Les idées pour la Primaire : Le Numérique

Par Benjamin Boscher

Absent des débats lors de l’élection présidentielle de 2012, les sujets liés à la révolution numérique sont amenés à occuper une place plus conséquente en 2017. Sur le fond, peu de fractures existent entre les différents prétendants de droite à l’investiture présidentielle sur ces sujets numériques entendus au sens large. La véritable différence se situerait davantage entre les candidats qui font un effort de propositions et ceux qui n’évoquent ce thème qu’à la marge.


Les idées pour la Primaire : Le Numérique par fondapol

Pour devenir le Digital champion de ces élections primaires, certains candidats travaillent et se positionnent très largement sur ces thématiques numériques, cherchant à en faire un marqueur singulier de leur candidature, à l’image de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui se veut la candidate la plus « digital-friendly », et qui dit vouloir accompagner l’uberisation de l’économie plutôt que de la sanctionner. Les proches de Bruno Le Maire se montrent également proactifs sur ces sujets et ont récemment lancé un think tank – Numérique 2017 – censé rassembler le maximum de propositions relatives à la transformation numérique.

Pour autant, la formulation d’une véritable politique publique du numérique reste encore à proposer. Davantage de prises de position que de propositions précises ont pu être entendues jusqu’à aujourd’hui.

Un optimisme général : le numérique créera plus d’emplois qu’il n’en détruira

Tous les candidats semblent épouser une vision de l’innovation héritée de l’économiste Schumpeter : l’innovation détruit certes des emplois mais en crée de nouveaux, en nombre supérieur, par cycles. Il faut donc accompagner cette innovation plutôt que d’essayer vainement de l’entraver.

Alain Juppé a ainsi déclaré que « l’Histoire enseigne que les filières nouvelles créeront plus d’emplois qu’elles n’en détruisent. Mais cela passe par beaucoup de créativité ». Il estime, comme les autres candidats, que « rien ni personne n’arrêtera la révolution numérique et les innombrables transformations qu’elle porte en elle » et que ce sera aux politiques « d’en maîtriser les conséquences, qu’il s’agisse d’adapter les formations et les métiers à cette nouvelle donne ou de préserver nos libertés individuelles ».

Le numérique abordé principalement via les sujets du droit du travail et de la fiscalité

Pour l’ensemble des candidats, l’appréhension des sujets numériques passe par des réformes du droit du travail et des évolutions fiscales puisqu’un grand nombre d’activités économiques issues de l’économie numérique remettent en cause certains piliers du salariat.

François Fillon est aujourd’hui le candidat qui a développé le plus de propositions sur ces sujets numériques. Sur son site de campagne, il dit notamment souhaiter la généralisation de l’enseignement du numérique à tous les niveaux, des contenus pédagogiques numériques, la création d’un haut Commissaire à la Transformation numérique, l’instauration de services publics de l’open data et un régime fiscal plus favorable à la prise de risque.

Jean-François Copé tâche également de faire des questions numériques un marqueur particulier de sa campagne, en particulier sur l’entreprenariat. Il propose notamment la création d’une forme de numéro de Siret pour chacun dès son entrée sur le marché du travail. Il a également été l’un des rares à faire l’éloge d’Uber Pop, aujourd’hui interdit. Il avait alors appelé le gouvernement à alléger en contrepartie « un certain nombre de contraintes qui pèsent sur les taxis ».

Hervé Mariton propose quant à lui la mise en place d’un régime fiscal particulier pour répondre aux problèmes posés par ces tendances via l’instauration d’une flat tax, un impôt dont le taux serait le même pour tous. Selon lui, « les évolutions récentes de l’économie collaborative (Airbnb, Uber…) qui se traduisent par une diversification des sources de revenus des particuliers, rendent en fait la Flat Tax incontournable ».

De son côté, Frédéric Lefebvre a formulé quelques propositions lors des débats sur le projet de loi pour une République numérique. Il souhaite la création d’une e-carte d’identité, défend donc le droit de propriété individuelle des datas, souhaite que les modèles et les pratiques de partage soient davantage cartographiés afin de mieux les analyser et veut, en concertation avec les acteurs du secteur, créer un label de l’économie collaborative afin de la promouvoir.

Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle souhaite au cours de sa campagne se montrer offensive sur « le droit à l’oubli, la protection des données personnelles, la transformation numérique de l’État, la simplification par le numérique des démarches administratives et des régulations ». Elle indique également vouloir créer des zones d’expérimentation de nouveaux objets connectés, ce qui permettrait aux fabricants de tester à grande échelle leurs produits.

Nicolas Sarkozy plaide quant à lui pour une véritable politique publique qui permettra de mettre le numérique au service de l’usager et de la réforme des services publics. Ainsi Les Républicains qu’il préside estiment que « la soutenabilité des réformes et la baisse de l’emploi public sont corrélées avec un vaste développement du numérique au sein de l’État », que « la dématérialisation des procédures est un outil indispensable pour regrouper les structures existantes » et qu’il « faut faire progressivement du numérique le mode d’accès de droit commun aux démarches administratives ». Quelques initiatives concrètes sont citées à l’instar d’une authentification en ligne directe via une pièce d’identité électronique, d’une modernisation du site service-public.fr (sur le modèle de gov.uk) pour lui permettre de devenir le point d’entrée unique de l’ensemble des services en ligne.

Une « démocratie numérique » évoquée de manière encore floue

Alain Juppé voit dans le numérique un outil pour inventer une démocratie plus collaborative à l’échelle nationale, sur le modèle de ce qui marche au niveau local, et souhaite inclure la promotion des technologies digitales au sein de sa réforme de l’école.

Geoffroy Didier propose enfin une « initiative citoyenne numérique », une application smartphone par laquelle tout citoyen pourra poser une question au gouvernement qui devra y répondre si elle est très largement reprise, voire initier un référendum si la question reçoit le soutien de parlementaires. Il souhaite également créer une plateforme numérique d’expression populaire où un élu local pourra directement répondre aux préoccupations de ses administrés.

timeline

Cet article est publié en partenariat avec Les Républicains de Sciences Po 


logo republicains scpo

Qu'en pensez-vous?