Les taxis face au défi de la modernité

11.07.20147Les taxis face au défi de la modernité

Marie-Xavière Wauquiez, Taxis : l’avenir en 3D, Ecosphère, 2014, 10 €.

Dans son ouvrage fraîchement publié intitulé Taxis. L’avenir en 3D, Marie-Xavière Wauquiez expose un panorama du métier, de ses composantes, de ses contradictions et de ses atouts pour sortir de la crise qu’il confronte aujourd’hui. Spécialiste de l’environnement, du développement durable et de la mobilité des personnes, l’auteure a une vraie légitimité à délivrer son point de vue résolument optimiste sur la question, d’autant plus que son œuvre est le résultat d’une scrupuleuse étude de terrain qui rassemble témoignages, données techniques et regard historique.

Un sujet d’actualité

Elle se positionne par ailleurs comme force de propositions pour envisager la sortie de crise des taxis, « sujet médiatique de choix » depuis début 2014 : le 13 janvier, une première manifestation a éclaté[1]. Une deuxième manifestation a eu lieu le 11 juin, en même temps que la grève SNCF[2], ce qui a donné d’autant plus de résonnance aux revendications qui reposent sur la définition de conditions durables pour une concurrence équilibrée entre taxis et VTC. Ces-derniers, nouveaux arrivés dans le paysage des transports, sont des voitures de tourisme avec chauffeur, « autorisant toute personne, titulaire du permis de conduire depuis plus de 3 ans, à se lancer dans l’activité de chauffeur privé, sous réserve du versement de 100 euros auprès d’un organisme dépendant du ministère du Tourisme ».  Ce nouveau concept menace les taxis qui sont par conséquent face à une impasse.

S’adapter ou mourir

Un dilemme se pose alors aux taxis : résister à une évolution souhaitée par les clients vers un meilleur rapport qualité-prix ou saisir cette opportunité pour passer à la modernité. L’auteure évoque alors J. Schumpeter et sa théorie de la destruction créatrice[3], processus constant dans nos sociétés : si la modernité impose la mort de l’existant, elle donne jour à des innovations. Appliqué à notre sujet et rejoignant la théorie darwinienne, ce processus met en évidence l’impératif auquel les taxis doivent faire face : celui de s’adapter à leur temps, sans quoi ils ne tarderont pas à disparaître. Pour aller dans ce sens, Marie-Xavière Wauquiez propose trois axes de changement : la mobilité durable, l’écoute des clients, et la communication.

Les taxis : un maillon indispensable de la chaîne de mobilité durable

Contrairement aux idées reçues, les taxis sont les bons élèves de l’éco-responsabilité, si tant est qu’ils soient complémentaires des transports en commun. En effet, les taxis sont pertinents aux moments de moindre fréquentation. Actifs aux heures de pointe, ils vident les transports publics qui perdent en rendement. D’un point de vue temporel, le rythme de leur activité doit donc être raisonné. D’un point de vue environnemental, le taxi est beaucoup plus avantageux que la voiture individuelle qui est responsable de la congestion de l’espace public, et par conséquent d’une production accrue de gaz à effet de serre et de pollution. Les taxis sont donc une solution pour économiser l’espace public et l’énergie ainsi que pour préserver la qualité de l’air en milieu urbain dense. Finalement, les taxis peuvent permettre à la société de réaliser des économies considérables et  font résolument partie de la ville durable.

Le client toujours roi

Par ailleurs, les attentes des clients ne cessent d’évoluer, en parallèle des nouveaux moyens de communiquer. Pour les taxis, il s’agit non seulement de conserver les clients acquis, mais aussi d’en conquérir de nouveaux. En tant que la clientèle est permanence connectée sur les écrans, on ne peut concevoir aucun avenir pour la profession sans l’appropriation de ces nouveaux usages, d’autant plus que c’est précisément ce qui fait le succès des VTC : l’application Uber propose au client, grâce à la géolocalisation, de commander un véhicule personnalisé depuis son smartphone, de connaître le prix de sa course en amont, et de payer en ligne par le débit automatique du compte. Sans compter le service pendant la course : le véhicule est propre et confortable, le chauffeur aimable et en costume-cravate, des bouteilles d’eau sont offertes, un chargeur de portable est à disposition, et le client peut choisir l’ambiance sonore. Les taxis se doivent donc de jouer sur le même terrain.

Communiquer, l’impératif catégorique de la modernité[4]

Enfin, les taxis souffrent d’une mauvaise réputation car ce sont les grèves – qui assez souvent dégénèrent – qui font l’objet de leur médiatisation. Les taxis n’ont donc pas d’autre choix que de communiquer constamment en direction de trois cibles : les clients, les acteurs institutionnels et les générateurs de course. Et ce grâce aux NTIC, qui, au-delà d’être l’arme de leurs concurrents, peuvent être le levier de développement de la profession : ces outils peuvent permettre de faciliter la prise de commande, le règlement et l’évaluation de la course.

Epilogue

En définitive, l’auteure préconise principalement deux choses : d’une part, l’adaptation de la structure du marché pour le renforcer. En effet, selon elle, il n’est pas « raisonnable » de payer une licence plusieurs centaines de milliers d’euros pour avoir le droit d’exercer ; il faudrait aussi développer une fiscalité attrayante pour éviter le marché noir. D’autre part, il conviendrait de faire le point sur les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces des taxis afin de mettre en œuvre une stratégie offensive d’expansion qui intègre la revalorisation de la formation initiale pour mettre la qualité de service au cœur des enseignements. Car, à l’instar de Jacques Lévy dans la préface de l’ouvrage Où vont les taxis, plus l’accès à la profession est facilité, plus l’offre de services est importante pour le client. Car c’est là tout l’enjeu de la modernisation du métier : être résolument tourné vers l’usager.

Marie-Xavière Wauquiez est diplômée de l’Université de Technologie de Compiègne en 1996, Marie-Xavière Wauquiez est ingénieure en Génie Chimique.  En 2006, elle est  Responsable Développement Durable dans un opérateur de transports publics, d’où son intérêt pour la mobilité des personnes. A ce moment-là, elle s’intéresse déjà aux taxis et à leur rôle social et environnemental. En 2010, elle devient Consultante indépendante en développement durable auprès des collectivités locales. Elle donne également régulièrement des cours sur la mobilité durable et la responsabilité sociale des entreprises.

Retrouvez l’ouvrage sur Twitter @Taxis3D

Par @MarionB_M

[1] « Les chauffeurs de taxi manifestent lundi contre la « concurrence déloyale », 13/01/2014, page consultée le 13/06/2014

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/13/manifestation-des-chauffeurs-de-taxis-lundi_4346735_3234.html

[2] « Grève de la SNCF et des taxis : les transports d’Ile-de-France en alerte rouge », 10/01/2014, page consultée le 13/06/2014

http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/greve-sncf-et-des-taxis-mercredi-sera-une-journee-noire-a-paris-et-en-ile-de-france-10-06-2014-3911443.php

[3] Capitalisme, Socialisme et Démocratie, 1942

[4] Expression empruntée à Erik Neveu dans son ouvrage La Société de communication ?

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