Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne : l’espoir et la réforme

image brexit j-jLe 23 juin 2016, les Britanniques ont choisi de quitter l’Union Européenne à 51,9% des suffrages exprimés. Quelques heures seulement après que les résultats sont tombés, il est impossible d’écrire sans passion. Il ne s’agira donc pas de réfléchir considérément aux conséquences du Brexit pour l’Europe et pour le Royaume-Uni, mais de réagir sans excès au premier divorce entre l’UE et l’un de ses membres.

Le Brexit est d’abord le signe d’une double division démographique et géographique, d’une part entre les citoyens les plus jeunes et ceux qui sont les plus âgés, et d’autre part entre les nations constitutives du Royaume-Uni qui sont favorables à l’UE et celles qui lui sont hostiles.

D’après une infographie d’Euronews, 60% des 18-24 ans ont voté contre le Brexit alors qu’exactement 60% des plus de 65 ans ont voté pour, et 20% des 18-24 ans ont voté leave alors que 34% des plus de 65 ans ont voté remain[1]. Le vote en faveur du remain est donc largement celui de la génération Erasmus qui a de l’UE une expérience radicalement différente de celle des Britanniques plus âgés : les uns ont un rapport personnel à l’UE, alors que les autres n’ont construit leur identité que par rapport au Royaume-Uni. L’explication de la division démographique est donc celle de la culture européenne et l’on peut déjà suggérer que l’éducation à l’Europe est l’une des conditions principales de la construction européenne à venir.

Une autre infographie Euronews indique que l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté leave respectivement à 53,4% et à 52,5% alors que l’Écosse et l’Irlande du Nord ont respectivement voté remain à 62% et 55,8%[2]. Maints spécialistes ont écrit que ce morcellement exposait le Royaume-Uni à l’indépendance de l’Écosse et à l’unification de l’Irlande : Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise, a déjà déclaré que l’Écosse voyait son futur au sein de l’UE et le président du Senn Fein, Declan Kearney, demande l’organisation d’un référendum sur l’Irlande unifiée[3].
La division géographique du Royaume-Uni est donc le présage sinon de sa disparition, du moins celui de sa rupture.

Le Brexit est aussi un avertissement pour l’Europe : interrogé ce matin sur Europe 1, Guy Verhofstadt, le président du groupe ALDE au Parlement Européen, disait que le Brexit devait être une « opportunité de réformer l’Union Européenne ». Cette formule n’est ni naïve, ni conjuratoire : l’UE est en péril et disparaîtra certainement si elle ne se réforme pas. Cet aggiornamento doit aller dans le sens d’une Europe plus efficace et plus démocratique.

Il faut d’abord que l’Europe soit capable de décider et de gouverner effectivement et rapidement : les institutions politiques doivent prendre une autre forme que celle de la Commission européenne, du Conseil européen et du Conseil de l’Union Européenne, une forme qui soit plus simple et plus souple. À quoi ressemblerait cette Europe transformée ? Il faudrait beaucoup plus d’espace et de temps pour en développer la description, mais elle serait probablement plus petite et plus fédérale. Quoi qu’il en soit, les résultats de cette Europe métamorphosée donneraient aux citoyens la preuve des capacités de l’UE et, ce faisant, infirmeraient la plupart des arguments eurosceptiques contemporains.

Le Brexit est aussi l’écho des voix que Bruxelles n’a pas su entendre et il faut l’interpréter comme la demande d’une Europe plus démocratique : aujourd’hui, le Parlement européen est la seule institution dont les membres sont élus au suffrage universel direct ; un régime est-il vraiment démocratique lorsqu’il ne laisse au peuple la liberté de choisir qu’une fois tous les cinq ans ? À l’époque de la civic tech et de la démocratie ouverte, les citoyens européens ne peuvent plus être aussi indigemment représentés.

Le Brexit n’est donc pas seulement l’effet de la souveraineté populaire des Britanniques, mais il est aussi celui de l’oisiveté des dirigeants européens : l’UE est aujourd’hui menacée dans sa réalité et ceux qui défendent la construction européenne doivent désormais réagir de façon imminente, avant que la défiance ne ravage et détruise l’UE. C’est à ceux que s’adressent, à travers les siècles et de façon transformée, l’exhortation de Démosthène dans la Première Philippique : « Quand donc, ô [Européens] ! Quand ferez-vous votre devoir ? Qu’attendez-vous ? Un événement, ou la nécessité ! ».

 

[1]http://infogr.am/3083383e-f55c-4d55-89b2-9cd3ded21ff7 : site consulté le 24 juin à 10h15.

[2]http://infogr.am/f41ea3d5-05f4-4f49-82d9-c90c41e10560 : site consulté le 24 juin à 10h37.

[3]http://www.telegraph.co.uk/news/2016/06/24/snp-says-scotland-sees-its-future-as-part-of-the-eu-and-sinn-fei : site consulté le 24 juin à 11h05.

 

crédit photo Flickr:André Carrilho

 

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