Les politiques de démocratie participative

JW3000Les politiques de démocratie participative

Guillaume Gourgues, Les politiques de démocratie participative, Presses Universitaire de Grenoble 2013.

Guillaume Gourgues livre ici un ouvrage universitaire, pour permettre au lecteur de « décrypter et saisir les enjeux » d’une forme de gouvernance populaire, à savoir la démocratie participative, à laquelle on oppose généralement la « technocratie ». Mis sur le devant de la scène politique française par Ségolène Royal durant la campagne présidentielle de 2007, l’auteur définit le concept de participation comme un nouvel esprit de la démocratie.

Aussi, le livre se concentre sur le concept de  « participation » plutôt que sur celui de « démocratie ». Définir la participation publique, et aborder les enjeux soulevés par cette dernière, est de ce fait le fil rouge de ce court essai de 131 pages. C’est donc, comme le résume l’auteur, un ouvrage de « sociologie politique de la participation publique » plutôt qu’une réflexion philosophique sur la démocratie en tant que système politique et institutionnel. Différent sujets sont abordés (politique, sociaux, économiques…) en analysant l’impact concrets de ces derniers sur le gouvernement et les régimes politiques, toujours dans le cadre de la participation.

Le temps des définitions

L’ouvrage s’articule en trois temps. Dans une première partie, l’auteur définit les différentes notions associées à la démocratie participative, et analyse comment la théorie est devenue pratique. Pour un livre qui se veut neutre et apolitique, on reste néanmoins circonspect lorsque Guillaume Gourgues présente une définition de la démocratie participative comme gestionnaire nécessaire de ressources rares, ces dernières rendant « caduque » la « gestion capitaliste privée ». Cependant, en balayant les différentes déclinaisons de la théorique (définition radicales, empowerment, gestion des problèmes publics etc.), mais aussi en balayant ses différentes déclinaisons politiques, idéologiques et partisanes, ou encore en faisant l’inventaire de ses différents dispositifs (institutionnel, gouvernemental, légal), Gourgues permet au lecteur de bien saisir la complexité des problèmes soulevés par le concept de démocratie participative.

Les exemples de participations publiques

Dans la seconde partie, le lecteur est confronté à une chronologie de la participation publique via un exposé des différentes expériences d’offres de participation publiques. L’auteur fait la distinction entre la démocratie participative comme objet politique clivant, c’est-à-dire utilisé à des fins partisanes dans une logique d’opposition droite gauche, et comme réalité institutionnelle, à savoir que « l’offre de participation publique est parvenue à se constituer ».

De nombreux exemples son alors cités. Gourgues évoque notamment le cas des « luttes sociales et ouvrières » de Mai 68, la tentative d’autogestion de l’usine horlogère Lip, près de Besançon, en 1973, ou encore l’autogestion agricole dans le village de Marinaleda en Espagne dans les années 1970. Pour un ouvrage apolitique, le lecteur averti ne manquera toutefois pas de constater que les exemples employés ont tendance à pencher à gauche…

L’offre de participation publique

L’auteur évoque ensuite la « rationalisation » de l’offre de participation publique : malgré de nombreuses tentatives disparates au cours de l’histoire, des points communs peuvent être remarqués. Le processus s’articule autour de trois piliers : premièrement généralisation par les autorités publiques, deuxièmement efficacité, et enfin création en ce sens que les autorités décident de créer des pratiques participatives supplémentaires si ces dernières s’avèrent efficaces. Ceci permet au gouvernement de « gouverner » la participation.

Selon Gourgues, les raisons pour lesquelles la démocratie participative tend à se développer sont multiples. Précisément, un dispositif participatif repose sur le contexte politique (qui est au pouvoir ? l’alternance politique favorise-t-elle les aspirations à la démocratie participative ?), une nébuleuse d’acteurs très variés et, troisièmement, utilisation du système politique par cette dernière.

Les systèmes de participation publique : « qui, comment, dans quel but ? »

La dernière partie de l’ouvrage propose une analyse des différents systèmes de participation publique, à l’aune du triptyque « qui, comment, dans quel but ». Cette méthodologie permet, selon Gourgues, une dissection du « design des dispositifs participatifs ».

Les acteurs de la participation (qui ?) sont approchés selon deux méthodes : une première complètement quantitative (panels d’hommes, femmes, de différents milieux sociaux etc.) et une seconde s’appuyant sur la dichotomie qui peut exister entre public cible, à savoir celui qui est visé par la politique, et le public mobilisé, soit celui qui s’engage. Paradoxalement, le premier n’est pas systématiquement le dernier.

Dans son analyse de la manière de participer (comment ?), l’auteur passe au crible outils, méthodes, procédures et techniques. Il note qu’il est du devoir des autorités publiques d’optimiser, en termes de résultats, ladite participation et va jusqu’à parler « d’ingénierie » de la participation…

Enfin, dans la section dévolue au but de la participation, Gourgues note que l’invisibilité des effets des dispositifs participatifs conduit à considérer ces derniers comme des « leurres » et réduit leur attrait. Ainsi, malgré une grille d’analyse bien détaillée, il est toujours difficile de juger de l’efficacité des dispositifs participatifs et « aucune réponse scientifique ne peut être apportée à ces questions ».

Une conclusion intéressante

Il est très plaisant de constater que l’auteur ne se contente pas de conclure sur la complexité des mécanismes et enjeux de la démocratie participative. Gourgues présente ainsi deux grilles de lecture : soit la participation est vue comme une forme de « police hiérarchisante » dans la mesure où elle se veut être une forme d’organisation de la société, ce qui comprend nécessairement un aspect hiérarchique, soit au contraire elle est vue comme un espace politique avec pour objectif de gommer ces inégalités hiérarchiques. La participation est ainsi vue comme « usage ». Et l’auteur de conclure que la démocratie participative n’a de sens démocratique que lorsque l’on se place dans un sens ou dans l’autre. On appréciera cet effort de donner une ouverture concrète à un ouvrage résolument théorique.

Un ouvrage universitaire… pas si neutre

L’ouvrage est ponctué d’encadrés illustratifs courts, de moins de deux pages, permettant d’aborder les concepts évoquées à l’aune d’un exemple réel. On appréciera la variété des sujets abordés, des dispositifs participatifs de la Banque mondial aux assemblées citoyennes canadiennes, en passant par les comités de lignes TER en France. On constatera aussi que les sujets évoqués sont souvent locaux et concernent généralement l’organisation de la cité.

C’est aussi un ouvrage technique et pointu, illustré par l’emploi fréquent du champ lexical des sciences politiques : « offre de participation publique », « institutionnalisation de la participation », ou encore « production de l’offre de participation » sont autant de termes académiques qui peuvent rendre la lecture absconse pour le lecteur non érudit.

Outil de décryptage, Gourgues n’entend pas nécessairement défendre pas le concept de démocratie participative mais propose plutôt une grille d’analyse pour permettre au lecteur de se faire sa propre opinion. Il est donc important que cette grille ne soit pas biaisée et que les faits soient présentés de manière neutre. Toutefois, la lecture ne donne pas toujours cette impression. Le premier terme abordé, « la gestion de la crise financière européenne » qui n’aurait pas été « un modèle de débat démocratique », résume bien tout l’enjeu de l’ouvrage : ne peut-on pas opposer à l’auteur que les mécanismes sous-tendant la crise financière sont peut-être trop complexes pour pouvoir être correctement compris par des citoyens qui n’ont pas de connaissances pointues en économie ? Ironiquement, l’auteur montre lui aussi que sa compréhension des mécanismes économiques est limitée, car il s’agit bien d’une crise internationale, et non juste européenne, à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés.

Ainsi, alors que l’auteur semblait ambitieux en début d’ouvrage et donnait l’impression de vouloir rendre participatifs les choix économiques internationaux, il s’avère que la participation semble se résumer à des problématiques de la vie quotidienne et non pas à des sujets pointus aux conséquences globales. On peut, de ce point de vue, s’en féliciter.

Julien Barlan 

 

Crédit photo : Flickr, JW3000

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