Les Balkans vers l’adhésion à l’Union européenne

Le 6 février dernier, la Commission Européenne adoptait une nouvelle stratégie concernant l’adhésion des Balkans à l’UE. Pour la première fois, une date a été donnée : l’élargissement se fera à partir de 2025. L’occasion de faire un état des lieux de la situation dans les pays concernés.

 

Monténégro et la Serbie : l’avancée des négociations

Dans les pays les plus avancés dans la voie de l’adhésion se trouve le Monténégro, qui n’est indépendant que depuis 2006. Le pays avait alors fait part de sa volonté de se rapprocher de l’UE en décidant d’utiliser l’euro comme monnaie officielle. L’Accord de Stabilisation et d’Association (ASA, mis en place avec les candidats pour faciliter leur adhésion) est signé dès 2007. La Commission Européenne entame les négociations en 2011, 3 chapitres sont actuellement clos et 27 autres chapitres sont déjà ouverts sur les 35 au total. L’économie du pays s’est également bien remise de la crise de 2008, et est parvenue à appliquer les recettes européennes : réduction de la dette publique, réformes de compétitivité et flexibilité accrue du marché du travail, en s’appuyant sur de bonnes performances de l’agriculture et de l’industrie de l’aluminium, qui totalisent 55% du PIB. Cependant les négociations promettent d’être encore longues, notamment au niveau des réformes judiciaires demandées par Bruxelles, réformes qui semblent d’autant plus compliquées avec la montée du parti pro-Russe Front Démocratique, qui conteste le rapprochement avec les institutions occidentales.

La Serbie semble elle aussi bien partie pour une admission future, après de nombreuses péripéties : son ASA ne sera signé qu’en 2008, suite à sa non-coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, ainsi que la non-reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. Les négociations sont entamées début 2014 après son Accord de normalisation avec le Kosovo. 2 chapitres sont actuellement clôturés, et 8 sont encore ouverts. Le pays est toujours en progression au niveau de l’Etat de droit, malgré certaines lacunes (liberté d’expression, corruption). Il en est de même pour son économie : malgré les mesures d’austérité, la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement préconise toujours de massives privatisations. Les problèmes majeurs restent ses relations avec le Kosovo, mais aussi avec la Russie, puisque la Serbie a refusé de s’aligner sur Bruxelles après la crise ukrainienne. Mais après une telle attente, les serbes eux-mêmes commencent à douter de la nécessité de leur adhésion, et les opposants se font de plus en plus nombreux.

 

La Macédoine et l’Albanie candidats

La Macédoine n’en est pas encore là. Si son ASA a été signé en 2004, et que le Parlement se prononce en faveur de l’ouverture des négociations, celles-ci ont été immédiatement gelées. Malgré l’élection en 2017 du pro-européen Zoran Zaev, les freins restent nombreux. Les différents conflits au sein de la politique macédonienne ont pesé sur son économie et ralentit sa croissance. Ses relations avec la Bulgarie sont aussi problématiques, puisque les deux pays se querellent pour des questions de revendication de personnalités historiques, malgré l’Accord de bon voisinage signé en août 2017. Le conflit qui oppose la Macédoine à la Grèce est similaire : la Macédoine étant aussi le nom d’une région grecque, la Grèce reproche à sa voisine d’usurper ses symboles (le soleil de Vergina sur le drapeau macédonien, son principal aéroport et son autoroute qui portent le nom d’Alexandre le Grand). Le nom de « Ancienne République Yougoslave de Macédoine » est pour l’instant accepté, mais la Grèce refuse de lever son veto contre l’adhésion du pays tant que le conflit n’est pas terminé.

Il en est de même pour l’Albanie. Celle-ci signe son ASA en 2006, mais sa candidature officielle attendra 2014. Si le Parlement reconnait les efforts du pays, les négociations n’ont toujours pas été ouvertes. Si son économie fonctionne de mieux en mieux grâce au plan du FMI, à l’exportation de matières premières et du dynamisme de son secteur tertiaire (51% du PIB avec une forte part de tourisme), les problèmes restent nombreux. En effet, outre les traditionnelles mesures demandées aux Balkans (réforme du système judiciaire, lutte contre le crime organisé et la corruption, liberté des médias), l’UE se montre aussi très ferme sur les droits des femmes (autant sur les nombreux trafics que sur les violences domestiques). Des mesures de la part du gouvernement sont également préconisées par l’UE sur le contrôle des frontières, puisque l’Albanie est le premier pays d’origine des demandeurs d’asile en France en 2017, notamment les jeunes qui fuient la pauvreté et le chômage (33%), mais aussi sur la culture du cannabis, ce qui semble difficile au vu de l’implication des hommes politiques, comme l’a révélé l’affaire Tahiri.

La Bosnie et le Kosovo toujours candidats potentiels

La situation en Bosnie n’est pas aussi avancée. En effet, si les Accords de Dayton ont mis fin à la guerre ethnique en 1995, le pays est depuis divisé en deux entités : la République Serbe de Bosnie (population serbe), et la Fédération de Bosnie-Herzégovine (bosniaque et croates), qui disposent chacune de leur système juridique, tout en participant au gouvernement central. Elle signe tout de même son ASA en 2008, et a déposé sa candidature en 2016. La Commission a d’ailleurs déclarée au début de l’année 2018 qu’elle rédigerait son rapport sous peu. Mais malgré la mission de l’UE sur son sol (EUFOR Althéa), les reformes seront nombreuses avant de pouvoir prétendre à l’adhésion, en dépit d’une forte volonté. En effet, la gestion des finances, la justice ainsi que la lutte contre la corruption souffrent de la trop grande complexité des institutions, et le niveau de chômage est sans pareil (47% en 2016).

Enfin le Kosovo, est lui aussi candidat potentiel. Ce dernier déclare son indépendance en 2008, puis adopte l’euro, et son ASA rentre en vigueur en 2016. Celui-ci travaille, dans le cadre de son rapprochement avec l’UE, sur la lutte contre la corruption ainsi que ses problèmes de pauvreté (30% de la population vit avec moins de 1$ par jour), mais les infrastructures peu développées ne permettent pas au pays d’exploiter ses richesses, notamment minières. De plus, la situation semble complètement bloquée alors que les responsabilités judiciaires et policières kosovares sont toujours gérées l’UE dans le cadre de sa mission EULEX, et que cinq Etats membres ne reconnaissent pas encore l’indépendance du pays (Chypre, Grèce, Slovaquie, Roumanie et Espagne).

 

Beaucoup restent sceptiques à l’idée de ce nouvel élargissement en raison de l’image négative que les Balkans ont en Europe. Mais la volonté de Bruxelles de stabiliser le continent montre bien que leur futur se fera au sein de l’Union. Si cet élargissement ne se fera pas au détriment de l’Etat de droit, les pays des Balkans peuvent cependant compter sur les exemples croate, bulgare et roumain, rentrés au dépend des risques liés à leur économie, et qui ont montré que l’UE représente plus pour eux un idéal qu’un simple marché économique.

 

Photo by Lili Popper on Unsplash

 

Mathilde TCHOUNIKINE

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