Les idées pour la Primaire : les Méthodes de Gouvernement

Par Quentin Chollet

La méthode de gouvernement est sans doute un des points sur lesquels les candidats se distinguent le plus les uns des autres. Pour passer des promesses aux actes, faudra-t-il user de référendum, d’ordonnances, voire des deux ? Quel comportement adopter vis-à-vis de la gauche et de l’extrême droite après l’alternance ?


Les idées pour la Primaire : Les Méthodes de… par fondapol

De la méthode de légiférer 

Les partisans du gouvernement par ordonnances : la réaffirmation de la démocratie « représentative »

Jean-François Copé, Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet soutiennent le recours aux ordonnances, système prévu par l’article 38 de la Constitution qui prévoit que le Parlement peut habiliter le gouvernement à prendre des mesures législatives directement en Conseil des ministres. Ces candidats raisonnent selon une logique « représentative » de la démocratie : l’élection d’un représentant vaut approbation de tout son programme, et celui-ci n’a pas à être re-négocié voire détricoté par les corps intermédiaires. Dans cette logique, l’usage du référendum apparaît comme redondant : pourquoi faire voter à nouveau les citoyens sur des projets de loi qui leur ont déjà été présentés par le candidat qu’ils ont élus ?

Les partisans du référendum : l’adoption d’une logique démocratique plus « directe »

À rebours de la logique représentative, certains candidats comme Nicolas Sarkozy voient les ordonnance comme de fausses bonnes idées, et mettent en avant leur volonté de recourir plus fréquemment au référendum. Jacques Myard, Nadine Morano et Jean-Frédéric Poisson le retrouvent sur cette ligne. Pour eux, la promesse de référendums est la preuve de leur détermination à se reposer sur les citoyens face aux blocages des corps intermédiaires pour faire appliquer leur programme. Hervé Mariton en prévoit les contours : des sujets faisant l’objet de blocages et peu techniques. Geoffroy Didier va encore plus loin en préconisant un référendum annuel sur des réformes fondamentales, et surtout la mise en place d’une « initiative citoyenne numérique » permettant à tout citoyen, depuis son smartphone, de poser une question au gouvernement qui devra y répondre si elle est très largement reprise. Si la question reçoit également le soutien de parlementaires, elle pourra initier un référendum.

Les partisans d’un système mixte référendums-ordonnances

Bruno Le Maire et François Fillon se distinguent en ce qu’ils sont à mi-chemin entre ces deux groupes. Le premier souhaite prendre trois ordonnances dès l’été 2017 : une sur le travail, une autre sur la solidarité et enfin une sur l’autorité de l’État. Néanmoins, s’agissant du renouveau de la classe politique, il souhaite passer outre les parlementaires en organisant un référendum en même temps que le second tour des élections législatives. Dans le même esprit, le second prévoit cinq référendums (sur la règle d’or budgétaire, l’organisation territoriale, la fin des régimes spéciaux de retraite, les quotas d’immigration et la réduction du nombre de parlementaires), en parallèle d’une série d’ordonnances préparées dans la foulée de l’élection présidentielle sur d’autres sujets.

De la méthode de gouverner face aux autres forces politiques 

Toute forme d’alliance électorale avec le Front National, qu’elle soit locale ou nationale, est exclue par la totalité des candidats. Seul Jean-Frédéric Poisson, candidat du Parti Chrétien-Démocrate partenaire de la primaire, prédit une réorganisation de la droite française après 2017 et se considère pour sa part « plus proche de Marion Maréchal-Le Pen que de Nathalie Kosciusko-Morizet ». En revanche, l’attitude à adopter face à la gauche les divise profondément.

Les candidats de la rupture totale vis à vis de la gauche : la réaffirmation du clivage gauche-droite

Certains candidats se font fort d’écarter toute idée de rapprochement avec la gauche en cas d’alternance, même à la suite d’un second tour des présidentielles face à la représentante du Front National. Cette intransigeance peut s’expliquer par la conjoncture – l’échec patent du quinquennat Hollande – ou par un raisonnement structurel : il n’y aurait pas de hiérarchie à faire entre le FN et le PS, lui-même allié au Front de Gauche à chaque élection.

Sur le fond, Bruno Le Maire rejette l’idée d’une « union nationale », arguant que « la lutte contre le Front National ne fait pas un projet politique ». Il refuse que la droite soit « la caution du socialisme ». Sur le plan électoral, Nicolas Sarkozy, à l’origine de la doctrine du « ni PS ni FN » lors du second tour des élections cantonales de 2011, réaffirme son opposition à tout retrait de candidats ou de listes de droite au profit d’un candidat socialiste aux prises avec le FN. Cette ligne est également partagée par Jean-François Copé, Geoffroy Didier, et Nadine Morano.

Les candidats anticipant une recomposition politique où le clivage principal se fera entre les partis « de gouvernement » (LR-UDI-Modem-PS) et les partis « protestataires » (FN-FdG)

Un certain nombre de candidats ne sont pas convaincus par le « ni PS – ni FN » comme doctrine systématique, à l’image d’Hervé Mariton. Ils souhaitent sortir du clivage classique droite-gauche. Frédéric Lefebvre invite ainsi à « privilégier son pays à son parti » en soutenant des propositions de gauche conformes à l’intérêt général, et déclare que « le vieux logiciel droite-gauche est usé jusqu’à la corde ». Ces candidats font toujours une différence entre le PS et le FN, et sont prêts à soutenir publiquement le premier pour barrer la route au second en cas de duel PS-FN, à l’image de François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet, opposante du premier jour au « ni-ni » quelque soient les circonstances. Alain Juppé, qui préconise une approche du « ni-ni » au cas par cas, affirme quant à lui « vouloir couper les deux bouts de l’omelette » (extrême-droite et extrême-gauche) et envisage l’ouverture de sa majorité jusqu’à certains sociaux-démocrates autour de son propre projet, sans préciser comment cette recomposition politique se traduira dans les faits.

Il est à noter que Jean-Frédéric Poisson, identifie les deux éléments principaux de clivage : le libéralisme économique et sociétal, et l’Europe. Il précise qu’il est lui-même favorable au « ni-tout libéral, ni européiste », auquel pourrait souscrire Jacques Myard.

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Cet article est publié en partenariat avec Les Républicains de Sciences Po 


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