Mariage pour tous ! Respect pour tous !

11.01.2013Ceux qui, comme moi, sont favorables à la réforme ouvrant droit au « mariage pour tous » doivent admettre que l’on y soit opposé. Et réciproquement. On a vu, hélas, de part et d’autres, les adeptes de la confrontation et du happening, plus médiatiques qu’une discussion, manier l’injure, la stigmatisation et parfois la violence pure et simple. Chez les adversaires du mariage pour tous, quelques-uns, du côté d’une extrême droite prétendument inspirée par le catholicisme, n’hésitent pas à exprimer leur intolérance par l’insulte voire à coups de poings ; d’autres, chez les supporters du mariage pour tous, cette fois du côté d’un anticatholicisme enragé, organisent de lamentables et grossières pantomimes émaillées de slogans indignes. Si l’on peut être pour ou contre le « mariage pour tous », nous devons tous défendre le droit au désaccord et le devoir de l’exprimer dans le respect du point de vue différent.

En décembre 2011, la Fondation pour l’innovation politique publiait un document intitulé 12 idées pour 2012 portant 97 propositions de réforme. Parmi celles-ci, se trouve notamment la proposition que le mariage civil soit étendu à tous les couples d’hommes et de femmes, y compris de même sexe, dans le respect des restrictions existantes, et que l’adoption soit étendue aux couples mariés de même sexe, dans les conditions d’habilitation existantes.

En droit, le refus du mariage pour tous ne saurait évidemment se fonder sur l’idée qu’il existe unedifférence de valeur entre l’hétérosexualité et l’homosexualité. Le mariage pour tous pose donc moins la question du « couple » que celle de la « famille ». Or, il est un fait que la figure de la famille ne s’exprime plus seulement sous les traits du couple hétérosexuel marié avec enfants : les couples mariés n’ont pas toujours d’enfants et un enfant sur deux naît désormais hors mariage, tandis que les couples mariés avec enfants perdurent ou s’interrompent (un couple sur deux divorce), donnant le jour à des familles monoparentales ou à des familles recomposées, génératrices de formes nouvelles et complexes de coparentalité. La vie de couple et de famille s’organise également hors mariage (union libre et couples de fait), en concubinage ou sous le régime du PACS. La revendication de l’égalité des couples prend donc place dans un paysage marqué par les profondes transformations du schéma familial et l’émergence rapide de nouvelles parentalités. Devant cet état de fait, plusieurs pays européens ont déjà décidé, sans dommage, d’accorder à tous les mêmes droits au mariage civil, à l’adoption ou à la parentalité.

Aujourd’hui,en Europe, le thème de l’ouverture du mariage aux couplesde même sexe correspond à une demande d’égalité et non àl’affirmation d’une différence – si l’on observe une différence, elle vient plutôt du législateur qui refuse d’accorder un droit que descitoyens qui revendiquent d’y accéder comme les autres. Cette revendication d’égalité qui implique une belle demande d’indifférences’inscrit pleinement dans la matrice philosophique qui fondeet structure notre modèle politique et le droit qui en dérive.Parce que les couples de même sexe se sont progressivementintégrés dans la société essentiellement par leur contributionéconomique et fiscale, leur demande d’égalité exprime leuraspiration à contribuer pleinement à la vie de la société avec les devoirs et les droits de tous.Comme attente de droit, la demande d’« égalité descouples » consacre la souveraineté de la loi, dans la mesure oùdes citoyens souhaitent placer leur vie sous sa protection et sous sonautorité.

À ce jour, le signe le plus net du déclin culturel de la famille ne se trouve pas dans les formes de recomposition qui, au contraire, montrent la vitalité de cette unité sociale multiforme, changeante et cependant toujours là, mais dans les tendances démographiques et sociales conduisant à vivre seul ou, pour les couples, au choix de l’enfant unique, voire à l’absence d’enfant. Fondement de l’ordre social, source première de la socialisation, foyer du lien de chacun avec tous les autres, la famille doit être défendue et encouragée. C’est la famille sous toutes ces formes qu’il faut comprendre et qu’il faut défendre. La défense de la famille doit être prise en charge, sous ses formes diverses, y compris l’homoparentalité, de fait ou par adoption. En quoi un couple marié hétérosexuel et sans enfant constituerait plus une famille qu’un couple de même sexe avec enfants ? En effet, il serait étrange de défendre la norme du couple hétérosexuel, la sexualité relevant de la vie libre des individus, s’il s’agit de défendre la norme de la famille, c’est-à-dire de cette unité sociale de base au sein de laquelle des enfants sont éduqués et protégés par des parents qui les conduisent à l’autonomie de la majorité.

Le « mariage pour tous » contribue à ordonner la pluralité des formes familiales en les plaçant toutes sous la protection et les contraintes de la loi. La demande de « mariage pour tous » accomplit l’ordre social parce qu’elle protège la famille et l’ordre politique parce qu’elle affirme un attachement aux valeurs de liberté et d’égalité ainsi qu’à la loi qui les réalise.

Dominique Reynié est professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.

Crédit photo : Flickr, Assassin de la police

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