Le socialisme revient… aux Etats-Unis

Le socialisme est de retour. Non en France, mais aux Etats-Unis, où le sénateur démocrate Bernie Sanders en fait la promotion. Progressivement, l’idéologie conquiert les jeunes (51 % en ont une bonne opinion) et le parti démocrate (57 % de ses sympathisants la considèrent positivement, contre 47 % pour le capitalisme). La récente victoire électorale d’Alexandria Ocasio-Cortez (New York) et celle à venir de Rashida Tlaib (Michigan) sont aussi des indicateurs.

Tous ces signes ont conduit le très sérieux Council of Economic Advisers (CEA), organisme placé auprès du Président américain, à publier un rapport – The opportunity costs of socialism – qui démontre les coûts que la mise en œuvre du modèle socialiste aurait aux Etats-Unis.

Le document fait polémique, suscitant l’indignation de Paul Krugman et d’autres qui, pourtant, ne s’étaient pas émus des précédentes prises de position controversées de l’organisme. Il ne mérite pas cette colère.

Le rapport se contente de rappeler deux évidences.

La première, c’est qu’en économie, les incitations sont capitales. Taxez trop, et vous découragez l’activité ; permettez à un agent de dépenser l’argent des autres et il le gérera avec moins de rigueur que si c’était le sien. Le CEA insiste donc sur le fait qu’il n’y a pas de raison qu’une activité confiée à l’Etat soit plus efficace que lorsqu’elle est gérée par le privé, bien au contraire. Il rappelle aussi qu’il y a « une forte association entre une plus grande liberté économique et de meilleures performances ».

La gratuité à un coût : chaque bien ou service doit toujours être payé par quelqu’un et elle modifie l’allocation de la richesse entre les agents

Gratuité. La seconde, c’est que la gratuité à un coût : d’abord, chaque bien ou service doit toujours être payé par quelqu’un (« l’argent public n’existe pas, c’est l’argent des contribuables », disait Thatcher) ; ensuite, elle modifie l’allocation de la richesse entre les agents.

Pour illustrer son propos, le rapport mobilise l’exemple historique des grandes réformes agricoles dans les pays socialistes. Les résultats sont terrifiants : à Cuba, entre 1957 et 1964, la production de porc a chuté de 84 %, d’œufs de 40 %, de pommes de terre de 50 % ; en URSS, le plan de 1928 a fait mourir de faim 6 millions de personnes ; en Chine, le Grand bond en avant a conduit à une baisse de la production céréalière par tête de 21 % et 45 millions de personnes seraient mortes. Répliquer ces choix aux Etats-Unis réduirait le PIB de 40 % et la richesse de chaque américain de 24 000 dollars par an…

Ces cas sont extrêmes. Pour prolonger ses comparaisons de façon plus réaliste, le rapport s’intéresse dans le détail aux démocraties nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède). Il montre que les taux marginaux d’imposition des revenus (49 % en moyenne) y sont à peine plus élevés qu’aux Etats-Unis (46 %), mais que la fiscalité y est moins progressive (notamment parce qu’elle repose plus sur la TVA). Et si les inégalités y sont plus contenues, le PIB/tête y est 20 % moins élevé, la consommation plus réduite et la rentabilité des études supérieures comparativement très faible. Au total, répliquer le choix de ces pays réduirait le PIB de 20 % et coûterait 11 000 dollars par an et par américain.

Le rapport est clair : « Le socialisme réduit le niveau de vie ». Son seul message est donc de rappeler que faire le choix de ses politiques a un coût. Les électeurs restent libres de vouloir l’assumer… ou non.

Erwan Le Noan
Article paru dans L’opinion le 29 octobre 2018
https://www.lopinion.fr/edition/politique/socialisme-revient-aux-etats-unis-chronique-d-erwan-noan-166942?utm_source=twitter
Photo by Clem Onojeghuo on Unsplash

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