L’innovation politique par les think tanks (8°)

plate-223322_640Devant la complexité des structures économiques et techniques ou encore les possibilités inédites introduites par la biologie, le monde moderne ne permet plus à la sphère politique d’agir seule. Il s’agit d’une conséquence logique de l’apparition de nouvelles disciplines de plus en plus cloisonnées (microéconomie, géographie urbaine, anthropologie des comportements, etc.). Ainsi, la demande d’expertise est croissante. Aussi, constate-t-on un essoufflement de la société politique dans sa capacité à se renouveler et à proposer des idées novatrices. De là la nécessité de voir émerger de nouvelles instances à même de compléter ce pouvoir par un savoir accru du monde moderne. C’est précisément le rôle et la place des « laboratoires d’idées » (think tanks).

Les crises auxquelles nous faisons face nous amènent à déployer nos capacités d’imagination et d’invention. En effet, les grands changements qu’elles impliquent nous imposent de penser différemment car elles ne se contentent pas de simples ajustements. Les crises peuvent ainsi être une opportunité en ce qu’elles poussent à avoir des idées novatrices qui s’inscrivent dans un paradigme nouveau, soit un mode de pensée fécond caractérisé par des concepts, des méthodes et des instruments nouveaux qui doivent être en rupture avec ceux connus jusqu’alors. Autrement dit, les crises exigent à la société d’être innovante.

L’innovation politique consiste, à partir de l’observation des expériences passées et présentes, et de l’évaluation des perspectives, à mettre en avant des idées nouvelles. La distinction entre science positive, science normative et art établie par John Neville Keynes (1890) éclaire ce propos. D’une part, l’innovation politique consiste à définir une fin donnée (science normative) c’est-à-dire à décrire comment la société devrait être : il s’agit de déterminer les valeurs (http://www.fondapol.org/etude/valeurs-partagees-sous-la-direction-de-dominique-reynie/) et les principes que nous souhaitons pour la société de demain. D’autre part, elle consiste en la formulation de recommandations (http://www.fondapol.org/category/12-idees-pour-2012/page/2/) qui nous permettent d’arriver à cette fin donnée (art). Afin que ces idées nouvelles deviennent réalité, elles doivent chercher à rassembler, ce qui passe nécessairement par leur diffusion. C’est à ceux qu’Hayek appelle les « second-hand dealers in ideas » que revient le rôle de diffuseur d’idées.

C’est dans le contexte de crises (qui appellent à l’innovation politique) que le think tank, véritable lieu de débat et de réflexion, trouve toute son utilité. Non partisan, revendiquant des valeurs qu’il s’attache à illustrer et à promouvoir, à but non lucratif, un think tank œuvre pour le bien commun. Son rôle est de proposer des innovations, au travers de la rédaction d’études, de notes et de rapports, qui peuvent être traduites en termes politiques. Il regroupe pour cela des experts et des professionnels chargés de réfléchir sur des questions dans divers domaines (politique, économique, technologique, sociétal, social, etc.). En ce sens, les think tanks sont un lien entre le monde du savoir, de la recherche et le monde politique.

 

Julien Monardo,
étudiant à l’ENS Cachan,
en stage à la Fondation pour l’innovation politique.

crédit photo: AaronY

 

Références :

Dominique Reynié (dir.), Valeurs partagées, Fondation pour l’innovation politique, Paris, P.U.F, mars 2012.

http://www.fondapol.org/etude/valeurs-partagees-sous-la-direction-de-dominique-reynie/

Fondation pour l’innovation politique, 12 idées pour 2012. Décembre 2011. http://www.fondapol.org/category/12-idees-pour-2012/page/2/

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