Plaidoyer réaliste pour l’Europe

24.01.2013Plaidoyer réaliste pour l’Europe

Alexandre Adler, La France européenne : le grand tournant, 2012, Plon, Tribune Libre, 18€, 152 pages

Alors que nous venons de célébrer le 50 anniversaire du traité de l’Elysée et que la Grande-Bretagne remet en question sa place au sein de l’UE, le dernier livre d’Alexandre Adler, « La France européenne : le grand tournant » revient sur les fantasmes et illusions qui caractérise le débat sur l’Europe, et lui apporte un nouvel éclairage. À travers un texte, court, emporté, plaisant, l’auteur nous délivre un message clair : la sortie de la crise –économique et politique – passe par un approfondissement de l’idée européenne, lequel devra se traduire de manière concrète sur le plan des institutions. Loin de toute idéalisation, l’ouvrage une réflexion pertinente sur l’avenir du continent et le rôle que la France peut y jouer.

L’Europe, une construction historique

À la fois historien et expert des relations internationales, Alexandre Adler mêle ici les deux disciplines. Son analyse stratégique des enjeux européens s’appuie ainsi sur la profondeur de la discipline historique.  L’auteur rappelle par exemple le rôle multiséculaire de l’Allemagne dans la construction européenne, à l’encontre d’une certaine germanophobie française toujours latente. Le Saint Empire romain germanique n’est-il pas une première ébauche réussie d’unification des peuples du continent ? Les va-et-vient temporels opérés par l’ouvrage le rendent particulièrement plaisant à lire. Ils donnent leur épaisseur aux événements actuels et, reliant l’histoire au présent, nous la rendent plus vivante.

La crise du modèle européen

Alexandre Adler remet en cause une vision trop simpliste de la crise actuelle. Aux yeux de l’auteur, c’est, au-delà des dérèglements économiques, une crise de gouvernance qui touche l’Europe.

L’Union est selon lui arrivée au bout de l’ambivalence qui a prévalue au cours de sa construction et depuis l’origine, lorsque Charles de Gaulle et Jean Monnet lui donnèrent naissance. Il n’est plus possible de voir cohabiter harmonieusement l’Europe des nations chère au premier, où s’expriment librement les intérêts de chaque État, et l’ambition du second de voir émerger un gouvernement de techniciens. C’est au dépassement de ce paradigme contradictoire qu’appelle le titre de l’ouvrage, qui propose  un « grand tournant ».

À cette crise du projet européen, Alexandre Adler propose d’apporter deux réponses.

Une nouvelle approche de l’intégration européenne

Une première piste, d’ordre général, consiste à trouver une nouvelle méthode d’intégration politique des États européens. À cet égard, l’auteur distingue entre les projets d’intégration réaliste et les ambitions irréalistes, souvent portées par les eurosceptiques dans l’espoir de n’obtenir aucun résultat. Selon Alexandre Adler, le réalisme consisterait à proposer une coordination accrue des États membres sur le plan politique quitte à envisager un statut intermédiaire pour les États qui ne le désireraient pas, comme par exemple l’Angleterre. Cette proposition n’est pas en soi novatrice mais elle a le mérite d’être ici formulée avec clarté.

Défense de l’euro

La deuxième solution avancée par l’auteur concerne les problèmes que rencontre la monnaie unique. Au-delà des propositions techniques – eurobonds, zone euro à deux vitesses avec euromarks et euroSud, Alexandre Adler revient sur les avantages et défauts de la monnaie unique. En usant  une fois encore d’histoire, l’auteur nous aide à mieux comprendre l’euro, son caractère bénéfique et les problèmes qu’il rencontre aujourd’hui. L’ouvrage nous avertit contre le scénario du pire : celui d’une sortie généralisée de l’euro qui se traduirait par une hyperinflation, une paupérisation de la population et la montée de mouvements populistes (il est permis de penser aux années 1930).

La France à l’heure de l’Europe

Avec constance, l’ouvrage nous rappelle une réalité, si évidente que nous tendons à l’oublier : la France est dans l’Europe et son poids, à l’heure de la mondialisation ne lui permet plus de peser comme auparavant. Ainsi, selon l’auteur, il faut en finir avec la fiction d’une France grande puissance et reconnaître à l’inverse que l’Europe constitue une chance inédite pour la France de répondre aux défis de la nouvelle donne mondiale.

Ainsi, dans le domaine énergétique, c’est en faisant jouer la synergie avec les autres États membres, que nous pouvons faire face à la Russie. De même, les pays d’Amérique latine, zone privilégiée d’échanges pour l’Espagne et le Portugal, pourront devenir des partenaires de choix dans le commerce des matières premières. Ces pistes de coopération tranchent avec le discours ambiant qui voit la France « travailler pour le roi de Prusse » pour reprendre le mot de Voltaire.

Horizon dégagé

Si les solutions proposées dans l’ouvrage ne sont pas toutes inédites, elles ont l’immense mérite de la cohérence.  Adler prend soin de les rattacher à une vision bien identifiée de l’Europe, inscrite dans l’histoire et surtout dépassant le vieux débat entre fédéralisme et souverainisme. Ce faisant, il nous propose une vision claire de l’avenir de la France dans l’Europe.

Jean Sénié

Crédit photo : Flickr, y.caradec

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