Le vote des fonctionnaires : tout sauf Sarkozy ?

6580595585_d9fb8f780c_bEntre le candidat qui veut poursuivre la réduction du nombre de fonctionnaires et l’étendre aux collectivités territoriales et celui qui propose de créer 60000 postes dans l’Education nationale dans les cinq années à venir et 1 000 postes par an dans la police et la justice, les fonctionnaires n’ont pas hésité. Le 22 avril, ils n’ont donc pas dérogé à la tradition qui veut qu’ils votent plus à gauche que la moyenne des Français : 30% des salariés du secteur public ont donné leur voix à François Hollande (pour 27% des salariés du privé) et 17% à Nicolas Sarkozy, soit 10,8 points de moins que l’ensemble des Français*.

Hollande moins bien que Royal et Front national en forte hausse

On observera cependant qu’en 2007, Ségolène Royal avait davantage mobilisé : un tiers des fonctionnaires (34%) avaient voté pour elle au premier tour de la présidentielle**.

Mais on notera surtout la nette progression de la droite au sein de l’électorat qui gagne 10 points entre 2007 et 2012, passant de 32% à 42% quand la gauche, certes toujours majoritaire, recule d’un point de 48% à 47%). Nicolas Sarkozy ayant perdu un point entre 2007 et 2012, la poussée de la droite est donc bien la conséquence de la hausse du vote en faveur de Marine Le Pen.

La candidate du Front national totalise 23% des suffrages parmi les salariés (du public comme du privé), soit 5,1 points de plus qu’en moyenne nationale. Il y a cinq ans, son père avait recueilli 12% des voix (+ 1,4 point que la moyenne).

Les fonctionnaires ont également davantage voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon (13%) que l’ensemble des Français (+ 2 points).  Les autres candidats d’extrême gauche avaient recueilli 9% auprès des fonctionnaires en 2007, ils totalisent 2% le 22 avril. Si l’on agrège les résultats, les candidats à la gauche de François Hollande recueillent 15% (11% en 2007) chez les fonctionnaires contre 12,8% en moyenne nationale le 22 avril 2012.

Clivages internes

Les cinq millions de fonctionnaires français, soit 12% de l’électorat, sont plus politisés que la moyenne des Français, même si ce phénomène touche davantage les cadres et les enseignants que les employés et ouvriers de la fonction publique. Une étude publiée par le CEVIPOF en janvier dernier (Luc Rouban, Le vote des fonctionnaires. Cinq ans après la RGPP, janvier 2012) révélait que les employés et les ouvriers du secteur public constituait le groupe électoral le plus attiré par le « ni-nisme » qui se traduit par l’abstention ou le vote d’extrême droite. Au total, « dans un vote des seuls agents du secteur public, François Hollande affronterait Marine Le Pen » écrivait Luc Rouban.

A chacun ses enjeux…et ses intérêts

La majorité des électeurs se sont déterminés sur le projet pour la France porté par chaque candidat mais l’appartenance politique de ce dernier est plus importante pour les salariés du public (26%) que pour leurs homologues du privé (22%).

Le relèvement des salaires et le pouvoir d’achat constitue l’enjeu principal du scrutin pour l’ensemble des salariés français. Fort logiquement puisque non menacés par le fléau, les fonctionnaires sont moins nombreux à citer le chômage comme un enjeu important (33% pour 39% des salariés du secteur privé). On peut rapprocher ce chiffre de celui de l’attitude à adopter face à la mondialisation : les deux tiers des salariés du privé (67%) pensent que la France doit se protéger davantage pour 61% des fonctionnaires, nettement moins exposés à la concurrence internationale. De même, 28% de ces derniers mentionnent les enjeux de la sauvegarde du secteur public et de l’éducation pour respectivement 12% et 19% de leurs homologues du privé.

Confiants dans la victoire de « leur » candidat

Les fonctionnaires se distinguent encore des salariés du privé dans leur attitude face au Président sortant : 84% de ceux qui n’ont pas voté pour Nicolas Sarkozy souhaitent en effet sanctionner le Chef de l’Etat le 22 avril (79% dans le privé). « Le vote des fonctionnaires en faveur du candidat socialiste sera plus un vote d’anti-sarkozysme qu’un vote de confiance » écrivait Luc Rouban en janvier dernier.

Enfin, plus de la moitié d’entre eux voient François Hollande s’imposer au deuxième tour de scrutin (55% pour 49% des salariés du privé).

Corinne Deloy

* Les chiffres de ce texte sont issus de l’enquête réalisée le jour du vote (22 avril 2012) par l’IFOP.

** Les chiffres de 2007 sont tirés du sondage sortie des urnes réalisé par l’institut IPSOS (22 avril 2007).

Crédit photo: Flickr, Les Auberges de jeunesse

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