Les 4 grandes inquiétudes qui planent sur l’avenir d’Internet

C’est bien connu : les prédictions sont une science difficile, surtout quand elles concernent l’avenir… Quand en plus, elles portent sur un secteur fortement dynamique et aux effets disruptifs, l’exercice peut rapidement apparaitre incertain, voire franchement douteux ou fallacieux. Ces inquiétudes méthodologiques n’ont pourtant pas rebuté le Pew Forum, qui a livré cette semaine un rapport dense et passionnant sur l’avenir d’Internet. Il voit tout en noir.

L’excellent think tank américain ne s’est pas remis à une boule de cristal, mais à l’avis d’experts d’Internet et des technologies (1400 environ), connus pour leurs regards aiguisés. Si on surmonte les préventions légitimes sur l’exercice, il en ressort une série de faits saillants, de tendances lourdes et structurelles intéressantes à relever.

Réalisée sur le fondement d’un sondage intervenu après l’affaire Snowden, l’étude est clairement pessimiste et dessine, en trame de fond, une menace majeure qui pèse sur Internet : les Etats et leur régulation ! Plus précisément, quatre inquiétudes se font jour.

D’abord, le rapport estime que l’intervention des Etats pour exercer un contrôle politique engendrera à l’avenir à un risque accru de blocages et de balkanisation d’Internet. C’est l’un des effets clairs des affaires récentes d’espionnage : les Etats, prétextant la bienveillance et le désintéressement, se proposent de prendre en charge la régulation d’Internet, conduisant à sa segmentation et réduisant ses possibilités. Tout cela risque de finir en censure générale et la question des libertés publiques se pose en creux, avec force.

Ensuite, les experts craignent que la surveillance mise en œuvre par les Etats affaiblisse la confiance entre les internautes et dans le réseau. Comment surfer sereinement si on a l’impression d’être surveillé ? Bien sûr, comme l’a dit un grand esprit démocrate (Benoît Hamon) à propos des écoutes téléphoniques contre Nicolas Sarkozy : si on n’a rien à se reprocher, il n’y a pas de problème ; il n’empêche que cela risque de soulever quelques problèmes, pas tout à fait anodins, de libertés individuelles.

Troisième point relevé par les spécialistes, la généralisation de la commercialisation de tout sur Internet pourrait remettre en cause sa structure ouverte. En clair, c’est la neutralité du net qui est en cause ici. Vaste sujet et grande tension pour les acteurs du réseau, car au-delà des discours généreux, c’est la conception du droit de propriété qui est au cœur du débat. L’argument pro-régulation selon lequel les infrastructures sont essentielles au réseau et devraient donc être régulées fait en effet l’impasse sur leur propriété et les droits qui y sont attachés.

Enfin, dernière inquiétude, les analystes craignent que la tendance à gérer le problème des flux d’informations (« TFI », pour Too Much Information) ne pousse le balancier un peu trop loin dans la voie d’une restriction excessive des contenus. Par un étonnant paradoxe, l’instrument de diffusion massive des informations qu’est Internet viendrait donc affaiblir la libre information.

Ces quatre inquiétudes sur l’avenir d’Internet portent en elles de sérieuses interrogations sur l’avenir de la liberté et des droits fondamentaux. La menace principale est posée aujourd’hui par le pouvoir étatique, parce que son monopole et ses pouvoirs exorbitants sont susceptibles de restreindre sévèrement et efficacement la liberté des individus et leurs droits. Le rôle des géants du numérique et du net est évidemment également au cœur des enjeux, mais la concurrence du marché permet en partie de les encadrer. Le plus inquiétant est que tout semble progresser dans une relative indifférence. Or ce qui se joue est capital : il s’agit du devenir des principes essentiels de la Démocratie contemporaine, la liberté individuelle et la propriété.

http://www.atlantico.fr/decryptage/4-grandes-inquietudes-qui-planent-avenir-internet-1660483.html

About Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie. Membre du Conseil scientifique et d'évaluation de la Fondation pour l'innovation politique Responsable du média Trop Libre

Qu'en pensez-vous?