Les Républicains Sciences Po : « Conséquences d’une sortie de l’Euro »

Depuis quelques années, l’Euro es28298883854_39f28634aa_zt devenu le bouc émissaire idéal des responsables du Front National qui ne cessent de le rendre responsable de la faible croissance, du chômage de masse ou d’une soi-disant augmentation des prix. À les entendre, un retour au bon vieux Franc nous permettrait de renouer avec la croissance et la prospérité pour les siècles à venir.

Pourtant, c’est un euphémisme de dire que le Front National a du mal à être crédible et peine à convaincre les français qui se doutent bien qu’un retour au Franc nous ferait rentrer dans une période d’instabilité. D’ailleurs, selon les différentes enquêtes (sondage Viavoice du 5 mai 2014), environ 60 % des français sont opposés à une sortie de l’Euro.

Étudions maintenant les conséquences les plus probables d’une sortie de l’Euro, assortie d’une dévaluation de 20 % du nouveau Franc.

1. Explosion de la dette et des taux d’intérêts

Pour tenter de convaincre que la dette publique n’exploserait pas, le Front National brandit une loi monétaire, la lex monetae, qui permet à un État de rembourser ses obligations dans sa nouvelle monnaie si celles-ci ont été émises sous un contrat de droit national. Comme 97% de notre dette a été émise en contrat français, il serait très simple de la redénominer en nouveau Franc sans qu’elle n’augmente.

Mais il faut bien se douter que nos créanciers n’accepteront jamais une décote de 20% sur leurs prêts. Ils attaqueront l’État français en justice au nom de la rupture de contrat, et que se passera-t-il si les tribunaux internationaux condamnent la France à rembourser l’intégralité de sa dette en Euros ? Même si les tribunaux déboutent les créanciers, leur confiance sera rompue, et ils remonteront les taux d’intérêt pour se prémunir d’un risque de défaut.

Or, si les taux d’intérêts augmentent, la dette coûte plus cher, et l’État doit trouver de nouvelles sources de financement.. Selon la Direction Générale du Trésor, si actuellement la France avait le même taux d’intérêt qu’au début des années 2000 (environ 4,5%), elle aurait dû payer 87 milliards d’Euros en intérêts en 2014, au lieu de 46 milliards. Imaginez alors combien coûterait une hausse des taux suite à un retour du Franc. Le gouvernement Front National serait obligé d’augmenter la fiscalité, et de renier une de ses promesses électorales.

L’autre solution serait de refuser de rembourser une partie de la dette et de faire défaut partiel. Cette situation s’est produite en Argentine il y a quelques années, mais le Front National est étrangement silencieux sur cet exemple. En décembre 2001, le président argentin décide de supprimer le taux de change fixe entre le Peso et le Dollar américain. Les conséquences ne se font pas attendre : le Peso se dévalue de 55%, la dette publique triple, et le PIB dégringole de 60% entre 2001 et 2002..N’ayant plus les moyens de rembourser sa dette, le pays décide de faire défaut sur l’équivalent de 84 milliards d’Euros. Les marchés financiers ferment leurs portes et pour faire face aux dépenses courantes, le gouvernement argentin utilise la planche à billets, ce qui entraine une explosion des prix. Aujourd’hui encore, l’inflation reste de l’ordre de 40% par an.

Si la France ne rembourse pas l’intégralité de ses obligations, il se passera exactement la même chose : pour faire face à une probable fermeture des marchés financiers, le gouvernement Front National imposera à la Banque de France d’utiliser la planche à billet pour financer notre dette et nos dépenses publiques. Une idée très simple sur le papier mais qui fait des ravages dans la réalité. En inondant le marché de monnaie, la Banque de France fabriquera une inflation galopante, et la hausse des prix sera telle que les petits épargnants et les classes moyenne seront ruinés, comme en Argentine.

Il ne faut pas oublier la dette privée, en cas de dévaluation de 20% du nouveau Franc, toutes nos dettes vis-à-vis de l’étranger augmenteraient de 20%. Or, les français doivent près de 2400 milliards d’euros aux créanciers étrangers. Une sortie de l’euro aurait pour conséquence la faillite de milliers de PME qui ne pourront pas faire face à ces nouvelles dépenses.

 2. Bankrun et fuite des capitaux

Au delà de la dette, une sortie de l’euro aurait également de graves conséquences sur l’épargne que les ménages ont acquis au cours de leurs années de travail. Pour éviter que leur épargne ne perde de sa valeur suite à une dévaluation, les français se précipiteront dans les banques afin de retirer leurs économies et les transférer à l’étranger. Au bout d’un certain moment, les banques n’auront plus assez de liquidité pour satisfaire aux retraits ; elles devront fermer leurs guichets, comme ce fut le cas en Argentine en 2001 et en Grèce en juin dernier. Sans argent, les banques ne pourront plus financer les investissements des entreprises, et devront restreindre les crédits, ce qui paralysera l’économie. Le gouvernement devra en outre instaurer un contrôle des changes et bloquer les capitaux afin d’éviter une nouvelle fuite.

 3. Inflation importée et perte de pouvoir d’achat

Il faut se douter que la monnaie unique ne survivrait probablement pas à un retrait de l’un de ses principaux membres, ce qui enclencherait un retour aux monnaies nationales. Si la France dévalue son nouveau Franc de 20%, nos entreprises exportatrices auront aussitôt un avantage compétitif par rapport aux autres pays européens car elles vendront pour moins cher. Ici s’arrête l’argumentaire du Front National qui a la fâcheuse tendance à résonner en ceteris paribus, en pensant que les autres pays resteront sans réagir face aux actions de la France.

Si les produits français sont 20% moins chers que les produits concurrents, les autres pays européens réagiront en dévaluant également leur monnaie pour rester compétitifs, déclenchant une guerre des monnaies. Les effets bénéfiques de la dévaluation françaises seront donc rapidement annulés.

De plus, en cas de dévaluation, si nos produits seront moins chers à vendre à l’étranger, tous les produits que nous importons coûteront plus chers : les matières premières, les voitures, les téléphones portables, les télévisions… Pour le Front National, cette inflation importée est une bonne nouvelle car elle permettra aux entreprises qui fabriquent en France d’être plus compétitives. Toutefois, à l’heure de la mondialisation, presque plus aucune entreprise ne fabrique des télévisions, des ordinateurs ou des téléphones portables en France. Une dévaluation renchérira donc le prix de tous les produits technologiques sur le marché.

En entrant dans la zone Euro, la faiblesse des taux d’intérêt aurait dû nous inciter à faire des réformes structurelles, mais nous avons préféré laisser filer nos dépenses publiques et notre endettement. Au lieu d’avoir le courage d’engager les réformes, le Front National propose une solution de facilité : un retour au Franc suivi d’une dévaluation de 20%, en essayant de nous faire croire que la dévaluation est la réponse à tous nos problèmes. Curieusement, il évite soigneusement de parler des trois dévaluations de 1981, 1982 et 1983 qui n’ont pas permis à la France de gagner en compétitivité, et qui ont même aggravé notre balance commerciale, ce qui a conduit au tournant de la rigueur.

Une sortie de l’Euro ne serait rien de moins qu’un suicide économique : d’après une étude de la banque ING, les conséquences sur l’économie française se traduiraient par un recul de 4% du PIB la première année, et de 10% cumulé trois ans plus tard. Dans une interview au Parisien, Jacques Sapir lui-même explique que le retour au Franc n’aurait pas que des effets positifs pour le consommateur car de nombreux produits importés coûteraient plus chers. 

Prétendre que l’Euro empêche tout redressement économique est un mensonge. D’ailleurs, la vigueur de l’économie allemande ou les formidables reprises de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal et de l’Irlande sont autant de preuves qui contredisent l’argumentaire du Front National.

 

Un article initialement publié sur LaPéniche.net le 10 décembre 2015

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