Menaces sur la Science et le Progrès

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Marcel Kuntz, OGM, la question politique, Presses Universitaires de Grenoble, 2014, 144 p, 17€.

OGM, la Science du slogan !

L’ouvrage de Marcel Kuntz, docteur d’Etat et directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale a pour ambition première de replacer au cœur du débat la vérité sur l’Etat des recherches en matière de biotechnologies. Ainsi, l’ouvrage s’ouvre sur une présentation de ce que la Science entend par « organismes génétiquement modifiés (OGM) ». Pour comprendre «De quoi parle-ton ? », l’auteur rappelle que l’usage du concept « les OGM » est scientifiquement inexact. En effet, la notion d’OGM renvoie à des réalités diverses. Elle peut définir une espèce, la transformation d’un gène mais également une pratique agricole particulière. La principale difficulté du débat « OGM » réside précisément dans l’obligation de procéder au cas par cas. Pourtant, médias, responsables politiques de gauche comme de droite et militants anti-OGM légitiment cette falsification intellectuelle en homogénéisant constamment cet objet.

« Si pour le public (et la législation) les OGM forment une catégorie homogène ; l’évaluation des risques (et des bénéfices) distingue chaque cas ; c’est à dire espèce par espèce, gène transféré par gène transféré… »

Responsables politiques frileux et journalistes

Derrière cette stratégie d’homogénéisation de la catégorie « OGM », on assiste à un mouvement de politisation des activités scientifiques. Dans cette démarche, la Science servirait principalement à appuyer voire à justifier une posture politique, en l’occurrence relativement frileuse, depuis la constitutionnalisation du Principe de précaution.

Au delà du constat, Marcel Kuntz dénonce la prolifération de discours pseudo-scientifiques qui valorisent les initiatives citoyennes et partisanes au détriment de véritables expertises menées par les chercheurs. Marcel Kuntz donne l’exemple du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) fondé par Corinne Lepage. Selon lui, le Criigen symbolise cette « science parallèle » qui habille du label scientifique des publications qui se trouvent en réalité être de formidables « opérations de communication ». Bien que les conclusions de la désormais célèbre « étude-choc » sur les rats nourris au maïs OGM aient été réfutées par « onze agences, dans huit pays, par celle de l’Union européenne et par six académies », elles continuent de hanter les décideurs publics et l’Opinion. De fait, « la science est aujourd’hui davantage associée au risque qu’au Progrès ».

Pour des raisons qui leur sont propres, les médias mais également les responsables politiques sont friands de ces rapports et/ou études catastrophistes sur la toxicité des OGM. Alors que les instituts de recherches invalident systématiquement leurs conclusions, les argumentations rationnelles au cas par cas ne « semblent pas faire le poids face aux slogans manichéens ».

La décroissance, c’est in !

Concernant la recherche publique en matière de biotechnologies, l’auteur distingue trois phases. La première correspond à une phase d’euphorie et prend de l’ampleur à partir des années 80 avec l’arrivée de la première plante transgénique. À cette époque, les pouvoirs publics appuient cette dynamique en finançant de nombreux programmes de recherches. Le scandale de la « vache folle » (1996) précipite une évolution radicale dans la perception du Progrès par l’opinion publique et par les autorités publiques. Et ce qui devait arriver arriva : « les OGM n’évitèrent pas l’amalgame », précise Marcel Kuntz. Comme à chaque scandale, l’affaire de la « vache folle » va entrainer un durcissement de la législation nationale et communautaire et inverser le rapport de force au profit des « lanceurs d’alerte » anticapitalistes. La troisième étape consacre le retour progressif aux études de terrain.

Scientifiques, les « marginaux » de l’Agora post-moderne

Un des intérêts majeurs du livre consiste précisément à questionner la place du chercheur dans une société désormais dominée par la défiance à l’égard du Progrès scientifique. Une situation qui, selon l’auteur, ne permet pas aux scientifiques d’être audibles. La société médiatique impose au contraire ses logiques de vulgarisation et de simplification des enjeux. L’aspect technique des biotechnologies renforce ce processus qui ne permet pas au débat de se tenir dans un cadre argumentatif rigoureux. Au final, l’évaluation des risques est orientée par les gouvernants qui surreprésentent les adeptes de l’idéologie écologiste. Ces choix s’exprimèrent par exemple lors du Grenelle de l’Environnement organisé par Nicolas Sarkozy et son ministre de l’Écologie Jean-Louis Borloo. En échange de garanties sur la survivance du nucléaire, le pouvoir politique a cédé sur les OGM avant même l’ouverture du Grenelle. Pour expliquer la mise à l’écart des scientifiques, Marcel Kuntz mobilise un autre élément : dans leur communication, les chercheurs seraient concurrencés par des organisations mieux structurées (ONG, Groupes de la grande distribution, etc.).

De la radicalité écologiste

Le chapitre 7 s’apparente à une recension des actes de sabotage commis par les militants anti-OGM à l’encontre des programmes de recherches publics – le recensement étant quasiment impossible dans le cas des recherches privées. Destruction de champs ouverts et confinés, incendies volontaires, agressions physiques d’agriculteurs, la radicalité des opposants semble paradoxalement leur assurer une attention toute particulière de la part des instances politiques. La simplification des enjeux, la falsification des données scientifiques et la mobilisation d’images chocs constituent les principales ressources des protestataires. Parallèlement, le caractère transnational de certaines organisations partisanes – à l’image de Greenpeace – produit une globalisation des actions de destruction. De nombreux pays (Belgique, Suisse, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis) deviennent ainsi la cible d’attaques en règle, auxquelles les institutions politiques et juridiques accordent une bienveillance tacite, en témoigne la relaxe des faucheurs du champ OGM de l’INRA en mai dernier par la Cour d’Appel de Colmar.

Pour conclure, le principal apport de cet ouvrage a trait au caractère raisonné de l’argumentation de Marcel Kuntz. Son développement relativement accessible de tous bien que largement documenté nous invite à prendre de la distance vis-à-vis des débats tels qu’ils sont publicisés dans l’arène médiatique. Un discours qui a le mérite de s’appuyer sur les acquis de la Science.

@MathieuLYOEN

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