Les conséquences économiques d’un Brexit

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Par Baptiste Protais

Le 23 juin 2016, les citoyens britanniques se prononceront pour ou contre le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Au moment où s’achève la campagne électorale, il convient d’analyser les effets qu’une sortie de l’UE aurait sur l’économie britannique.

Dans une étude publiée le 18 avril 2016[1], les économistes du Trésor public britannique montrent que le Royaume-Uni n’a pas intérêt à quitter l’Union Européenne parce qu’à long terme un Brexit entraînerait une forte baisse du PIB.

La méthode de l’enquête est la suivante : les auteurs postulent d’abord que le Royaume-Uni reste dans l’UE et estiment le PIB en 2030 ; ils postulent ensuite que le Royaume-Uni sort de l’UE et qu’il négocie un accord économique avec l’UE et estiment le PIB en 2030 ; ils procèdent enfin à une comparaison de PIB entre ces deux situations. Toutefois, l’hypothèse du Brexit n’est pas envisagée de façon générale et les auteurs distinguent trois situations particulières, en fonction du type d’accord économique régissant les relations économiques entre le Royaume-Uni et l’UE :

Le Royaume-Uni pourrait adhérer à l’Association Européenne de Libre-Échange (AELE). Cette organisation internationale, qui rassemble aujourd’hui l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, a signé en 1994 avec l’UE un accord multilatéral qui établit une zone de libre-échange en Europe et circonscrit un Espace Économique Européen (EEE) – cependant, la Suisse n’ayant pas ratifié l’accord de 1994, elle n’appartient à l’EEE. L’AELE se distingue de l’UE non seulement parce qu’elle n’est pas une union politique, mais encore parce qu’elle n’est pas une union douanière : notamment, chaque pays est libre de déterminer ses tarifs douaniers et sa politique commerciale extérieure. Dans une telle situation, le Royaume-Uni aurait un large accès au marché unique mais les exportateurs britanniques seraient confrontés à l’augmentation des coûts de transaction, en raison des contrôles douaniers et de la réintroduction des droits de douane pour l’agriculture et la pêche. Le PIB diminuerait alors de 3,8 %.

Le Royaume-Uni pourrait aussi négocier un accord bilatéral avec l’UE, similaire à ceux qui régissent les relations entre la Suisse et l’UE depuis que la Suisse a refusé de ratifier l’accord sur l’EEE. Un tel accord identifierait des domaines de coopération précis et garantirait des relations économiques spécifiques entre le Royaume-Uni et l’UE. George Osborne, leChancelier de l’Échiquier, juge qu’il s’agit du scenario le plus probable[2]. Le PIB diminuerait alors de 6,2%.

Le Royaume-Uni pourrait enfin négocier un accord bilatéral avec l’UE dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) : l’accord régissant les relations entre le Royaume-Uni et l’UE serait alors similaire à l’accord qui régit aujourd’hui les relations entre le Brésil et l’UE. Un tel accord est fort improbable car il réduirait nettement l’accès au marché unique et introduirait de lourdes barrières douanières. Le PIB diminuerait alors de 7,5%.

Les partisans du Brexit ont formulé deux critiques méthodologiques à l’encontre de cette étude : le député tory John Redwood a notamment avancé sur la BBC qu’il est déraisonnable de se fier à des prévisions économiques sur quinze ans et que les économistes de l’Échiquier n’ont pas considéré la possibilité pour le Royaume-Uni de parvenir à la conclusion d’autres accords avec des pays n’appartenant pas à l’UE[3].

Ces critiques ne suffisent pas à infirmer qu’il est moins risqué pour le Royaume-Uni de rester dans l’UE que d’en sortir. Dans un rapport publié en novembre 2015[4], le think tank eurosceptique Open Europe avait calculé qu’un Brexit entraînerait une diminution du PIB de 2,2% dans le pire des cas et une augmentation de 1,5% dans le meilleur des cas ; les auteurs du rapport soulignaient cependant que s’il quittait l’UE, le Royaume-Uni serait contraint de libéraliser de façon excessive ses relations commerciales, au préjudice des Britanniques les moins favorisés. En outre, il est raisonnable de penser qu’en cas de Brexit, les acteurs financiers quitteront le Royaume-Uni afin de conserver un accès direct au marché unifié des capitaux européen.

Il faut conclure de ces analyses économiques que l’appartenance à l’UE garantit au Royaume-Uni un accès unique au marché intérieur européen qu’il serait tout-à-fait préjudiciable de perdre. Il y a évidemment d’autres arguments à l’encontre du Brexit, mais celui de l’économie est assurément l’un des plus puissants.

 

[1]https://www.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/517415/treasury_analysis_economic_impact_of_eu_membership_web.pdf. Site consulté le 7 juin 2016.

[2]http://www.thetimes.co.uk/edition/news/osborne-brexit-will-cost-us-4-300-per-household-w8rkrsxff. Site consulté le 7 juin 2016.

[3]http://www.telegraph.co.uk/news/2016/04/18/brexit-would-cost-every-family-4300-a-year-treasury-forecasts. Site consulté le 8 juin 2016.

[4]http://openeurope.org.uk/intelligence/britain-and-the-eu/what-if-there-were-a-brexit. Site consulté le 8 juin 2016.


crédit photo Flickr: Jeff Djevdet