Le tsunami numérique : éducation, tout va changer. Etes-vous prêts ?

TNI-1-2« Un tsunami s’apprête à déferler sur nos écoles, nos universités, nos grandes écoles. Du nord au sud de la Silicon Valley californienne, l’écosystème qui a converti en quelques décennies des milliards d’êtres humains au smartphone et à Internet a mis toute sa puissance de travail et d’innovation au service d’un objectif :  réinventer l’éducation ». Ce tsunami qui bouleverse l’éducation a déjà transformé les industries de la presse, de la musique ou de la distribution, longtemps établies dans des modèles économiques confortables mais aujourd’hui dépassés.

 

Machines versus profs : la guerre des mondes. 

Pour Emmanuel Davidenkoff, auteur du Tsunami numérique, les partisans d’une école renouvelée par les technologies digitales n’ont pas pour ambition le remplacement du professeur par la machine, ni de substituer les écrans aux enseignants. Car l’interaction ouverte par les nouvelles technologies ne peut être possible qu’à travers l’humain. « L’expression tableau blanc interactif ne veut rien dire. C’est moi qui produis une interaction avec les élèves, pas le tableau ». Les instruments numériques sont donc de formidables outils, qui, dans le cas de l’enseignement supérieur, accueillent des étudiants sensés être autonomes, mais qui peuvent aussi amener l’enseignant à intervenir de façon très différente dès les apprentissages fondamentaux.

Des résistances freinent aujourd’hui encore l’avènement de cette révolution. Trois obstacles sont identifiés par l’auteur : les programmes, les modalités de recrutement des enseignants dans le secondaire et enfin, la formation initiale et continue du corps enseignant. Du collège au lycée, les programmes sont le plus souvent lourds, illisibles et confus. Le recrutement des enseignants laisse quant à lui la part belle aux savoirs académiques au détriment de la pratique, et la formation des enseignants largement inférieure dans sa durée aux standards internationaux.

 

Le marché mondial des talents.

« Coursera et les plates-formes de MOOC, les réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadeo) ou personnels (Facebook en tête), suivis par une myriade de start-ups ( Talentoday, Work4Labs…) travaillent actuellement sur un nouveau Graal : être capables d’identifier les meilleurs profils via Internet, au profit des entreprises ». Une véritable bataille des marques est lancée pour les établissements qui souhaitent défendre leurs diplômes sur le marché mondialisé virtuel. Pour Emmanuel Davidenkoff, les deux filtres de recherche prioritaires des employeurs resteront le diplôme et l’établissement.

Cependant, la bataille de la reconnaissance est plus complexe : elle ne se gagnera pas sur des campagnes de communication plus ou moins habiles, mais renvoie avant tout à une véritable quête d’excellence scientifique. Et de ce point de vue, les Etats-Unis ont une longueur d’avance. Et si la solution française se trouvait dans une rencontre, un croisement « fertile », entre les universités et les grandes écoles, les centres de recherche et les industries. Plusieurs initiatives sont déjà à l’œuvre « Grenoble mise sur le projet Giant – Grenoble Innovation for Advanced New Technologies », avec pour ambition de créer une Silicon Valley à la française autour des nanotechnologies. La région Rhône-Alpes ambitionne même la mise en place d’un continuum qui relierait les institutions de recherche et le monde économique de Genève jusqu’à Valence.

 

Chronique d ‘une privatisation annoncée.

En Mars 2013, Xavier Niel, fondateur de free lançait 42, une école d’informatique accessible dès 18 ans qui ne débouche non pas sur un diplôme mais sur un emploi. L’enjeu était moins de concurrencer le secteur public que d’offrir une alternative aux jeunes qui ne se sentaient pas à l’aise dans le système traditionnel. Le secteur privé s’est donc banalisé au fil des années : essentiellement grâce au système d’accréditation : la nouveauté qu’introduit l’école 42 réside dans une indifférence au système des diplômes et une attention accrue aux besoins des employeurs. Un modèle de rupture loin de menacer les équilibres du système traditionnel, bien au contraire. Pour l’auteur, l’Etat et le secteur public verraient même cet appétit grandissant du secteur privé pour l’enseignement supérieur d’un regard bien veillant « si l’Etat est prêt à déléguer autant de responsabilités au privé dans le supérieur, n’est ce pas avant tout pour ne pas remettre en cause le petit business model qui permet aux castes issues de la méritocratie de prospérer, celui qui permet aux cadres dirigeants, hauts fonctionnaires et enseignants de protéger leur territoire en interdisant l’accès aux non-initiés ». 

 

Du marché scolaire à la marchandisation de l’école.

En France, l’enseignement privé est à 95% sous contrat avec l’Etat. Des règles sont acceptées, contre lesquelles l’Etat prend à sa charge le plus gros des dépenses. Le choix de l’enseignement privé en France est un choix de confiance pour certains, ou de défiance pour d’autres. Les français restent attachés à la coexistence de deux systèmes parallèles. L’auteur va plus loin : pour lui, l’enseignement privé serait le meilleur allié de la méritocratie républicaine « sa puissance d’attraction ne tient pas, ou ne tient plus, à sa capacité à offrir un modèle alternatif (en l’espèce, catholique, puisque 95% du privé sous contrat est catholique, mais au contraire par sa capacité à faire réussir les élèves dans le système dominant ».Internet et les réseaux sociaux ne rendent pas cette cohabitation plus simple : dans le meilleur des cas, ils favorisent le travail collaboratif, l’échange d’informations, mais dans le pire des scénarios, ils creusent les comparaisons, la compétition ou la quête du meilleur rapport qualité-prix. L’éducation ne pouvait pas y échapper. « Si demain, une offre privée en ligne émergeait, mélange d’enseignements automatisés et présentiels, à des tarifs abordables, elle pourrait facilement faire valoir ses qualités grâce aux réseaux sociaux et aux comparateurs. Naîtrait alors un véritable marché alternatif ».

L’Education Nationale et l’Université française ne sont pas en faillite et n’ont pas vocation à l’être : elles ne sont pas des entreprises. Mais elles doivent cependant s’engager sur la voie de sérieuses réformes, qui, pour Emmanuel Davidenkoff, sont dès à présent possibles, sur la base des ressources dont elles disposent.

 

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin :

 

-      « VIDEO. Éducation : « le monde qui vient est hybride » selon Emmanuel Davidenkoff », France Info TV.

-      « Le jeune enfant, le numérique et l’école demain », Echosciences-grenoble.fr

-      « Le désastre de l’école numérique : plaidoyer pour une école sans écrans », Trop-libre.fr

-      « Quelle politique numérique pour l’école  Trop-libre.fr

 

 

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