Maison des Européens : garder la mémoire de l’Europe

Drapeaux européens devant le BerlaymontLe mois dernier, la Maison des Européens ouvrait ses portes à Bruxelles. Située à quelques encablures du Parlement européen, elle doit favoriser une meilleure connaissance de l’histoire et de la construction européennes.

Création, réhabilitation, concrétisation

En 2007, dans son discours d’investiture à la présidence du Parlement, Hans-Gert Pöttering lance l’idée d’une Maison de l’Histoire européenne. « Permettre à tous les Européens de toutes les générations d’approfondir la connaissance qu’ils ont de leur propre histoire », tel était l’un des grands objectifs de ce nouveau musée. En 2011, un concours international d’architecture est proposé, pour réhabiliter l’ancienne clinique Eastman devant accueillir la future Maison de l’Histoire. Trois cabinets d’architectes le remportent : un français, un belge et un allemand. Dès sa genèse, le musée est définitivement ancré dans l’Europe.

L’aménagement et la mise aux normes (européennes, bien sûr) du bâtiment aura mis 5 ans et coûté 31 millions d’euros, dont 10 millions pour traduire les expositions dans les 24 langues officielles de l’UE, et la constitution de la collection permanente.

Originalité de la Maison des Européens

Contrairement au Parlamentarium, autre musée européen situé au pied du Parlement à Bruxelles qui permet au visiteur de découvrir le fonctionnement des institutions européennes, la Maison des Européens propose de découvrir l’histoire de l’UE à travers le continent. L’idée du Parlement européen derrière cette initiative est d’inviter les citoyens à se souvenir des erreurs du passé pour ne pas les reproduire à l’avenir. En ces temps troublés pour l’Europe, l’institution pense particulièrement à la poussée du nationalisme sur son sol.

L’exposition permanente s’étend sur plus de 4 000 m² et porte sur la manière dont l’histoire a façonné la mémoire européenne et continue à influencer notre vie. L’exposition temporaire, quant à elle, présente ce qui relie les Européens entre eux. Plus interactive, elle invite les visiteurs a s’allonger sur un lit pour écouter un conte de Grimm ou s’installer à table pour découvrir des anecdotes culinaires. Au total, ce sont plus de 1500 objets provenant de 3000 musées européens qui sont rassemblés dans les deux expositions.

Mais le véritable coup de maître a été d’offrir un panorama transnational de l’histoire européenne contemporaine, en tenant compte de la diversité des nations et des peuples qui les composent, de leurs langues, de leurs cultures, ou de leurs coutumes. L’objectif ? Montrer que l’Europe est plurielle, et riche de cette pluralité.

Un musée à la gloire de l’Europe ?

« Ce musée porte sur les choses que nous avons en commun, sur les évènements que nous avons vécu ensemble » a déclaré Antonio Tajani, l’actuel président du Parlement européen, lors du discours d’inauguration de la Maison des Européens, le 4 mai dernier. Ce musée était absolument nécessaire dans une période comme celle que nous traversons. Au moment où elle est vivement critiquée et alors que le Royaume-Uni s’apprête à quitter le navire, il fallait affirmer que l’UE est soudée, unie et fière de son histoire.

Il ne s’agit cependant pas d’un musée à la gloire de l’Europe, qui ne présenterait que ses qualités en mettant sous le tapis ses défauts. Au contraire : un livre blanc de 80 000 feuilles sur 6 mètres de long, œuvre d’un artiste néerlandais, trône au milieu de la Maison des Européens, et représente la lourdeur de l’acquis communautaire. Preuve, s’il en est, que l’UE est lucide sur les reproches qu’on lui fait.

A côté, on trouve également le Prix Nobel de la Paix qu’elle a reçu à Oslo en 2012. L’idée est d’expliquer que rien n’est tout noir ou tout blanc, mais que l’Europe connaît, depuis 1945, la plus longue période de paix de son histoire. Le Parlement espère qu’en faisant découvrir la construction européenne aux jeunes générations, ces dernières sauront préserver l’unité et la paix qui règnent en Europe depuis plus de 70 ans.

Comme le soulignait déjà Tomáš Marasyk, ancien président tchécoslovaque de 1918 à 1935 : « Si la démocratie a des défauts, nous devons combattre ces défauts, pas la démocratie ».

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