Le Sarkozysme est-il un populisme ?

6882791626_eeaa696a3f_kLe Sarkozysme est-il un populisme ?

Par Romain Millard et Jason Graindepice, étudiants de Sciences Po Paris, membres de l’UMP Sciences Po

Nicolas Sarkozy réitère sa stratégie du « retour au peuple » pour reconquérir les suffrages des Français. Cette stratégie peut laisser penser que le sarkozysme est une forme de populisme qui surfe sur la vague des peurs et des colères. Ce serait confondre la vague avec la digue qui veut lui barrer la route.

Dans sa tribune à FigaroVox, Frédéric Saint Clair s’essaie à l’exercice périlleux de définir l’essence du sarkozysme. Après avoir justement constaté que ce « courant de la droite contemporaine » ne rentrait dans aucune des typologies classiques, notamment celle définie par René Rémond (la droite légitimiste, la droite bonapartiste et la droite orléaniste), il en arrive à la conclusion que le sarkozysme est un nouveau populisme mêlant opportunisme, dénonciation des corps intermédiaires et hyper-présidentialisation du régime.

« L’opportunisme » du sarkozysme n’est que la conséquence inévitable de l’accélération de la vie politique

Tous les courants liés à une personnalité sont condamnés à paraître incohérents, les personnalités ayant elles-mêmes changé d’avis, par nécessité ou conviction, au cours de leur règne. C’est une fatalité que Bonaparte comme De Gaulle ont connue, ce qui n’a pas ébranlé leur stature historique pour autant. Si l’Histoire a accordé à Napoléon d’être un soldat républicain qui se couronne Empereur et à De Gaulle d’accorder l’indépendance à l’Algérie après être revenu au pouvoir grâce aux partisans de l’Algérie Française, on peut sans doute pardonner à Sarkozy d’avoir été également inconstant sur certains sujets.

L’accélération de la vie politique par le quinquennat et les nouvelles technologies condamnent tous les gouvernements, de droite comme de gauche, à réagir à chaud. En cela, l’opportunisme n’a rien de proprement populiste, il est simplement le symptôme de la mort des idéologies structurantes.

La posture du commandeur au-dessus de la mêlée est intenable. Un Président que l’on ne voit pas à la télévision pendant plusieurs semaines sera toujours considéré, à tort ou à raison, comme un Roi fainéant. La demande de proximité entre les gouvernants et les gouvernés et l’attente d’une démocratie plus horizontale s’adressent à tous les camps politiques, populistes ou non.

La ressemblance avec le populisme est un trompe-l’œil

Comme le dit l’historien Philippe Roger, «le populisme désigne un complexe d’idées, d’expériences et de pratiques qu’aucune typologie, si fouillée soit-elle, ne saurait épuiser ».

On peut toutefois relever un trait saillant en relisant Leon Poliakov : l’usage ad nauseam de la « causalité diabolique ». Tous les mouvements populistes ont prospéré en désignant à la vindicte du « bon peuple » un diable, un agent pathogène extérieur responsable de tous les maux. Le peuple dans sa pureté, les petites gens, les invisibles, sont les victimes d’un système oligarchique qui capte leurs richesses, corrompt leur culture et aliène leur démocratie. Aujourd’hui, les boucs émissaires s’appellent « bureaucrates bruxellois », « grands patrons », « immigrés », « UMPS ».

Ce schéma explicatif permet de délivrer les citoyens de toute responsabilité quant à leurs choix politiques, de souder une partie de la communauté contre un ennemi commun et de promettre des lendemains qui chantent quand ces démons seront éradiqués. Il simplifie une réalité qui pourtant ne cesse de se complexifier.

Le sarkozysme demeure une éthique de responsabilité là où le populisme est une éthique de conviction

Le sociologue Max Weber distinguait deux manières d’argumenter : l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction.

La première adapte les fins aux moyens, détermine les objectifs en fonction des ressources, et accepte le compromis. La seconde est intransigeante sur les principes, module la réalité en fonction de ses propres désirs, et conçoit tout compromis comme une trahison. Là se trouve le véritable clivage de la vie politique française.

Le sarkozysme, tout comme la social-démocratie, en tant que courants politiques de gouvernement, sont dans une éthique de responsabilité : ils acceptent de revoir leurs prétentions en fonction du contexte européen et international. Ce qu’on peut leur reprocher, c’est d’adopter cette éthique sans l’assumer avant les élections.

Le populisme, de droite comme de gauche, s’inscrit dans une éthique de conviction, en interprétant les faits systématiquement au travers d’un prisme idéologique intouchable. Ils ont forcément la vérité puisqu’ils parlent au nom du peuple. « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Les populistes ont pour eux de ne jamais s’être écrasés sur le mur de la realpolitik.

Nicolas Sarkozy peut être au populisme ce que Bismarck fut au socialisme

La subtilité du sarkozysme que trop d’observateurs négligent est que Nicolas Sarkozy entend répondre (avec plus ou moins de succès) à des colères populaires pour éviter le populisme. Il veut améliorer le système pour éviter que ce dernier ne chute. Le chancelier Von Bismarck, très conservateur, a créé le système de sécurité sociale allemand à la fin du XIXe siècle. Sa stratégie était de faire « un peu de social pour éviter le socialisme. » Nicolas Sarkozy, comme tous les responsables de l’opposition républicaine, est dans la même situation : il doit parvenir à répondre aux colères populaires pour éviter le raz-de-marée populiste. Un peu de démocratie directe (via le référendum) pour préserver la démocratie représentative. Un peu d’autorité pour éviter l’autoritarisme. Un peu de fermeté pour éviter la fermeture.

Crédit photo : UMP Photos

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