Les nouvelles lois de l’amour

Le numérique influence nos pratiques amoureuses et sexuelles. L’occasion pour la sociologue Marie Bergström d’étudier les nouvelles pratiques de la rencontre. Dans quelle mesure les sites de rencontre ont-ils modifié nos rapports à l’amour, au couple et à la sexualité ? Dans son ouvrage « les nouvelles lois de l’amour : Sexualité, couples et rencontres à l’heure du numérique »,la sociologue Marie Bergström mène l’enquête sur ces nouvelles nouvelles pratiques amoureuses, à la fois du point de vue de l’utilisateur, mais aussi de celui de la plateforme.

 

Les années 2000 : à l’image des années 60, une nouvelle décennie de la libération sexuelle.

 

La dernière décennie est une étape bouleversante au regard du nombre de personnes directement concernées par le virage numérique et ses nouveaux usages. « Des services spécialisés dans la relation entre partenaires, il y en a depuis longtemps. Mais pour la première fois, leurs utilisateurs sont très nombreux », rappelle Marie Bergström.Autre changement majeur, la levée d’un tabou, celui de la sexualité hors couple : « avant, la sexualité était associée au couple. Aujourd’hui, elle s’en détache et s’exprime dans diverses sortes de relations » affirme l’auteur. Les applications sont de véritables vitrines, celle d’une marchandisation et d’une mise en réseau des corps et des besoins. La multiplication des sites de rencontre serait ainsi l’occasion de s’interroger sur notre propre sexualité et sur les ressorts éthiques qui en découlent. Pour le philosophe Richard Mèmeteau, chaque site est l’occasion de se demander« quel genre de fétichisation mettre en œuvre ». 

 

Faut-il s’inquiéter des nouvelles pratiques amoureuses et sexuelles des jeunes ?

 

A l’occasion d’un cycle de conférence organisé par la Chaire« Santé sexuelle et Droits Humains »de l’UNESCO, Marie Bergström approfondie sa réflexion à travers de nouvelles problématiques : pourquoi les jeunes sont-ils nombreux à utiliser les sites de rencontre et quels sont les usages et la nature des relations nouées en ligne ? L’occasion d’envisager les rencontres sur Internet comme des facteurs de « risques », mais aussi d’inégalités de genre, face à la sexualité, en ligne et hors ligne. La sexualité à l’ère numérique interroge non seulement les professionnels de santé et de l’éducation, dans une approche positive de la sexualité et de l’égalité entre les sexes et plus seulement les spécialistes du secteur de la santé, généralement sollicités dans la lutte contre les IST et le VIH, la réduction des grossesses non prévues ou encore la prévention des violences et abus sexuelles.

 

Les rencontres en ligne, des rencontres à part.

 

Ces nouvelles rencontres transforment les pratiques et les représentations. « Or les changements ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit. À part, elles le sont surtout parce qu’elles entraînent une privatisation de la rencontre, pourtant rarement soulignée »,rappelle Marie Bergström. L’ouvrage déconstruit ce que l’on pense savoir des sites et des applications, sous le prisme des pratiques de la population hétérosexuelle : « plutôt qu’une approche englobante – dont l’effet est toujours d’écraser les expériences minoritaires – il prend pour objet les usages dans ce groupe majoritaire, pour mieux en souligner leur spécificité ». A travers l’expérience numérique, l’ouvrage interroge l’organisation de l’hétérosexualité, ses nouveaux codes, ses contradictions et ses inégalités.

 

Une rupture vis-à-vis de la sociologie du couple.

 

L’ouvrage s’intéresse également aux ressorts sociaux de la vie affective. « Il propose une lecture matérialiste du couple et de la sexualité, qui ancre les évolutions de l’intimité dans les changements économiques et sociaux profonds des dernières décennies. Sans nier l’évolution des normes, il souligne les conditions de production de ces nouvelles attitudes, qui concernent autant les rencontres sur Internet que d’autres pratiques sexuelles et amoureuses ». Marie Bergström nous invite enfin à une lecture sur deux niveaux : une approche « grand public », d’un phénomène qui suscite l’intérêt, la curiosité et parfois l’indignation. Mais il offre également une approche sociologique plus fine de la vie affective contemporaine. « Considérant les applications et sites de rencontres comme des sites d’observation stratégiques, il revisite les objets classiques de la sociologie du couple et de la sexualité », souligne Marie Bergström.

 

 

Les sites de rencontres, entremetteurs discrets. 

 

Au fil de l’étude, les sites de rencontres apparaissent étonnement effacés, rechignant à se présenter comme des intermédiaires officiels, valorisant plutôt le libre-arbitre et le choix des individus, plutôt que les calculs de leurs algorithmes. La rencontre privatisée, c’est en quelque sorte une relation amoureuse délibérément placée entre les mains du marché et déconnectée du contrôle social des cercles familiaux, amicaux, jadis témoins et garants de la formation du couple.

 

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin :

 

-      « Les nouvelles lois de l’amour »lemonde.fr

-      « Ce qu’internet fait à l’amour et au sexe», franceculture.fr

-      « La sexualité à l’ère numérique : les adolescents et le sexting », iumsp.ch

-      « Résumé de la thèse de Marie Bergström », sciencespo.fr

-      « Avec les sites et les applis, la rencontre devient une affaire privée », lepoint.fr

-      « Les sites et les applications modifient le scénario de la rencontre », lemonde.fr

 

Photo by Pratik Gupta on Unsplash 

 

 

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