en toquant à leur porte, en les appelant par téléphone ou en allant leur serrer la main. Les méthodes numériques contribuent à combler le vide et à diversifier les campagnes grâce à une autre méthode pour toucher les électeurs potentiels.

Trop Libre : Aux Etats-Unis, Barack Obama et les Démocrates ont été les premiers à utiliser le « big data » et la puissance des outils numériques. Il semble qu’aux Etats-Unis et en Europe, les partis conservateurs soient souvent très frileux pour utiliser les outils numériques dans leurs campagnes et qui plus est en retard par rapport aux autres. Comment expliquer ce phénomène ?

Michael Beach : Dans le passé, il n’y a pas eu de collaboration assez efficace entre les différentes firmes gérant les données des Républicains. Un des défis les plus importants pour la droite est probablement de construire un écosystème que nous n’avions pas jusqu’alors. Nous disposions de nombreuses données récoltées par mail, par téléphone et par Internet, mais jusqu’à récemment, nous n’avions pas de plateforme centrale où les rassembler.  Les Démocrates ont dû entièrement reconstruire leur écosystème suite à leur défaite de 2004. On constate un mouvement similaire du côté des Républicains aujourd’hui, mais nos objectifs sont bien différents, et ce de plusieurs points de vue.

Trop Libre : Aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, les mouvements dits « populistes » mettent la pression aux partis conservateurs traditionnels (GOP, UMP, Tories). Comment analysez-vous cela ?

Michael Beach : En Amérique, les primaires permettent aux courants minoritaires d’un parti d’avoir un impact décuplé en leur offrant une tribune le jour de l’élection. Les Démocrates devraient ou vont connaître des enjeux semblables étant donné que leurs candidats modérés doivent intégrer des défis primordiaux venant de la gauche, en particulier de ceux qui soutiennent des mouvements comme Occupy Wall Street. C’est ce que l’on commence à voir, malgré toute l’attention dont bénéficie la Secrétaire d’Etat Clinton pour ses discours rémunérés 300k dollars dans des universités financées par le contribuable.

 

A lire également en version anglaise

Trop Libre : Your company, Targeted Victory, has just launched a partnership with The Data Trust, to transform Republican campaigns in the United States. How will you do that exactly?

Until now, The Data Trust’s data was only used for mail and phone outreach. By onboarding their data into Audience Exchange, we now have additional medium to touch these potential voters – online.This new data segment is available to Targeted Victory clients, but also available to self-service Targeted Engagement users. Targeted Engagement is the first self-service advertising product built exclusively for politics, and offers the voter data used by presidential campaigns to campaigns of ALL SIZES on the right. ·

Trop Libre : To what extent do you think digital campaigning will change traditional campaigns?

Our recent “Off the Grid” study proves that no single medium reaches a majority of American voters. Instead of choosing one medium, winning strategies require an efficient mix of mediums to reach a target audience.

Our team has always made a strong argument about the need for a robust digital program that is a large piece of an overall mix that includes television and other mediums. Proving that digital works and is the best method to reach a large chunk of the electorate is not reason enough to say that we should stop buying television advertising. It is this “zero sum” type mentality that has kept digital spends so low in the past because opponents would argue that it was not the best medium and therefore should get little to no resources.

Trop Libre : In France and other countries, many « old-fashioned » politicians often are reluctant to using digital tools in their campaigns. They argue that « twitter » and an email will never replace a shakehand and an electoral meeting. What would you answer them?

Similar to question 2, it’s not about using one medium to reach voters. It’s about finding your target audience where they are and using the most effective mix of mediums to reach them. While traditional grassroots and GOTV methods are still effective, it’s impossible to reach every potential voter with a door knock, phone call, or with an in person handshake. Digital methods help close the gap and give campaigns another method to touch potential voters.

Trop Libre : In the United States, the Democrats with Barack Obama were the first to use « big data » and the full power of digital tools. It seems that in the US and in Europe, Conservative parties are often very reluctant and very late to use digital campaign tools. How do you explain this?

In the past, there hasn’t been enough effective collaboration between Republican data firms. Probably one of the biggest challenges on the right is that we didn’t really have an ecosystem. There was a lot of mail, phone and digital data, but until recently we haven’t had one central hub where all this data lives. The Democrats had to re-build there entire ecosystem from the ground up following their defeat in 2004.  You are seeing a similar movement on the Republican side now, but where we end up will be different in many ways.

Trop Libre : In the United States as well as in Europe, traditional conservative parties (GOP, UMP, Tories) are being put under pressure by more « populist » movements. How do you understand that ?

In America, primaries offer the most vocal parts of a parties base an outsized impact since they show up on Election Day.  The Democrats should/will see a similar issue as their moderate candidates get primary challenges from the left by supporters of such movements as Occupy Wall Street.  You are starting to see that with all of the attention that Secretary Clinton is getting for her $300k paid speeches at tax payer funded colleges.

About Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie. Membre du Conseil scientifique et d'évaluation de la Fondation pour l'innovation politique Responsable du média Trop Libre

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