Macri ne perd pas de temps

macri tempsMacri ne perd pas de temps

Par François Chardin

Quelques semaines seulement après son entrée à la Casa Rosada le nouveau Président argentin Mauricio Macri a engagé une série de réformes économiques. Il a d’ores et déjà réduit les droits de douanes sur certains produits agricoles, levé les contrôles de change et ramené le peso à un niveau plus crédible. L’objectif affiché est clair : faciliter le quotidien des Argentins tout en redonnant confiance aux investisseurs étrangers.

Très tôt M. Macri a diminué voire supprimé la plupart des barrières à l’exportation de matières agricoles, ressource clé de l’économie du pays. Cela a été le cas pour les produits céréaliers comme le blé ou les viandes bovines. Les producteurs de soja, premiers exportateurs du pays, ont même vu les tarifs douaniers diminué de 30 à 35% depuis deux semaines : une aubaine pour une économie au ralenti.

De plus, le président argentin a levé le grand système de contrôle des changes mis en place sous l’ère Kirchner. El cepo, la pince, empêchait la plupart des Argentins d’acheter du dollar préféré par les épargnants au Peso sujet à une inflation galopante. L’objectif était de protéger les réserves de devise de la Banque Centrale afin d’intervenir sur les marchés pour conserver le mythe d’un peso fort. Au lieu de cela, un système parallèle s’est développé autour des cuevas, ces agences de change souterraines très répandues qui achètent du peso à un taux avantageux. Le nouveau ministre des finances Alfonso Prat-Gay a donc annoncé le 16 décembre la fin de ce système archaïque laissant place à une dévaluation de près de 29%.

Ces décisions, remarquables par leur rapidité et leur superposition, pourraient toutefois poser deux problèmes de taille. D’abord la dévaluation du peso a entraîné une augmentation brutale du prix des importations et de l’inflation qui était déjà de 25% lorsque Macri a été élu. Le scénario d’une spirale inflationniste prix-salaire serait donc à craindre. Pour y faire face, la banque centrale a relevé ses taux d’intérêts sur les échéances à court terme de plus de 8 points de pourcentage. L’idée est de convaincre les représentants des entreprises de contrôler leurs prix. Cependant le gouvernement doit à tout prix éviter que cette hausse des taux d’intérêt devienne une tendance de long terme au risque de voir l’investissement connaître une forte baisse. Pour montrer sa volonté de contrôler les prix, le gouvernement sera donc tôt ou tard contraint de diminuer le déficit public qui devrait être supérieur à 6% du PIB pour 2015.

Un second risque auquel pourrait faire face Macri est la faiblesse des réserves de devises de la Banque Centrale. En effet, pour contrôler la dévaluation et éviter qu’un peso en flottement pur ne vienne faire s’envoler l’inflation le ministère des finances a depuis l’élection tenté de les préserver. Ils espèrent les augmenter de 25 à 35 milliards de dollars cette année. Un accord avec la Chine a été signé en décembre pour convertir des réserves de yuans en dollars à hauteur de 3,1 M$.

Les conditions du succès ne sont donc pas toutes encore remplies. Pourtant, les mesures de Macri attirent l’œil des investisseurs étrangers à commencer par ses voisins sud-américains. En effet, un retour si rapide à une économie de marché ne connaît pas beaucoup de précédent et pourrait devenir un modèle d’école pour certains pays en développement. La banque Barclays a estimé que si l’économie argentine devrait à nouveau être en récession en 2016 à hauteur de 1,1%, elle devrait retrouver le chemin de la croissance en 2017 avec une augmentation du PIB à prévoir de 3,7%. Reste à savoir si la confiance du peuple argentin qui permet à Macri d’avancer aussi vite durera jusqu’à cette date.

Cet article est publié en partenariat avec Hémisphère Droit

Hémisphère Droit HEC

crédit photo : flickr Pro Argentina